Personnalité borderline addiction et résilience

Le concept de résilience est souvent mal compris et utilisé de manière inexacte dans le langage courant. Beaucoup de gens l’associent à la capacité de « rebondir » ou de se remettre après un choc ou un traumatisme, comme s’il suffisait de retrouver un équilibre. Dans son livre « Les deux visages de la résilience : Contre la récupération d’un concept », Boris Cyrulnik reformule ce qu’est véritablement la résilience et pointe les dérives de son utilisation.

Qu’est-ce que la résilience selon Boris Cyrulnik ?

Pour Cyrulnik, la résilience signifie la capacité de se reconstruire après un traumatisme. Mais cette reconstruction n’est possible que si, avant ce traumatisme, la personne avait une base psychique solide, une identité bien formée. La résilience ne concerne pas seulement le fait de se remettre d’un choc, mais aussi la possibilité de se reconstruire en s’appuyant sur des éléments stables de sa personnalité, comme ses relations, ses ressources émotionnelles et ses expériences de vie.

La construction de l’identité chez les personnalités complexes

Pour les personnes qui n’ont jamais eu l’opportunité de se construire avant de subir un traumatisme, le défi est différent. Il ne s’agit pas de se reconstruire, mais bien de se construire une identité. C’est le cas, par exemple, des enfants soldats, que Boris Cyrulnik a rencontrés dans le cadre de ses recherches. Ces enfants, souvent élevés dans la violence, n’ont jamais connu un environnement affectif et sécurisant. Dès leur plus jeune âge, ils ont été formés pour commettre des actes de violence au service de groupes armés, sans avoir développé d’empathie ou de repères émotionnels sains.

Dans ces situations, Cyrulnik explique qu’il ne s’agit pas d’aider ces enfants à se reconstruire, car ils n’ont jamais eu de base stable à partir de laquelle le faire. Leur parcours est totalement différent : il faut les aider à construire quelque chose de nouveau, à créer une identité basée sur des relations humaines et des expériences de vie positives. Pendant les séances de psychothérapie avec ces enfants soldats, Cyrulnik adoptait une approche unique. Il ne posait pas de questions sur leur passé, car ces enfants n’avaient que des horreurs à raconter, et ils ne connaissaient pas l’empathie. Au lieu de cela, il parlait de lui-même et leur demandait leur avis. Cet échange permettait d’ouvrir un espace de réflexion et de dialogue, sans replonger immédiatement dans les traumatismes. Dans leur cas, la résilience consistait à apprendre à établir des liens, à comprendre le monde différemment, et surtout, à se construire.

La résilience et la plasticité du cerveau

La capacité de résilience est également étroitement liée à la plasticité cérébrale. Grâce aux neurosciences, nous savons aujourd’hui que le cerveau se façonne en fonction de l’environnement. Même après un traumatisme, il est possible de « reprogrammer » certains circuits neuronaux, notamment grâce à des expériences positives et enrichissantes. C’est pourquoi, même dans les cas les plus graves comme ceux des enfants soldats, la résilience reste une possibilité : en leur offrant un environnement nouveau et sain, ils peuvent progressivement apprendre à ressentir de l’empathie, à créer des liens, et à se construire.

 

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Personnalités borderline et addiction alimentaire

La question de la construction de l’identité se pose également pour les personnes souffrant de troubles alimentaires comme la boulimie ou l’hyperphagie boulimique. Ces individus semblent, à première vue, épanouis : ils peuvent être très intelligents, réussir professionnellement, être créatifs, et pourtant, ils souffrent d’une forme de mal-être profond. Leur addiction à la nourriture est souvent un moyen de combler un vide intérieur, de gérer des émotions qu’ils ne savent pas exprimer autrement.

Ces personnes présentent souvent des traits de personnalité borderline. Selon Bernard Granger, spécialiste des troubles borderline, ces individus ne sont pas en quête de « reconstruction », mais bien de construction d’une identité solide. Les personnalités borderline se caractérisent par une instabilité émotionnelle, des relations interpersonnelles chaotiques, une image de soi fluctuante et une peur intense de l’abandon. Ces traits se manifestent généralement par des comportements impulsifs, une tendance à l’autosabotage, et des difficultés à gérer leurs émotions.

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Dans son livre Les Borderline, Bernard Granger définit la personnalité borderline comme un trouble psychologique caractérisé par une instabilité marquée des émotions, des relations interpersonnelles, de l’image de soi et du comportement. Il décrit plusieurs traits essentiels de ce trouble :

  • Instabilité émotionnelle : Les personnes borderline ont des sautes d’humeur intenses et rapides, souvent en réponse à des événements perçus comme des menaces à leurs relations ou à leur estime de soi. Elles peuvent passer d’un état de colère à la tristesse ou à l’anxiété en très peu de temps.
  • Peur de l’abandon : L’une des caractéristiques centrales des personnalités borderline est une peur intense de l’abandon, qu’il soit réel ou imaginé. Cette peur peut entraîner des comportements désespérés pour éviter d’être rejeté ou seul.
  • Relations interpersonnelles chaotiques : Les relations des personnes borderline sont souvent instables et marquées par des oscillations entre l’idéalisation et la dévalorisation des autres. Cela peut créer des conflits fréquents et intenses dans les relations intimes, amicales ou professionnelles.
  • Image de soi instable : Les personnalités borderline ont une perception fluctuante d’elles-mêmes, ce qui entraîne des sentiments de vide ou une instabilité dans leur identité. Elles peuvent changer rapidement de valeurs, d’objectifs ou d’aspirations, ce qui complique leur adaptation sociale.
  • Impulsivité et comportements autodestructeurs : Les personnes atteintes de ce trouble peuvent adopter des comportements impulsifs tels que des dépenses excessives, des comportements alimentaires compulsifs, des toxicomanies, des relations sexuelles à risque, et dans certains cas, des actes d’automutilation ou des tentatives de suicide.
  • Difficultés à réguler les émotions : Bernard Granger souligne que l’une des difficultés majeures pour les personnes borderline est de réguler leurs émotions intenses, ce qui les conduit à des comportements impulsifs et parfois destructeurs.
  • Comportements paradoxaux : Les personnalités borderline peuvent montrer des comportements apparemment contradictoires, comme un besoin d’intimité et en même temps une tendance à repousser les autres par crainte d’être blessées.

Quelle thérapie pour les personnalités borderline et les addictions alimentaires ?

La psychothérapie pour ces personnes doit viser la construction d’un soi authentique capable d’avoir, dans l’intimité une vie relationnelle apaisée. Il ne s’agit pas pour ces personnalités de les aider à se reconstruire, mais de leur donner accès en psychothérapie à des outils pour construire un univers identitaire dans lequel elles se sentent bien, en harmonie avec elles-mêmes et avec les autres. La thérapie doit viser à stabiliser les émotions, à leur apprendre à gérer leurs relations de manière saine et à se sentir enfin en sécurité dans leurs interactions sociales.

La résilience est un processus complexe, qui ne se limite pas à se remettre d’un traumatisme. Pour certaines personnes, notamment celles qui n’ont jamais eu la chance de se construire (hormis le registre intellectuel est professionnel) la résilience consiste à créer de nouvelles bases identitaires et relationnelles solides. Qu’il s’agisse d’enfants soldats ou de personnes souffrant de troubles borderline, le travail thérapeutique doit se faire dans un cadre où ils peuvent, pour certains se reconstruire mais pour d’autres développer une identité stable et être capables de vivre des relations authentiques et épanouissantes.

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