Je ne supporte pas d’être seul(e)… et pourtant j’en ai besoin
Certaines personnes ne supportent pas d’être seules. Et par moments, elles ne supportent pas d’être en relation. Entre besoin de contact et rejet, entre intensité et vide, quelque chose ne tient pas.
Ce fonctionnement, souvent appelé personnalité borderline, renvoie à une difficulté plus profonde : se sentir exister de façon stable.
Un vide intérieur difficile à comprendre
Certaines personnes parlent d’un vide. Mais ce mot est souvent trop faible. Ce n’est pas un simple ennui, ni un moment creux, c’est une sensation de ne pas être vraiment là, comme si l’existence ne s’installait pas.
Ce vide peut être très présent, même quand tout semble aller bien extérieurement.
« Je me sens constamment vide. »
« J’ai l’impression de ne pas être vraiment là. »
Ces phrases reviennent souvent.
D’autres décrivent une impression encore plus radicale. Comme si elles n’avaient jamais vraiment existé. « Parfois je ne ressens plus rien, comme si je n’étais même plus là. »
Ce qui est en jeu ne se limite pas aux émotions. Il s’agit d’une difficulté à se sentir exister de façon continue. Quelque chose ne tient pas à l’intérieur.
Certaines personnes parlent d’un manque impossible à combler.
« Il y a quelque chose en moi qui ne se remplit jamais. »
« Mon cœur n’a que deux réglages : rien du tout, ou beaucoup trop. »
Dans ces conditions, tout devient instable. Les émotions changent rapidement. Les repères intérieurs ne tiennent pas longtemps.
Une participante disait :
« Je peux me sentir bien, et deux heures après, tout s’effondre. »
Ce passage d’un état à un autre peut être brutal.
Cette instabilité n’est pas volontaire. Elle traduit une absence de base intérieure stable. Quelque chose qui permettrait de rester en contact avec soi, même quand les choses changent.
Alors la personne cherche des points d’appui. Elle tente de se sentir exister autrement. Souvent à travers les relations.
Des relations intenses, entre besoin et rejet
Dans ce contexte, la relation devient essentielle. Pas seulement pour aimer ou être aimé, mais pour se sentir exister. Avec l’autre, quelque chose se stabilise, au moins temporairement.
Mais cette stabilité est fragile.
« Je ne supporte pas d’être seule. »
« Tout s’effondre quand quelqu’un est en retard. »
Les relations deviennent alors très intenses.
« Soit je l’adore, soit je le déteste. »
« J’idéalise puis je rejette. »
Ce mouvement n’est pas un choix. Il traduit une difficulté à maintenir un contact stable avec l’autre. Dès que quelque chose change, tout peut basculer.
Et il y a aussi des moments, parfois dans la même journée, où l’autre est de trop. Sa présence dérange. Même proche, même aimé, il peut devenir insupportable.
Certaines personnes disent :
« Je ne supporte pas la présence de l’autre, ce qu’il me dit, et même quand il se tait. »
Dans ces moments-là, tout devient envahissant. La relation ne soutient plus, elle pèse.
Ce n’est pas une contradiction. Être seule est difficile. Être avec l’autre peut l’être tout autant. Il n’y a pas de position stable.
Certaines personnes décrivent ce va-et-vient comme épuisant. Chercher le contact pour tenir, puis devoir s’en éloigner pour ne pas se sentir envahi. Et recommencer.
« Mes relations sont toujours chaotiques. »
« Je ne sais jamais comment ça va se passer. »
Dans ce contexte, la question de l’identité devient centrale.
« Je ne sais pas qui je suis. »
« Mon image de moi change tout le temps. »
Certaines personnes vivent à travers le regard des autres.
« Je vivais pour la validation des autres. »
Sans cela, tout devient incertain.
Boulimie et impulsivité : se sentir exister coûte que coûte
Quand le vide devient trop présent, il faut trouver un moyen de s’accrocher. Certaines personnes passent par l’action. Elles cherchent à produire une sensation, à remplir, à occuper.
« Je comble un vide avec tout ce qui passe : manger, boire, acheter. »
« Je réagis avant de réfléchir. »
Ces comportements ne sont pas anodins.
Ils permettent de ressentir quelque chose immédiatement. De lutter contre la disparition intérieure. D’échapper, au moins un moment, à ce vide.
La boulimie s’inscrit souvent dans ce mouvement. Manger permet de remplir, de sentir son corps, de produire une présence immédiate.
« Quand je mange, je sens que je suis là. »
Sur le moment, cela apaise.
Mais cet apaisement ne dure pas. Le vide revient. Parfois encore plus fortement. Et le cycle recommence.
Ce n’est pas une question de volonté. Ce n’est pas une incapacité à se contrôler. C’est une tentative de régulation face à quelque chose de plus profond.
Certaines personnes vont plus loin.
« Je me fais du mal pour ressentir quelque chose. »
« La douleur physique m’aide à ne plus sentir le reste. »
Ces comportements peuvent sembler extrêmes. Mais ils répondent à une logique. Celle de ne pas disparaître intérieurement.
Quand comprendre ne suffit pas
Beaucoup de personnes comprennent ce qui leur arrive. Elles analysent, elles mettent des mots, elles essayent de changer. Mais cela ne suffit pas.
Ce qui est en jeu ne se transforme pas uniquement par la compréhension. Il ne se transforme pas non plus par le contrôle.
Ce qui change les choses, c’est une expérience différente. La possibilité d’être en contact avec les autres, sans se perdre, sans disparaître.
Petit à petit, quelque chose peut se stabiliser. Une continuité apparaît. Le sentiment d’exister devient moins dépendant des autres ou des moments d’intensité.
Une participante disait :
« Avant, j’avais l’impression de marcher sur un fil. Maintenant, ça tient un peu plus. »
Ce travail ne se fait pas seul. Il se construit dans la relation. Dans un cadre où il est possible d’être là, tel que l’on est, sans devoir se défendre en permanence.
C’est à cet endroit que les comportements comme la boulimie deviennent moins nécessaires. Non pas parce qu’on les combat directement. Mais parce que ce qu’ils compensaient commence à se transformer.
Le vide ne disparaît pas d’un coup. Mais il devient moins menaçant. Et surtout, il n’oblige plus à agir en urgence.
Ce qui transforme réellement la situation se travaille en psychothérapie de groupe, dans le contact authentique avec les autres en s’exerçant à être soi-même et à communiquer sans être agressif, soumis ou même intrusif.
C’est ce que je développe sur hervais.com.
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Qui suis-je ? »
À propos de l’auteur : Vous retrouverez sur hervais.com mes articles et mon approche psychothérapeutique en groupes de parole. Vous pouvez aussi contribuer à la réflexion collective sur boulimie.fr.
Catherine Hervais

