L’ennui chronique : pourquoi nous pousse-t-il à l’agacement ?

"Une jeune femme assise seule sur un rebord de fenêtre enneigé, regardant par la vitre avec une expression de vide intérieur et de mélancolie, illustrant l'ennui chronique évoqué dans l'article de boulimie.fr.

Pourquoi ce sentiment d’ennui chronique qui me provoque de l’agacement même avec les gens que j’aime ?

L’ennui que l’on vit parfois est-il à l’origine de l’agacement ? Et l’agacement, est-ce lié à cette impression de vide intérieur ? Pour certaines personnes, et en particulier celles qui ont une addiction d’origine psychologique, l’ennui ressemble à une sensation de mort imminente. Pour y échapper on fuit dans une addiction alimentaire ou autre. Mais l’ennui comme l’agacement peuvent disparaître progressivement au fur et à mesure que l’on acquiert un sentiment de soi, une vraie présence, une légitimité intérieure. C’est le moment on on se sent vraiment soi et on l’on « respire » enfin à plein sourire. C’est le moment où on n’a plus besoin d’une compulsion pour se détendre.

Introduction : ennui, vide intérieur et compulsions alimentaire

On imagine souvent que la compulsion alimentaire par exemple vient d’un trop-plein d’émotions. Trop de tension, trop de pensées, trop de choses à gérer, comme si quelque chose débordait sans arrêt à l’intérieur. Pourtant, dans les groupes, ce qui apparaît très clairement, c’est autre chose, beaucoup plus discret et souvent mal compris.

Il s’agit d’un moment où il ne se passe rien, où l’on n’est pas vraiment intéressé, où aucun contact réel ne se fait avec ce qui est en train de se vivre. Et dans ce moment-là, un vide intérieur s’installe, presque sans bruit, sans événement particulier qui pourrait l’expliquer.

Ce vide est rarement vécu comme du calme ou du repos. Il déclenche au contraire une forme de peur immédiate, et c’est cette peur qui va faire surgir l’agacement, puis, très souvent, la compulsion alimentaire.

Boulimie et ennui : quand l’agacement apparaît sans raison

Dans le groupe, une participante met des mots très précis sur ce qu’elle vit intérieurement. Elle ne parle pas d’une grande crise ni d’une émotion débordante, mais d’un mouvement beaucoup plus quotidien et installé.

« J’ai l’impression que je pourrais faire mieux. Donc je m’agace avec ces idées-là. Je me dis que je devrais être autrement, que je perds du temps, que je ne fais pas assez bien… et ça tourne, ça tourne, sans que je puisse vraiment arrêter. »

Cet agacement semble logique, presque légitime, comme s’il venait corriger quelque chose. Pourtant, il apparaît souvent dans des moments où il ne se passe rien de particulier, où aucune situation ne justifie vraiment cette tension intérieure.

Vide intérieur et perte d’intérêt : le moment clé

Ce qui est frappant, c’est que cet agacement arrive précisément quand l’intérêt disparaît. Les gens qui ne peuvent pas vivre sans addiction ont besoin d’être occupé mais avec ce qui les intéressse. Ce que l’autre dit ou fait ne touche pas, ne prend pas, ne crée pas de mouvement intérieur, comme s’il n’y avait plus rien pour s’accrocher.

On est là, présent physiquement, mais sans engagement réel. Et c’est exactement à cet endroit que le vide intérieur apparaît, de manière presque imperceptible au début.

Dans le groupe, cela se repère aussi dans ce qui ne circule pas entre les personnes. C. le dit très clairement :

« Tu pouvais être blessée pendant deux ou trois groupes de suite à cause de quelque chose qu’on t’avait dit, et personne n’en savait rien. Ça restait à l’intérieur, ça ne sortait pas, et du coup ça continuait à travailler sans que personne ne puisse t’aider. »

Pourquoi le vide intérieur déclenche une peur

Ce vide intérieur n’est pas neutre, et c’est souvent ce qui surprend le plus. Il ne se vit pas comme un moment de calme, mais comme une absence, parfois même comme une disparition de quelque chose de soi.

C’est à ce moment-là qu’une peur apparaît, rapidement, presque automatiquement. Ce n’est pas toujours une peur identifiable, mais plutôt une sensation d’inquiétude diffuse, difficile à nommer.

Dans le groupe, cela s’entend dans la difficulté à rester simplement là, sans rien faire. Dès que le vide apparaît, quelque chose se met en mouvement pour ne pas y rester, comme si cet espace était dangereux.

Agacement et boulimie : un lien ?

L’agacement, le besoin soudain d’être seul est le signe que cette peur est déjà là, qu’elle a déjà commencé à s’installer.

On se met alors à penser plus vite, à se juger, à vouloir corriger quelque chose chez soi. On s’agace de ce qu’on fait, de ce qu’on ne fait pas, parfois même sans comprendre pourquoi.

Dans les groupes de personnes souffrant d’une addiction alimentaire, cette agitation intérieure est décrite de manière très concrète :

« C’est comme si je ne pouvais pas rester tranquille. Il faut toujours que je fasse quelque chose, que je pense à autre chose… sinon ça devient vite insupportable. »

Boulimie : remplir le vide intérieur

Quand cette peur devient trop présente, rester dans cet état devient difficile, voire impossible. Le vide intérieur, l’agacement et la tension intérieure s’installent ensemble et créent une pression forte.

La compulsion alimentaire arrive alors pour couper tout cela d’un seul coup. Elle remplit, elle occupe, elle donne une sensation immédiate qui remplace ce vide.

Elle permet de ne plus sentir le vide intérieur, ni la peur, ni l’agacement. C’est précisément pour cela qu’elle s’impose avec autant de force et qu’elle est si difficile à arrêter.

Sortir de la boulimie change le rapport au vide

Dans le groupe, quelque chose évolue progressivement avec le temps. Le vide ne disparaît pas, mais il est vécu autrement, de manière moins menaçante.

L. le dit simplement :

« Aujourd’hui plus du tout. Avant, dès qu’il y avait un moment vide, ça partait tout de suite en agacement… maintenant ça peut être là, sans que ça déclenche tout de suite quelque chose derrière. »

Ce changement est discret, mais essentiel, car il permet de rester dans l’expérience sans réagir immédiatement.

Paroles de groupe : Apprivoiser ce rien qui fait si peur

Pour d’autres membres du groupe, ce vide reste encore une épreuve physique et émotionnelle intense, comme en témoignent ces partages :

Le vide ne se contente pas d’être une absence ; pour beaucoup, il possède une présence physique, presque organique. C.le décrit comme « un trou » ou « un creux dans le ventre », une sensation de vide psychique qui l’escorte au quotidien. Ce gouffre est si réel qu’il s’invite même à table : J. confie que lorsqu’elle mange, elle « sent du vide ». Pour elle, l’hyperactivité n’était pas une simple occupation, mais un bouclier indispensable pour ne jamais croiser ce néant.

La fuite en avant : le bruit contre le silence

Pour ne pas sombrer dans ce creux, tous les moyens sont bons pour saturer l’espace. M. utilise son téléphone comme un rempart pour « ne pas vivre le vide » et occulter le silence. C’est une peur que partageait autrefois Florence Rossignol, particulièrement dans l’intimité. Elle avoue avoir fui la sérénité des relations par peur du calme : « Je me fais chier, c’est nul… je m’ennuie, va falloir que je me casse parce que c’est trop calme. »

Cette fuite se manifeste aussi par un besoin de mouvement perpétuel. C., bien qu’ennuyée par un travail en informatique qui ne la nourrit plus, ressent l’impulsion viscérale de sortir. Paradoxalement, cette recherche de compagnie est teintée de honte : elle redoute le regard des autres lorsqu’elle se retrouve seule face à elle-même dans l’espace public.

De l’ennui à l’explosion : quand le vide devient agacement

Quand on ne parvient plus à fuir ce « rien », l’agacement prend le relais comme une soupape de sécurité. Cela commence parfois par une exigence interne, comme ce témoin qui s’auto-flagelle : « J’ai l’impression que je pourrais faire mieux. Donc je m’agace avec ces idées-là. »

Puis, cette tension interne finit par déborder sur l’entourage. Pour Catherine, l’humeur devient une matière instable, réactive au moindre changement d’environnement, jusqu’à l’explosion émotionnelle disproportionnée. Ce sentiment d’être à vif culmine dans le témoignage de Pauline : face aux maladresses de son conjoint, l’agacement devient si envahissant qu’il se transforme en larmes. Elle se décrit alors comme « envahie », incapable de maîtriser une réaction qui la dépasse totalement.

Conclusion : comment éviter l’ennui pour sortir de la compulsion alimentaire ?

L’ennui n’est pas le problème, et le vide intérieur non plus. Ce qui devient difficile, c’est la peur qui surgit quand rien ne nous touche vraiment et que plus rien ne vient occuper l’espace.

L’agacement est le signe de cette peur, et la compulsion alimentaire vient ensuite pour ne plus la sentir. Ce sont des réactions compréhensibles, mais qui entretiennent le fonctionnement.

Ce que montre le travail en groupe, c’est qu’il est possible de rester dans ces moments sans fuir immédiatement. Et c’est dans cet espace, au départ inconfortable, que quelque chose de plus stable peut apparaître, sans avoir besoin de compulsion.

À lire aussi sur ce sujet : Est-on boulimique par ennui ?

Qui suis-je ? » en bas de page 

À propos de l’auteur : Vous retrouverez sur hervais.com mes articles et mon approche  psychothérapeutique en groupes de parole pour sortir de l’isolement, invisible des autres, dont vous êtes victime. Vous pouvez aussi contribuer à la réflexion collective sur boulimie.fr.

Laisser un commentaire

Prendre rendez-vous Doctolib