Je me sens vide. C’est une phrase que beaucoup de personnes disent sans toujours comprendre ce qu’elle recouvre.
Certaines personnes donnent le change. Elles peuvent être intelligentes, adaptées, parfois même très présentes aux yeux des autres. Elles avancent, elles tiennent leur place. Et pourtant, à l’intérieur, elles ont le sentiment de ne pas être construites. Elles se sentent vides, comme si quelque chose d’essentiel manquait.
Ce vide n’est pas toujours constant. Il apparaît souvent dans les moments de silence, dans les temps sans activité, ou simplement dans le fait d’être seul avec soi-même. Il peut devenir difficile à supporter. Pour ne pas y être confrontées, certaines personnes ont besoin de passer par des états plus intenses. Les émotions deviennent alors très fortes, rapides, parfois extrêmes.
Les relations suivent ce mouvement. Il peut y avoir des rapprochements très forts, des attachements rapides, puis des prises de distance tout aussi brusques. Cela ne se fait pas par choix, mais parce que rester face à ce vide est parfois insupportable.
On retrouve dans ces situations des éléments que l’on rapproche des fonctionnements borderline. Mais derrière ce terme, il y a surtout une expérience très concrète : celle de ne pas pouvoir s’appuyer sur un sentiment de soi suffisamment stable.
Une intensité émotionnelle pour ne pas disparaître
Quand le sentiment d’exister n’est pas stable, l’intensité émotionnelle prend une place particulière. Elle ne sert pas seulement à exprimer quelque chose. Elle sert à se sentir là.
Certaines personnes décrivent des passages très rapides d’un état à un autre. Elles peuvent se sentir très proches de quelqu’un, puis brusquement blessées ou en colère. Le calme, lui, peut être vécu comme du vide. L’intensité, même difficile, donne une impression de présence.
L’addiction comme tentative de se sentir exister
Dans ce contexte, certains comportements prennent une fonction essentielle. L’alimentation, dans la boulimie ou l’hyperphagie boulimique, devient un moyen de faire quelque chose face à ce qui est difficile à vivre à l’intérieur.
La compulsion coupe, remplit, occupe. Elle peut calmer ou au contraire produire une sensation forte. Pendant un moment, il se passe quelque chose. Puis cela retombe, avec la honte et la fatigue.
Pourquoi comprendre ne suffit pas
Beaucoup de personnes comprennent très bien ce qui leur arrive. Elles identifient les déclencheurs, les situations, les enchaînements. Elles essayent de se contrôler.
Mais cela ne suffit pas.
Les comportements ont une fonction. Ils viennent répondre à quelque chose de plus profond qu’une difficulté à gérer ses émotions. C’est pour cela que l’on peut comprendre… et continuer.
Quand le sentiment de soi n’a pas pu se construire
Comme le souligne Boris Cyrulnik, on parle souvent de résilience comme de la capacité à se reconstruire après un traumatisme. Mais cette idée suppose qu’il y ait eu une base.
Or, pour certaines personnes, il n’y a pas vraiment de base à retrouver. Il ne s’agit pas de se reconstruire, mais de se construire.
Fonctionnements borderline : des repères cliniques
Bernard Granger décrit ces fonctionnements comme marqués par une difficulté à stabiliser les émotions, les relations et l’image de soi.
On retrouve souvent plusieurs des éléments suivants :
- une instabilité émotionnelle importante, avec des réactions rapides et intenses
- une peur de l’abandon, parfois très forte, même sans raison apparente
- des relations instables, avec des mouvements d’idéalisation puis de rejet
- une image de soi fluctuante, avec des moments de solidité et d’autres de vide
- des comportements impulsifs, notamment dans l’alimentation ou d’autres domaines
- des difficultés à réguler les émotions, qui débordent facilement
- des mouvements contradictoires dans les relations : besoin de l’autre et difficulté à supporter sa présence
Ces éléments ne définissent pas une personne. Ils donnent des repères pour comprendre ce qui se joue.
Au centre, on retrouve souvent la même difficulté : celle de pouvoir s’appuyer sur un sentiment de soi suffisamment stable.
Ce qui commence à changer
Quand le sentiment d’exister commence à se stabiliser, même légèrement, la pression diminue.
Les moments de vide deviennent moins envahissants. Les relations sont moins tendues. La personne peut rester un peu plus présente à elle-même.
Elle n’a plus autant besoin de passer par des états extrêmes pour se sentir exister.
Une autre manière de travailler
Dans ces situations, la thérapie ne consiste pas seulement à comprendre ou à contrôler.
Elle vise à permettre des expériences différentes, dans lesquelles la personne peut peu à peu se sentir présente, reconnue, sans devoir s’adapter en permanence.
C’est dans ces expériences que le sentiment de soi peut se construire.
Résilience ou construction ?
La résilience ne signifie pas toujours se reconstruire.
Pour certaines personnes, elle consiste à construire ce qui n’a pas pu se mettre en place auparavant. C’est un travail plus lent, mais plus profond, qui permet de se sentir exister de façon plus stable.
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