Identitié et thérapie

Edito Boulimie décembre 2012

Edito Boulimie décembre 2012Ce mois-ci nous avons choisi de donner la parole à une jeune femme qui raconte sur un forum comment un groupe de psychothérapie lui a fait prendre conscience du rapport entre sa boulimie anorexie et son problème d’identité.

« Pendant longtemps, les soignants auxquels je me suis adressée ont pensé que ma souffrance était induite par mon désordre alimentaire. Ils ont essayé de me guérir en me prescrivant une alimentation équilibrée associée à une rééducation nutritionnelle. Ça n’a pas marché longtemps. Quand ils se sont rendus compte que je ne parvenais pas à contrôler mes crises au point d’en être complètement handicapée dans ma vie sociale ils m’ont proposé une hospitalisation. Mais le sevrage et le comportement alimentaire que j’étais sensée avoir en sortant de l’hôpital qui s’appuyait sur ma raison et ma volonté n’ont pas eu d’efficacité sur le long terme.

Et puis j’ai fait une psychanalyse pendant quelques années avec un psychanalyste que j’ai trouvé sur internet. Il avait fait un site spécialisé sur les troubles du comportement alimentaire et malgré cela j’avais l’impression qu’il ne me comprenait pas. Quand je lui disait que j’étais très mal d’avoir fait une grosse crise il me disait : « c’est pas grave, demain vous mangerez une tomate et un œuf dur et vous rattraperez les dégâts.

Me voilà maintenant dans un groupe de thérapie où on ne parle pas de ses comportements alimentaires même si tout le monde est boulimique anorexique. La psy ne nous laisse pas non plus parler de notre passé. Et là, je réalise que j’ai un énorme problème de personnalité et que ma boulimie n’en est que la conséquence. Même parmi des gens qui sont tous boulimiques, je vois à quel point je manque d’estime de moi. Même parmi eux, j’ai honte d’être ce je suis je trouve tout le monde mieux que moi. Et vous savez quoi ? Bien que ces personnes soient pour la plupart très belles, très intelligentes, très touchantes, toutes, – vous entendez bien TOUTES – ressentent la même honte que moi de ce qu’elles sont.

Boulimie, problèmes d’identité et groupes de thérapie (suite)

Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre, dans ce groupe, que mon problème n’était pas un problème de comportement alimentaire ni de volonté mais un problème d’identité. En tout cas, moi d’ores et déjà, je n’ai plus de boulimies, plus l’obsession de la bouffe, et pourtant je vois encore dans les groupes tout le travail qu’il me reste à faire pour être enfin capable de vivre une belle relation amoureuse ce qui jusqu’à présent n’a jamais été possible tellement j’étais odieuse parce que j’avais peur.»

Dans ce même forum, en 2010 une autre jeune femme avait pris la parole pour dire à quel point les groupes lui paraissaient à la fois difficiles et néanmoins utiles :

« Juste un petit mot pour vous dire que même si je me sens plutôt mal dans les groupes pour l’instant, je commence à observer de petits changements dans mon quotidien. Petits petits, mais bien réels.

– J’ai repris contact avec deux anciens amis (que j’avais laissés en « plan » pensant qu’ils ne m’aimaient pas, vexée de différents trucs, (enfin le grand classique quoi) et ça s ‘est bien passé.

– J’ai recommencé la course à pied (et quand il pleut je fais du step sur un cageot dans mon salon avec de la bonne musique: )

Je LIS quelques pages d’un livre tous les soirs avant de m’endormir (moi qui avais fait un gros blocage, n’ayant pas ouvert un livre ni pu me concentrer depuis l’agreg il y a 7 ans)… Ça me fait du bien! Je trouve que ça me met dans une bulle qui est sécurisante, plutôt que de me coucher sèchement. C’est une sorte de petit RDV avec moi-même que je suis contente de retrouver (ça peut vous paraitre évident, mais pour moi ça ne l’était plus).

– Lors d’une crise de larmes enfermée dans la salle de bain, j’ai laissé entrer ma soeur qui m’a dit « tu veux faire un calin? » et je l’ai prise dans mes bras (ça, quand on connait ma famille et l’absence de contact physique… et surtout de mon orgueil et de ma honte d’être « vulnérable »…ça relève du scoop).

– A CERTAINS moments j’arrive à me dominer et à ne pas adopter un ton agressif avec mes parents même si j’en ai envie (oui, je passe quelques jours chez eux.

– Je sors le soir (concerts, théâtre, festival du film court…) et même, je parle à des amis d’amis que je ne connais pas, sans me sentir haie (!!!!)

Bon, voilà….je garde encore plein de trucs chiants et négatifs que je n’arrive pas encore à modifier pour le prochain groupe. Il y a du boulot : ) mais au fur et à mesure des groupes je vois bien que j’avance. J’espère que tout ça va continuer! »

A ce message, une jeune femme,lui répond :

« Pas à pas, petits trucs après petits trucs.

 Des détails, des situations insignifiantes.

Oser regarder quelqu’un. Oser faire différemment.

Se forcer à enjamber son propre caca mental pour tremper un orteil dans la vie….. Y’a que ça de vrai pour commencer à aller mieux!!! »

 

Si dans votre région vous n’avez pas de groupes de thérapie spécialement organisés pour des personnes boulimiques anorexiques, je pense qu’il devrait vous être possible d’en trouver un, quitte à ce que les gens n’aient pas les même symptômes que vous et que le groupe se trouve dans la ville d’à côté. Vous pourriez dans un tel groupe partir à la recherche de votre identité et si, comme le disent ces jeunes femmes, mieux se connaître implique moins d’angoisse, moins de boulimies et du mieux vivre, alors n’hésitez pas, testez un groupe thérapie.

Jean-Pierre B.

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