Certaines personnes ne se sentent pas à l’aise avec les autres. Elles parlent, elles sont là, mais elles ne sont jamais vraiment tranquilles. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas, avec une forme de honte de soi.
Elles ont l’impression d’être en décalage, pas tout à fait à leur place, comme si elles pouvaient déranger ou être de trop. Ce n’est pas forcément visible et souvent les autres ne remarquent rien, mais à l’intérieur la tension est là.
C’est ce que décrit une jeune femme dans un message qu’elle m’a envoyé.
Une histoire qui ne se voit pas
Une jeune femme qui doit avoir environ entre 30 et 40 ans m’écrit après avoir lu le dernier article que j’ai posté pour boulimie.fr. Elle dit qu’elle a aimé l’article et elle en profite pour me donner des nouvelles.
Elle a participé à mes groupes il y a très longtemps, peut-être une vingtaine d’années. Elle était venue de Suisse pour participer ici à Paris à une psychothérapie de groupe dans l’espoir de traiter une hyperphagie boulimique sévère.
Elle a continué à rester en contact avec les personnes qu’elle a connues et d’autres aussi via un groupe WhatsApp où communiquent tous les gens qui ont participé à ces ateliers de parole au cours de toutes ces années. C’est une façon de rester en lien même quand on a arrêté la thérapie.
C’est un WhatsApp très sympathique parce qu’il a un cadre. Le même que pendant les groupes de psychothérapie. On ne parle pas de l’addiction alimentaire mais on travaille sur soi grâce aux interactions avec les autres. On s’engage à être authentique, à parler des choses sans se plaindre, à ne pas donner de conseils.
Ça donne un espace très agréable où les gens se sentent à l’aise, soit simplement pour lire ce que les autres échangent, soit pour écrire.
Quand les crises disparaissent mais pas la honte
Stéphanie ne fait plus de crise de boulimie et bien sûr elle en est très contente. Mais elle ajoute que pour elle maintenant, ce n’est plus ça qui est très important. Elle vient de terminer un long sevrage d’anxiolytiques.
Elle était suivie depuis de nombreuses années en psychiatrie parce qu’elle a une personnalité émotionnellement hypersensible, ce qui fragilisait beaucoup son équilibre. Elle avait l’habitude de prendre des doses très élevées. En se sevrant, elle ressent de grandes angoisses, proches de l’anxiété sociale, qui lui donnent une humeur très instable.
Elle dit qu’elle ressent constamment une tension interne, difficile à calmer. Elle ne la régule plus avec la nourriture, elle n’utilise plus de médicaments pour la contenir puisqu’elle est en sevrage et elle se trouve confrontée avec quelque chose de très violent au fond d’elle-même.
Elle dit que ce qui lui manque aujourd’hui, ce n’est pas l’arrêt des crises, mais c’est une forme de lâcher prise intérieure.
Une honte plus profonde que la boulimie
Et puis elle constate qu’elle a encore de la honte, une honte de soi. Elle explique que c’est ne pas être assez ou être trop, se sentir ridicule, déplacée, avec parfois un sentiment d’imposture.
C’est ressentir des choses qu’elle n’aimerait pas ressentir, ni penser. Il ne s’agit plus de la honte liée aux crises de boulimie, c’est autre chose, une honte plus diffuse, plus ancienne, qui concerne sa personnalité d’aujourd’hui. Aprus les groupes de psychothérapie pour des personnes qui sont concernées par la boulimie, on voit souvent des gens continuer la thérapie même quand la boulimie a disparu parce que ils ne sont pas encore débarassés de la honte de soi.
Stéphanie, pointe en effet une sensation très fréquente chez les personnes qui ont réussi à se défaire de la boulimie ou de l’hyperphagie boulimique, sans avoir été au fond dans le travail sur l’identité. On peut très bien avoir gagné en affirmation de soi, et c’est souvent ce qui fait partir l’addiction alimentaire, et en même temps garder une image de soi très négative.
Ne pas se sentir à la hauteur avec les autres
Elle a toujours l’impression qu’elle a quelque chose qui ne va pas, qu’elle a fait quelque chose de mal, qu’elle n’est pas comme il faut. Elle sent qu’elle n’est pas à la hauteur dans la relation avec les autres.
Cela ne se voit pas de l’extérieur, mais c’est extrêmement gênant parce qu’elle le sait. Elle a du mal à être elle-même, à être à l’aise avec les autres, et elle sait que quand elle parle, elle ne dit pas tout.
Non qu’il faille tout dire, mais il y a des choses nécessaires si l’on veut un vrai contact avec les autres. Elle garde tout en elle parce qu’elle pense qu’elle peut déranger, inquiéter ou faire reculer, et même si elle se raisonne, les schémas persistent.
Une tension interne qui ne trouve plus d’issue
C’est sans doute parce que ce qui ne peut pas être dit reste à l’intérieur qu’elle ressent en elle une tension permanente, une tension très pénible qu’elle utilisait autrefois avec la boulimie puis avec les médicaments.
Et maintenant qu’elle est en sevrage, elle se trouve confrontée avec une émotion énorme qui ne trouve pas de quoi se calmer.
Pourquoi la honte revient après l’addiction
On a tendance à penser que l’addiction crée la honte, et c’est souvent vrai. Mais il existe une honte bien plus profonde, liée à la façon dont on se perçoit soi-même, comme quelqu’un d’inachevé.
On ne se sent jamais à l’aise avec les autres, on se compare, on se sent inférieur, et cela entretient la honte.
Le travail de fond : l’estime de soi et l’identité
L’arrêt d’une addiction ne suffit pas toujours. Le travail consiste à traiter ce qui donne de la honte, sans forcément tout analyser, car l’expérience montre que quand on acquiert de l’estime de soi, la honte disparaît.
Pourquoi la psychothérapie de groupe est si efficace
Quand on travaille en psychothérapie de groupe, on apprend à être soi avec les autres. On découvre ses schémas, on les corrige, on s’exerce, et petit à petit on devient plus à l’aise, plus authentique.
Se sentir enfin à sa place
C’est cette sensation d’exister tel qu’on est qui libère. La honte disparaît, et quand elle disparaît, les addictions ne sont plus nécessaires. On se sent enfin à l’aise, dans son corps et parmi les autres.
Qui suis-je ? »
À propos de l’auteur : Vous retrouverez sur hervais.com mes articles et mon approche psychothérapeutique en groupes de parole. Vous pouvez aussi contribuer à la réflexion collective sur boulimie.fr.
Catherine Hervais
À lire aussi sur ce sujet l’article : Travail sur la honte en psychothérapie
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