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↓ L'ARTICLE DE SEPTEMBRE 2018 ↓

Articles sur la boulimie

Articles sur la boulimie, septembre 2013

Qn ne peut pas résister, on se gave malgré soi ou, quand on se retient, on y pense toute la journée. Quelles sont les vraies raisons de cet enfer ? Chacun de ces différents articles tente de vous apporter un bout d'explication.

Liste et accès aux éditos de cette rubrique :

Je ne sais pas prendre soin de moi

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edito juillet aout 218Il y a des gens qui savent prendre soin d’eux-mêmes, et d’autres qui en sont incapables, parce qu’ils n’ont pas la notion de qui ils sont.

En même temps personne ne peut vraiment savoir qui il est. La philosophie nous enseigne que nous ne pouvons percevoir que des représentations de nous-mêmes. Notre éducation, nos émotions, nos croyances se mêlent et s’emmêlent, en sorte que nos pensées et nos actions ne sont pas complètement les nôtres. Nous sommes agis plus que nous n’agissons.

Mais on peut très bien vivre sans savoir qui on est. Pour être heureux dans l’existence, Ii suffit parfois simplement d’être en accord avec son corps et avec son environnement.

S’il l y a des gens qui sont plus ou moins bien dans leur peau, il y en a d’autres qui ne se sentent carrément pas dans leur peau. Et ceux-là auront besoin d’une addiction pour s’accrocher à la vie.

D’où vient que certains sont plus ou moins bien dans leur peau et auront des addictions passagères sans gravité au cours de leur vie, tandis que d’autres ne se sentent pas dans leur peau et auront besoin d’une addiction pour vivre ?

D’où vient qu’un symptôme tel que l’addiction puisse ne pas avoir la même signification chez une personne et chez une autre ? D’où vient qu’elle puisse parfois se soigner avec une thérapie classique, tandis que dans d’autres cas, elle résiste pratiquement à toutes les méthodes thérapeutiques traditionnelles ?

C’est souvent le cas pour la boulimie anorexie qui paraît différente des autres addictions, en ce qu’elle renvoie systématiquement à un schéma de personnalité particulier. Ça ne se voit pas de l’extérieur car les personnes qui sont sujettes à une addiction alimentaire semblent souvent très épanouies peuvent réussir très bien dans la vie, parvienir parfois même à cacher leur addiction à leurs proches.

Mais dans l’intimité de la psychothérapie elles expliquent qu’elles sont habitées par des peurs paralysantes, une sensation de vide abyssal, l’impression de ne pas exister vraiment, la sensation d’être un imposteur parmi les autres, et ressentent l’obligation de jouer un rôle pour ne pas se sentir isolées dans les relations humaines.

Le modèle psychanalytique est très utile pour comprendre l’addiction et surtout pour la traiter. Quand une personne est névrosée, c’est à dire quand elle a une personnalité relativement mature sur le plan affectif, l’addiction renvoie à un désir refoulé et est assez facile à combattre avec une méthode psychothérapeutique classique et, si nécessaire, la contribution d’une approche médicale.

Mais si la personne a eu une problématique d’attachement affectif à sa mère ou à la personne nourricière, l’addiction renvoie non pas au désir mais à un besoin fondamental. Dans ce cas, sans elle, la personne ne peut pas vivre. Pour s’en libérer, il lui faudra faire les apprentissages existentiels et relationnels basiques qu’elle n’a pas pu faire bébé. Et dans ce cas les psychothérapies traditionnelles ne seront pas adaptées.

Concrètement, on peut devenir addict à la nourriture, à l’alcool , aux médicaments ou à la drogue à la suite d’un choc émotionnel ou de circonstances particulières. Les Romains se gavaient et se faisaient vomir sans que ce comportement ne relève d’une pathologie psychique. Tel adolescent peut consommer trop d’alcool ou prendre de la drogue parce que ses camarades en prennent aussi. Il ne deviendra pas pour autant un alcoolique ou un drogué. Tel autre adolescent pourra avoir envie de faire un régime pour plaire et traverser une phase anorexique. Il ne deviendra pas nécessairement pour autant boulimique anorexique dans sa vie d’adulte.

J’observe que lorsque l’addiction alimentaire devient très envahissante pendant un temps trop long, on a généralement affaire à des personnes qui, sur un plan identitaire, ne se suffisent pas à elles-mêmes. Elles peuvent donner l’impression d’être autonomes et d’avoir très bien réussi leur vie, mais elle ne parviennent pas à avoir un sentiment de soi.

Ceux qui ne vivent que pour manger ont tous en commun le sentiment de ne pas exister vraiment. C’est le cas de cette jeune femme qui vient de m’envoyer ce poême:

« Quand on me dit « prends soin de toi »
Prendre soin de quoi?
Je n’ai pas de moi.
Je n’ai qu’un rien.
Un oursin frénétique que j’abrite, qui s’agite, qui se défoule, qui roule et qui me pique dans ma chair.
Je suis vide mais je ne suis pas en pierre.
Je sens tout.
Je sens les larmes monter. Se coincer ou couler.
Je sens les coups qui se déchaînent.
Je sens la peine.
Je sens la haine.
Je suis en vie.
Mais quelle vie...
Je sens l’ennui, la souffrance.
Mes sens ne dorment jamais sauf quand je les endors. Quand je les anesthésie.
Comme hier, aujourd’hui et peut-être demain.
C’est ma façon à moi de prendre soin du rien. »

Certains êtres humains qui ont eu un problème d’attachement à leur mère tout bébé ont l’impression de vaciller dans l’existence. Généralement ça commence à l’adolescence, lorsque le milieu familial n’est plus suffisamment soutenant. Ou beaucoup plus tôt si l’environnement n’était pas assez soutenant lorsqu’ils étaient petits. La jeune femme du poème n’est pas capable de se sentir vivante sans s’anesthésier. Quand on n’a pas le sentiment de soi, quand on a le sentiment d’être « un rien » qui souffre, l’expérience m’a montré qu’il est difficile de se construire en psychothérapie individuelle. On ne pourra y parvenir qu’avec une psychothérapie de groupe. Car dans un groupe tous les autres finissent par vous envoyer des images de vous-même, vous permettant d’apprendre peu à peu à exprimer ce que vous ressentez et peu à peu à vous sentir exister.

C’est en suivant ce parcours que petit à petit, avec le temps, les personnes boulimiques anorexiques ressentent de moins en moins le besoin de manger tout le temps. La nourriture n’est plus une obsession. Elles commencent par être capables de différer les moments d’absorption et puis un jour elles finissent par s’en passer.

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Auteure: Catherine Hervais

Pourquoi la boulimie m’est-elle tombée dessus?

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mars 2018 edito boulimieJ’entends souvent certaines personnes parler de leur boulimie anorexie en me disant qu’avant de tomber «malade», elles allaient bien. Je leur explique que l’addiction en soi n’est pas une maladie. Elle peut occasionner des troubles physiques ou des phases dépressives qui nécessitent un accompagnement médical. Mais à la base elle sert psychologiquement à apaiser une angoisse existentielle très profonde.

Quand la psychanalyse se penche sur le mental des personnes boulimiques anorexiques, elle trouve un trouble identitaire qui n’est pas du à la boulimie, contrairement à ce que beaucoup de psychiatres pensent encore, mais à des angoisses surdimensionnées qui rendent ces personnes incapables de vivre leur propre vie.

C’est la psychanalyste Joyce Mac Dougall qui a importé de la langue anglo-saxonne le mot «addiction» parce qu’elle trouvait que le mot «toxicomanie» n’etait pas approprié pour mettre en avant l’aspect psychologique qui est à l’origine des actes répétitifs et destructeurs dans lequel certaines personnes s’enferment malgré elles.

Ainsi, dans un article « Économie Psychique de l’Addiction »1 elle présente trois cas de personnes boulimiques. En se penchant sur la boulimie, tout aussi sévère que la toxicomanie, mais probablement plus accessible à l’éclairage de la psychanalyse, Joyce a trouvé le mot « addiction » plus adapté pour mieux comprendre ce qui se passe dans le mental de ceux qui ont besoin d’un comportement aliénant et destructeur pour vivre2.

En effet, explique-t-elle dans son article, l’addiction n’est pas qu’aliénante et destructrice. Elle est aussi apaisante. Et surtout elle empêche l’émergence d’angoisse archaïques très profondes.

S’il arrive que des gens soient mal dans leur peau, les personnes qui s’apaisent en mangeant (en se droguant, avec l’alcool, en commettant des actes violents ou même tout simplement en ayant des pensées répétitives, etc…) ne se sentent pas dans leur peau : elles se sentent vides, elles se détestent, elles ont du mal à se sentir à l’aise parmi les autres. Comme dit plus haut, contrairement à ce que la psychiatrie pensait jusqu’ici, ce n’est pas la boulimie qui crée des fragilités psychologiques. C’est le trouble identitaire qui rend nécessaire le besoin de s’apaiser avec une addiction. Dès lors, cela change complètement le type de travail psychothérapeutique dont les personnes qui souffrent d’une addiction sévère ont besoin.

Plus clairement, si l’addiction ne peut pas se contrôler, c’est parce qu’elle répond à une nécessité profonde de s’échapper de SA réalité. Depuis la première enfance jusqu’à l’adolescence, des angoisses (de type « psychotique » selon Joyce Mac Dougall) poussent à emprunter des chemins de vie qui ne sont pas les siens: le manque de stabilité intérieure oblige à se construire tant bien que mal un personnage qui permet de vivre plus ou moins confortablement parmi les autres.

Mais à l’adolescence, souvent malgré une famille aimante et des bons résultats scolaires, ceux qui vont développer une addiction (quelle qu’en soit le type) sont ceux qui sentent qu’ils ne sont pas eux-mêmes. Ils ne se sentent jamais apaisés, ni parmi les autres, ni dans leur propre corps. Ils se cherchent mais ne se trouvent pas. Alors tantôt la maîtrise sur leur corps en ne mangeant pas, tantôt l’absorption rapide de nourriture ou d’une substance, leur permettent de se sentir exister, au moins physiquement.

D’où viennent ces angoisses psychotiques et surtout comment les soigne-t-on ? Cette question mérite d’être posée aujourd’hui avec le développement de la neurophysiologie, parce que, contrairement à ce que pensait l’immense psychanalyste pédiatre Donald Winnicott — qui a beaucoup travaillé sur la petite enfance— on peut aussi développer des troubles de l’identité sans avoir eu une mère « incompétente ».

J’ai eu dans mon expérience de clinicienne l’occasion de rencontrer de nombreux parents, et si certains m’ont paru réellement très rigides, d’autres au contraire étaient à l’évidence pourvus d’empathie pour leur enfant, avec une personnalité équilibrée, aimant la vie et sachant la vivre avec joie et légéreté.

Aujoud’hui, les manuels de psychiatrie recensent, pour la boulimie anorexie, des causes multifactorielles parmi lesquelles des causes neurophysiologiques. Y aurait-il aussi une cause génétique avec un gène manquant, ou au contraire trop actif, qui empêcherait un bon dosage de la sérotonine et qui créerait chez l’enfant, dès sa naissance, une hypersensibilité constitutionnelle le rendant sujet à des angoisses très archaïques de type psychotiques, pour reprendre l’expression de Joyce Mc Dougall ? En tout état de cause le cadre familial permet de contenir ces angoisses, plus ou moins bien (selon les personnes) jusqu’à l’adolescence. Mais elles débordent par la suite lorsque le cadre familial n’est plus assez contenant: quand on a toujours vécu au rythme des autres (soit en mode « pot-de-colle » soit en « mode rebelle »), on n’a pas réellement construit un univers intérieur autonome. C’est alors qu’on se sent vide.

Toutes les personnes boulimiques anorexiques me le disent: elles se sentent vides quand elles ne sont pas « occupées » par quelque chose qui les absorbe. La formule en elle-même: « j’ai besoin de m’occuper », indique à quel point elles se sentent comme un objet vide et inerte.

A contrario, lorsque les personnes boulimiques anorexiques se laissent emporter par un mouvement qui passionne, elles sont animées d’une énergie et d’une créativité considérables. Mais leur puissance vitale retombe aussitôt lorsqu’elles se retrouvent avec elles-mêmes, c’est à dire lorsqu’elles ne sont plus «occupées». Elles s’ennuient mortellement, même quand elles sont entourées des gens qu’elles aiment, et plongent dans l’addiction pour échapper à la folie ou au suicide.

Mon expérience personnelle et clinique m’ont montré que la solution pour sortir de l’addiction n’est pas de mieux se comprendre, comme c’est généralement le projet en psychothérapie, mais de se construire. Même adulte quelque que soit l’âge, il est possible de se fabriquer une vie intérieure à soi, celle que l’on n’a pas pu construire enfant tant on avait besoin de s’accrocher à ses proches pour échapper aux angoisses psychiquement destructrices.

Le fait que l’on n’ait pas besoin de se comprendre mais de se construire change tout du point de vue de la méthode psychothérapique à utiliser. Par exemple, une thérapie de groupe dans laquelle on parle avec autenticité et dans laquelle on réagit en terme de «j’aime ou j’aime pas» et non de «je pense que» ou «je ne pense pas» permet de délimiter son vrai SOI, son SOI à soi, celui que l’on n’a pas élaboré petit enfant. Un tel parcours permet d’envoyer valser le soi bidon qui donnait à peu près le change mais qui nécessitait le recours à une addiction.

La psychothérapie de groupe permet un relationnel authentique rendant possible de se construire vraiment face à l’autre. Un psychothérapeute neutre ou trop dans l’intellect ne peut pas faire l’affaire. En revanche, dans un groupe de psychothérapie (à ne pas confondre avec un groupe de parole) on est sollicité par toutes sortes de sensations et d’émotions authentiques. En se laissant guider par elles on parvient peu à peu à trouver les mots justes, c’est-à-dire ceux qui correspondent à ce que l’on ressent. Ce faisant, on expérimente comment s’ajuster aux autres sans violence ou sans ressentir le besoin de les fuir pour exister.

Je voudrais terminer cet article en signalant une bande dessinée qui illustre formidablement bien et avec beaucoup d’humour ce que ressent une personne boulimique anorexique dans les moments où elle ne sait plus quoi faire de sa peau. Elle est extraite du blog « jeveuxvivre.com » d’Emilie Oprescu et s’appelle « Le Grand Vide Intersidéral de la Muerte (de la mort)».

Je connais Emilie. Si vous suivez son blog ou sa chaîne youtube vous verrez qu’elle n’est plus boulimique et que sa quête d’identité l’a conduite à s’intéresser à tout ce qui touche à la philosophie de la vie quotidienne, en BD et avec humour.

Auteur: Catherine Hervais

1 La Nouvelle Revue de Psychanalyse en 2001 PUF
2 Le terme addiction est d'étymologie latine, ad-dicere « dire à ». Dans la civilisation romaine, les esclaves n'avaient pas de nom propre et étaient dits à leur Pater familias. Le terme d'addiction exprime une absence d'indépendance et de liberté, donc bien un esclavage..

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Message d'accueil aux boulimiques anorexiques

Pourquoi ce site ?

Parce que ce site peut vous être très utile pour vous aider à comprendre que l'origine de votre problème n’est pas la boulimie mais ce qui vous rend boulimique.

Vous ne lirez donc pas ici les sempiternels conseils censés vous aider à contrôler et diminuer la fréquence et l'importance de vos crises (ou grignotages). Par contre, vous trouverez des informations issues des dernières recherches neurophysiologiques et psychologiques qui se sont penchées sur le phénomène mental de l’addiction.

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Quelques pistes pour l'entourage

Vous avez dans votre entourage une personne qui est (ou que vous pensez être) boulimique anorexique ?

Votre courage mérite d'être reconnu et souligné car la vie avec elle peut être terriblement difficile. Notre souhait est que ce site vous aide. L’entourage est souvent en souffrance, ne comprend pas, ne sait pas quoi faire. D’un autre côté le monde médical a souvent une approche comportementale (qui peut aider dans les moments de crise aigüe) mais qui ne résoud parfois pas le problème à long terme. Nous vous proposons ici des pistes de réflexion.

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