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↓ SEPTEMBRE 2019 ↓

Du FAUX soi au VRAI SOI

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Un jour, un psy spécialisé dans l’accompagnement des personnes souffrant d’addiction reçoit le mail d’un jeune homme dont les premiers mots sont : « Je suis un garçon boulimique anorexique. Je m’adresse à vous dans l’intention d’être moi » …

Le psy apprécie cette entrée en matière parce que lorsque la personne prend contact en ayant conscience que les symptômes sont liés à un problème d’identité, on passe tout de suite à l’essentiel du travail psychothérapeutique. Trop de personnes, et trop de praticiens, aujourd’hui, ne tiennent pas assez compte des processus masqués derrière les symptômes, et sont encore centrés sur l’urgence de faire disparaître ceux-ci. Si la psychanalyse est tombée en désuétude en tant qu’outil de traitement, elle reste une philosophie de référence parce qu’elle permet d’aller au-delà de l’apparence (1).

Du FAUX soi (2) AU VRAI SOI.

Le jeune homme dit que la situation n’est plus vivable pour lui. Il ne veut plus accepter ses crises mais il ne parvient pas à les retenir.  Pourtant il fait beaucoup d’efforts.  Il a essayé divers traitements. Il poursuit :

« Depuis le début de cette année 2019, j’entreprends de trouver d’autres moyens pour me remobiliser et évacuer, digérer, les sensations qui me tiennent en étau. J’ai tenté des moyens autres que par la parole, qui ne fait plus effet chez moi : le sport, l’art, la danse, le rire, sortir…L’intention est là mais je n’arrive pas à décoller et briser les liens qui me tenaillent. Mon esprit est accaparé. Tout le budget de mes études y passe. Une grande culpabilité grandit. Ce n’est plus possible et j’ai besoin d’aide. Je viens de lire « Les Toxicos de la Bouffe » (3) et j’aimerais essayer une thérapie centrée sur le problème d’identité ».

DEVENIR SOI, EN ACCORD AVEC SON ENVIRONNEMENT

Et en effet, beaucoup de gens ont l’impression d’être eux-mêmes, mais ils répètent, parfois sans le savoir, des schémas qui leur viennent de leur passé. Il faut réussir à faire la part de ce qui est vraiment soi et de ce qui est appris et qui vient d’ailleurs. Une cohérence entre les pensées, les émotions et les attirances ou rejets pour le monde qui entoure une personne souffrant d’addiction diminuera son angoisse existentielle, au point de n’avoir plus besoin de son addiction pour vivre.

SI par contre, devenir soi sera suffisant pour diminuer l’angoisse existentielle, cela n’est pas suffisant pour se sentir bien parmi les autres : lorsqu’on a un soi très agressif ou très soumis à son environnement, un mal-être perdurera. Pour se sentir bien dans sa peau, il faut apprendre à devenir soi mais également apprendre à se sentir bien parmi les autres.

Dans les groupes intensifs centrés sur les problèmes identitaires et relationnels, le symptôme alimentaire peut disparaître en cours de route, ce qui ne veut pas dire que la thérapie soit achevée. Car les personnes, bien que libérées de leur addiction, restent cependant en permanence au bord de l’« implosion ». Elles restent encore très mal dans leur peau (même si c’est beaucoup moins mal, du fait qu’elles n’ont plus d’addiction) et toujours en décalage avec les autres, noyées dans une bulle dans laquelle elles ruminent en boucle des pensées négatives.

Nous ne sommes rien sans les autres, disent les philosophes. Alexandre Jollien disait un jour (4) que ce n’est qu’en laissant son ego de côté et en allant vers les autres que l’on peut parvenir à acquérir une liberté intérieure. Selon lui, on n’est rien sans les autres et les autres sont en réalité une partie de nous-mêmes.

Pour reprendre l’exemple de tout-à-l ’heure, si on est agressif, trop soumis ou fuyant, on ne peut parvenir à un certain lâcher-prise parce que l’environnement relationnel sera toujours un problème. Il faut donc, en plus de devenir soi, apprendre à l’être avec respect des autres dans leur différence. Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à ses désirs mais qu’il est nécessaire d’apprendre à les vivre sans heurter les gens au passage. Cela nécessite impérativement des apprentissages relationnels, des confrontations, des exercices de communication.

L’APPRENTISSAGE RELATIONNEL

Dans des séances en groupe suffisamment longues, on a tout le temps pour faire ce genre d’apprentissage relationnel. Apprendre à dire « non » sans être brutal, apprendre à entendre calmement s’exprimer une personne qui n’est pas d’accord ou qui ressent de l’hostilité contre soi, apprendre à écouter l’autre, parfois au-delà des mots qu’il emploie ; repérer son malaise, sans le juger ; trouver le moyen de se parler vrai, sans se disputer ; déployer un parapluie symbolique quand l’autre devient agressif. Il s’agit de tenter d’entendre ce que la personne dit d’elle-même, c’est-à-dire prêter plus d’attention à comment elle le dit (la forme) plutôt qu’à ce qu’elle dit (le fond).

Pour résumer, si, pour se débarrasser d’une addiction sévère il est nécessaire de devenir authentiquement soi, il est aussi indispensable d’apprendre à se remettre en question sur le plan personnel et relationnel.

L’un ne va pas sans l’autre si l’on ne veut pas souffrir de sa personnalité de base lorsqu’elle est hypersensible sur le plan affectif depuis la naissance. Après une thérapie, on reste hypersensible, mais cette hypersensibilité n’est plus génératrice de souffrance puisque l’on devient authentiquement soi et que l’on ne cherche pas à empêcher les autres d’être eux aussi tels qu’ils sont.

La thérapie de groupe (5), tout particulièrement grâce au travail sur les interactions, permet de ne plus se fatiguer à remonter à contre-courant la rivière de la vie, encombré du pansement anti-souffrance qu’est l’addiction.


(1) Vous pourrez trouver ce site un article écrit en 2004 sur la psychanalyse et son intérêt aujourd’hui pour comprendre l’addiction : https://www.boulimie.fr/articles/traitement-boulimie/la-psychanalyse-oui-mais

(2) Je vous renvoie à mon article du 1 octobre 2005 sur le FAUX-SELF https://www.boulimie.fr/articles/troubles-de-la-personnalite/le-faux-self

(3) de Catherine Hervais Poche – 28 février 2007

(4) « La Grande Librairie » du 24 janvier 2019  sur la 5, lors de la présentation du livre « A nous la Liberté » écrit en collaboration avec le bouddhiste Mathieu Ricard et le psychiatre Christophe André. https://www.youtube.com/watch?v=SVGj-S7tqeo

(5) …ou bien une thérapie en individuel au cours de laquelle on peut travailler le relationnel avec un psy ce qui nécessite que celui-ci ne soit pas neutre

Vidéo reportage: quelle thérapie pour la boulimie anorexie ?

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Pourquoi ce reportage ?

ll y a une vingtaine d’années naissait le site boulimie.fr.

Au moment de sa création, le monde médical s’employait alors à faire disparaître le symptôme boulimie-anorexie.

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Quelques pistes pour l'entourage

Ce guide a été écrit sur la demande des éditions Dunod qui voulaient un soutien pour les proches des personnes boulimiques anorexiques et hyperphagiques.

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