Je me sens vide : l’impression de ne pas exister vraiment

Femme seule regardant la mer, sentiment de vide intérieur et impression de ne pas exister

Il y a des personnes qui disent : « je me sens vide ». Ce n’est pas seulement une tristesse, ni une angoisse que l’on pourrait relier à une situation précise. C’est une impression plus diffuse, plus difficile à saisir, comme si, par moments, on n’était pas vraiment là et que la vie se déroulait à côté de soi.

Certaines personnes ont une famille, un travail, des proches, et pourtant quelque chose ne tient pas à l’intérieur. Elles peuvent même se sentir coupables d’éprouver cela, comme si ce vide n’était pas légitime. Mais ce qu’elles ressentent ne se comble pas avec des solutions extérieures, parce qu’il ne s’agit pas simplement d’un manque dans leur vie. Il s’agit d’autre chose, de plus profond et souvent de plus ancien.

Ce vide est souvent difficile à décrire parce qu’il ne correspond pas à un besoin précis. Il s’agit plutôt d’une absence de sensation d’exister, comme si quelque chose de très simple, que d’autres semblent avoir naturellement, ne s’était pas installé. Cela peut donner une impression d’étrangeté, comme si l’on était là sans vraiment y être, présent en apparence mais absent de l’intérieur.

Dans ces moments-là, les personnes cherchent parfois à retrouver une forme d’intensité. Ce n’est pas forcément une recherche de plaisir. C’est souvent une tentative pour sentir quelque chose, pour avoir une sensation nette, immédiate, qui fasse sortir de cette impression flottante et vide. Elles essayent, même brièvement, de se sentir présentes. C’est souvent dans ce contexte que peuvent apparaître les compulsions alimentaires.

Les compulsions comme tentative de se sentir exister

La boulimie ou l’hyperphagie boulimique ne sont pas seulement des comportements liés à la nourriture. Elles viennent souvent répondre à ce vide. Au moment de la compulsion, le corps est fortement sollicité, les sensations sont immédiates, et il y a une forme de présence, même si elle est brutale, pénible ou difficile à supporter.

Certaines personnes disent qu’elles se sentent enfin là pendant ces moments. D’autres disent qu’elles ne pensent plus, qu’elles sont entièrement prises dans ce qui se passe, et que cela leur donne au moins une sensation nette. Pendant un instant, il n’y a plus ce flottement, plus cette impression d’être à côté de soi. Il y a quelque chose de fort, de compact, presque de tangible.

Mais cela ne dure pas. Le vide revient rapidement, parfois encore plus fort qu’avant, accompagné de honte, de culpabilité et de l’impression de tourner en rond.

Dans ces moments-là, certaines personnes décrivent une forme de basculement. Elles passent d’un état où elles ne sentent presque rien à un état où tout devient intense, rapide, envahissant. Ce passage peut être très court, presque imperceptible, et pourtant il change complètement leur rapport à elles-mêmes.

Ce qui est difficile, c’est que cette intensité donne l’impression d’être plus réelle que le reste. Le calme, la continuité, la vie ordinaire peuvent paraître fades ou vides en comparaison. La personne peut alors se retrouver prise dans une alternance entre des moments creux et des moments très chargés, sans parvenir à trouver une forme de stabilité entre les deux.

Avec le temps, cela peut renforcer l’impression qu’il n’y a pas d’autre manière de se sentir exister. Même si la compulsion fait souffrir, elle devient une des seules expériences où quelque chose se passe vraiment. Et c’est cela qui rend le changement si difficile.

Pourquoi comprendre ne suffit pas

Les personnes comprennent souvent très bien ce qui leur arrive. Elles savent reconnaître les moments où ça dérape, identifient les déclencheurs et voient parfois très clairement les liens avec leur histoire. Elles essayent aussi de se contrôler, de faire autrement, de résister, mais cela ne suffit pas pour que ça change.

Ce qui est en jeu ne se situe pas seulement au niveau de la compréhension ou de la volonté. Quand le sentiment d’exister est fragile ou instable, le corps et les comportements prennent le relais. Les compulsions ne viennent pas simplement répondre à une émotion mal gérée. Elles viennent produire quelque chose qui manque : une sensation d’être là, d’être vivant, même de façon brutale ou éphémère.

C’est pour cela que les personnes peuvent avoir l’impression de tout comprendre et pourtant de continuer. Ce n’est pas un manque d’effort. Ce n’est pas parce qu’elles ne veulent pas vraiment changer. C’est que le problème se situe ailleurs. Tant que ce vide intérieur reste intact, la compulsion garde sa fonction.

Quand le sentiment d’exister est fragile dans les relations

Ce vide intérieur a aussi des conséquences dans les relations. Quand on ne se sent pas vraiment exister, être en relation avec les autres peut devenir compliqué. Il peut y avoir une attente très forte que l’autre vienne combler ce qui manque, rassurer, confirmer, apaiser. Mais en même temps, cette relation peut être vécue comme envahissante, décevante ou trop incertaine pour être supportable.

Cela crée des tensions, des malentendus et des mouvements de rapprochement puis de retrait. On peut attendre beaucoup d’une présence, puis se sentir blessé très vite. On peut avoir besoin de l’autre et, dans le même temps, ne pas supporter sa proximité. Les relations deviennent instables sans que l’on comprenne toujours pourquoi. Ce n’est pas une question de mauvaise volonté, mais le fait que, sans une base intérieure suffisamment stable, être en relation devient difficile à tenir.

Dans ces situations, ce qui est en jeu dépasse les comportements alimentaires. Il s’agit d’un problème d’identité, non pas au sens abstrait, mais au sens très concret d’un sentiment de soi. Se sentir exister de façon stable et continue, sans avoir besoin de passer par des sensations extrêmes ou des comportements pour y accéder, est quelque chose qui n’est pas suffisamment installé.

Quelle solution face au sentiment de vide ?

Quand ce sentiment est fragile, les personnes cherchent des solutions. Elles essayent de comprendre, de contrôler, de faire des efforts, parfois de se raisonner ou de se surveiller. Elles peuvent devenir très lucides sur elles-mêmes. Mais malgré cette lucidité, elles ont souvent le sentiment que quelque chose leur échappe.

Elles peuvent aussi se comparer aux autres et avoir le sentiment que, pour les autres, les choses sont plus simples. Que les relations vont de soi, que les émotions s’apaisent naturellement, que la continuité de l’existence ne pose pas de problème. Cette comparaison renforce souvent un sentiment d’écart, comme s’il manquait quelque chose de fondamental.

Certaines finissent par se dire qu’elles ont un défaut, une faiblesse, ou qu’elles n’ont pas su faire ce qu’il fallait. Elles peuvent redoubler d’efforts, chercher des méthodes, essayer de mieux comprendre, sans que cela change réellement leur expérience intérieure. Cela peut conduire à une forme de découragement silencieux.

Ce découragement n’est pas toujours visible. À l’extérieur, la personne peut continuer à fonctionner, à travailler, à être présente pour les autres. Mais à l’intérieur, il y a souvent cette impression de ne pas parvenir à s’appuyer sur quelque chose de stable.

Quand quelque chose commence à changer

Quand le sentiment d’exister commence à se stabiliser, même légèrement, les changements sont souvent discrets mais profonds. Il ne s’agit pas d’une disparition immédiate des compulsions, ni d’une transformation spectaculaire. Mais la pression diminue.

Les moments de vide deviennent moins envahissants. Les relations sont moins tendues, moins menaçantes, moins chargées d’attentes impossibles. La personne se sent un peu plus présente dans ce qu’elle vit, un peu moins à côté d’elle-même. Il peut apparaître des instants très simples où elle ne cherche plus à fuir ou à se remplir à tout prix.

Il arrive aussi qu’elle supporte un peu mieux la frustration, le manque, l’attente ou l’incertitude. Non pas parce qu’elle devient plus forte par volonté, mais parce qu’elle se sent un peu moins menacée de l’intérieur. Ce qui auparavant déclenchait immédiatement une tension insupportable devient parfois plus supportable. L’apaisement ne vient plus seulement d’un comportement extrême.

Et surtout, il y a moins besoin de passer par les comportements extrêmes pour se sentir exister. C’est souvent à partir de là que quelque chose devient possible. Non pas parce qu’on se contrôle mieux, mais parce qu’on a moins besoin de se contrôler pour tenir.

Une autre manière de travailler

Dans ce type de difficulté, travailler uniquement sur les symptômes ne suffit pas. Comprendre, analyser et essayer de contrôler peuvent aider, mais ne règlent pas le problème de fond. On peut apprendre beaucoup de choses sur soi, repérer ses mécanismes, mieux anticiper certains moments, sans pour autant sentir que la vie intérieure change vraiment.

Ce qui aide, c’est de pouvoir faire l’expérience progressive d’un contact réel avec soi-même et avec les autres, un contact où l’on peut se sentir présent et reconnu sans avoir à jouer un rôle. Il ne s’agit pas seulement de parler de ses difficultés, mais de vivre peu à peu une autre manière d’être en relation, plus vraie, plus stable, plus supportable.

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C’est ainsi que peut se construire un sentiment de soi plus solide. Je présente cette manière de travailler plus concrètement sur hervais.com.

Quand ce sentiment se développe, les comportements deviennent moins nécessaires. Ils ne disparaissent pas toujours d’un coup, mais ils perdent progressivement leur place centrale, parce qu’ils n’ont plus la même fonction vitale qu’auparavant.

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À propos de l’auteur : Vous retrouverez sur hervais.com mes articles et mon approche psychothérapeutique en groupes de parole. Vous pouvez aussi contribuer à la réflexion collective sur boulimie.fr.

Catherine Hervais

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