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A paraître

Ce site porte un regard essentiellement psychologique et psychanalytique sur l'origine de la boulimie

Selon les travaux de
la psychologue Catherine Hervais
https://hervais.com : contact

A paraître


Ce site porte un regard essentiellement psychologique et psychanalytique sur l'origine de la boulimie.

  • Boulimie
  • Différence entre boulimie et hyperphagie

 

La différence entre boulimie et hyperphagie peut sembler à priori inexistante dans la mesure où les comportements de l’une et de l’autre affection se ressemblent. Mais ce n’est pas parce que les comportements semblent identiques qu’il n’y a pas de différence entre boulimie et hyperphagie. Pour faire la différence entre boulimie et hyperphagie il faut remonter à la source de chacune de ces deux affections. Si la source était la même il n’y aurait pas de différence entre boulimie et hyperphagie. Si, au contraire, l’une est métabolique tandis que l’autre est psychique, chacune de ces deux affections nécessite un traitement différent.

 

 Différence entre boulimie et hyperphagie, boulimie et thérapie

Documentaire "Boulimie et Thérapie"

 

Dans ce document vidéo fait avec des personnes qui s'en sont sorties, on peut se rendre compte qu'il n'y a pas vraiment de différence entre boulimie et hyperphagie.

 

Différence entre boulimie et hyperphagie 

Différence entre boulimie et hyperphagie : qu’est-ce que la boulimie ?

 

Dans le milieu médical, la définition de la boulimie reste très comportementale.

Certaines personnes sont boulimiques et se font vomir tellement souvent et tellement à fond qu'elles finissent parfois par devenir aussi maigres que les anorexiques les plus maigres.

Où se trouve la différence entre boulimie et anorexie dans ce cas ?

Dans le monde médical, il n'y a pas de différence majeure. Les boulimiques et les anorexiques ont un traitement assez analogue : toutes deux ont besoin de prendre du poids pour ne pas mourir.

L’urgence c’est donc parfois de les obliger à absorber de la nourriture d’une façon parfois très invasive. Les unes et les autres ont donc droit au même traitement hospitalier ou médical (hors hôpital).

Mais si prendre du poids a l’avantage de sauver des vies, cela ne résous rien quant au problème de fond. Les boulimiques, après l’hôpital continuent à avoir des crises, à vomir et à reperdre du poids et les anorexiques à refuser de manger. Certaines deviennent boulimiques, passant de manger rien à manger tout le temps.

D'une certaine façon les boulimiques maigres préfèrent être prises pour des anorexiques. C'est plus glamour d'être anorexique que d'être boulimique, aux yeux de la plupart des gens. Les stars du show-business, les mannequins, quand elles sont très maigres à cause des vomissements disent d’ailleurs, quand on leur fait une remarque sur leur maigreur, qu’elles sont anorexiques.

La boulimie, l’anorexie, de même que l’hyperphagie boulimique résistent aux approches thérapeutiques comportementales actuelles, sont trop centrées sur la régulation du comportement alimentaire, sans se préoccuper suffisamment de la dimension psychologique des unes et des autres.

Quand il arrive parfois que des personnes boulimiques et anorexiques se lancent dans une expérience psychothérapeutique, les psychothérapies classiques en général ne conviennent pas. L'écoute attentive et quasiment neutre, ne prend pas assez compte la problématique psychologique particulière de ces personnes ou alors d'une façon trop superficielle.

Par expérience, je rejoins la psychanalyste Caroline Eliacheff. La boulimie, pour les personnes boulimiques qui réussissent contrôler leur poids, ce n'est pas nécessairement manger beaucoup, ni être obèse. Pourtant elles sont boulimiques au sens où elle pense toute la journée à manger et elles souffrent de ne pas se l'autoriser. Si je devais définir la boulimie en me basant sur ce que j'ai pu observer dans mon travail de psychologue avec des personnes addictes alimentaires, je parlerai plutôt des caractéristiques liées à leur personnalité. Bien que chaque personne soit un univers à elle toute seule, unique à bien des égards, on peut observer que les personnes boulimiques ont en commun une immense mésestime d'elles-mêmes. Sont-elles d'ailleurs elles-mêmes ? Probablement pas. Elles ont une personnalité d'emprunt qui paraît souvent très aboutie, tant sur le plan intellectuel que sur le plan de la réussite sociale, mais ce n'est qu'une personnalité d'emprunt. À les écouter, elles sont nulles, pas intéressantes, moches , même quand elles ont un beau physique, qu'elles réussissent dans la vie sociale, intellectuelle et artistique.

Si je devais donner ma propre définition de la boulimie sèvère, je dirais que c'est quelqu'un qui pense tout le temps à manger, même quand elle ne mange pas, même quand elle réussit à ne pas faire de crise. J'ajouterai que d’un point de vue psychologique, elles ont une très mauvaise image d'elles-mêmes et se sentent englouties dans un vide colossal.

D'un point de vue psychologique on peut donc voir les boulimiques comme des personnes qui mangent tout le temps parce que seule la nourriture leur permet de se sentir vivantes.

Ce sont aussi les personnes désespérées qui cherchent de l'aide assez souvent, quand leur humeur est au plus bas.

 

Différence entre boulimie et hyperphagie 

Différence entre boulimie et hyperphagie : qu’est-ce que l'hyperphagie ?

 

L'hyperphagie se définit principalement par un comportement qui consiste en l'ingestion de quantités de nourriture supérieures à ce que l'organisme dépense, et entraînant une prise de poids. Certains animaux connaissent des périodes d'hyperphagie, par exemple avant l'hibernation.

La différence entre boulimie et hyperphagie ne saute pas aux yeux à priori lorsque les personnes ne se font pas vomir et prennent du poids. Tout comme la boulimie, l’hyperphagie est d'abord et avant tout un dysfonctionnement nutritionnel qui consiste à manger plus que nécessaire, au point de déformer et déséquilibrer le métabolisme de son corps. Mais la différence entre boulimie et hyperphagie ne peut pas s'évaluer sur un plan seulement comportemental. Pour comprendre la différence entre boulimie et hyperphagie, il faut se pencher sur le sens de chacun de ces deux comportements. Afin de poser le diagnostic d’hyperphagie, il faut commencer par faire une analyse médicale pour voir s’il n'y a pas une cause métabolique. S'il n'y a pas une origine métabolique à l’hyperphagie, alors la cause est psychologique. Mais de même qu'il peut y avoir plusieurs causes métaboliques à l'origine d'une hyperphagie, il peut également y avoir plusieurs causes psychologiques à ce trouble du fonctionnement alimentaire.

Par conséquent pour comprendre la différence entre boulimie et hyperphagie il faut commencer par éliminer les causes métaboliques et consulter un psychologue ou un psychanalyste spécialisé dans les problématiques psychologiques qui poussent à l'addiction.

Pour faire la différence entre boulimie et hyperphagie, l'important est de sortir du schéma simplement comportemental. Un psychologue, rencontre souvent des personnes qui ignorent totalement la différence entre boulimie et hyperphagie et se pensent hyperphagiques et non boulimiques parce qu'elles ne se font pas vomir.
Alors, avec beaucoup de courage, elles font souvent des régimes à répétition sans parvenir à résoudre leur problème de poids qui, de toutes façons, ne diminuerait que pour mieux reprendre ensuite.

A ces personnes qui ne font pas de différence entre boulimie et hyperphagie et qui ne se pensent pas boulimiques parce qu’elles ne se font pas vomir, il est bon de leur expliquer que le diagnostic de boulimie n’est pas réservé aux personnes qui se font vomir.
Pour résumer ce qui concerne la définition de l’hyperphagie afin de bien faire la différence entre boulimie et hyperphagie, on peut dire :

- qu’il s’agit d’hyperphagie s’il y a une cause métabolique

- et qu’il s’agit d’hyperphagie si, d’un point de vue psychologique, la vie affective et relationnelle de la personne est très détendue et équilibrée.

 

Différence entre boulimie et hyperphagie 

Différence entre boulimie et hyperphagie : les symptômes

 

Si on désigne par hyperphagie le comportement qui consiste à manger au-delà de sa faim avec pour conséquence une prise de poids, on peut néanmoins observer des personnes boulimiques qui ne se font pas vomir et qui mange plus que de raison et au-delà leur de leur faim avec, pour conséquence, une prise de poids. Jusque-là pas de différence entre boulimie et hyperphagie. En général la prise de poids n'est pas énorme chez les personnes boulimiques non vomisseuses parce qu'elles ont tendance à faire en sorte que leur addiction ne se voit pas. Pour ce faire, elles font beaucoup de sport, prennent des laxatifs, font des périodes de jeûne répétées. De l'extérieur personne ne se doute qu'elles sont boulimiques parce qu'elles sont très discrètes et se cachent en mangeant. Les signes qui permettent de faire la différence entre boulimie et hyperphagie sont bien sûr assez difficiles à déterminer en se basant sur le seul comportement et la prise de poids lorsque les personnes sont obèses. Si les boulimiques non vomissseuses ne sont généralement pas obèses, c’est parce qu'elles sont trop concernées par leur apparence. Lorsqu'une boulimique non vomisseuse, est obèse, c'est en général le signe qu'elle est gravement déprimée et qu'elle n'a plus la force de s'occuper d'elle.

Pour faire la différence entre boulimie et hyperphagie il ne faut pas uniquement se baser sur les symptômes comportementaux. Mieux vaut se fonder uniquement sur le discours. En effet, la boulimie est une addiction chez une personne qui a d'autres symptômes psychologiques et relationnels en plus des symptômes nutritionnels.
Sur le plan psychologique, la personne boulimique qui prend du poids a honte d'elle, se sent vide, est très dépendante aux autres ou au contraire très solitaire parce qu’elle se sent très agressée par les gens. Dépendante, collante, soumise ou fuyant le contact, cela relève du même processus psychologique qui consiste à regarder l’autre soit comme une ressource, soit un adversaire. La personne se comporte comme si l’autre lui devait quelque chose.

La différence entre boulimie et anorexie est d'autant plus facile à faire que les personnes boulimiques jouent un rôle pour plaire tant elles sont persuadées qu'elles ne peuvent pas plaire en se montrant telles qu'elles sont. Ceci est vrai tant chez les femmes que chez les hommes. Psychologiquement on peut faire la différence entre boulimie et hyperphagie en observant comment la personne se comporte sur le plan relationnel et affectif. Comme les personnes boulimiques ont très peu d’estime pour elles-mêmes, elles jouent un rôle. Certaines ont souvent beaucoup d'amis, mais en réalité elles sont toujours un peu tendues malgré tout, même dans la bonne humeur. Elles sont souvent « too much » face aux autres. Ce qui fait que les autres peuvent les apprécier, mais non sans se sentir un peu tendus eux aussi face à elles tant elles sont imprévisibles.
Lorsqu’une personne mange beaucoup trop et grossit, si elle n'est pas complexée par elle-même ni par son poids, si elle ne joue pas un rôle, si elle sait être dans les nuances sur le plan affectif et relationnel, alors elle est vraisemblablement seulement hyperphagique et non pas boulimique non vomitive.

Si on devait donner un exemple pour illustrer la différence entre boulimie et hyperphagie on dirait qu’un personne qui n'est pas boulimique et qui est hyperphagique et obèse se fâche dans un avion quand la place est trop étroite. Ou bien, en tout cas, elle revendique le droit à une place plus large. En revanche, une personne boulimique obèse, dans le même cas de figure, est très gênée d'avoir à déranger les gens parce qu’elle se dit que c’est de sa faute et n’ose pas réclamer une place plus large, ou si elle ne peut pas faire autrement, elle s’en excusera. Psychologiquement, ici, la différence entre boulimie et hyperphagie est évidente : dans une telle situation, l’hyperphagique n'a pas honte d'elle, tandis que la boulimique se sent extrêmement gênée et coupable.

 

Différence entre boulimie et hyperphagie 

Différence entre boulimie et hyperphagie : les risques

 

La différence entre boulimie et hyperphagie est très ténue en matière de risques. Dans les deux affections ce sont les mêmes risques que l'obésité. On a encore pu le constater dernièrement avec le COVID. Les personnes les plus à risque étaient celles qui avaient un surpoids.

Quant au cas où il est question d'installer un anneau gastrique, la différence entre boulimie et hyperphagie est très claire. Dans un cas, l’hyperphagie, on ne risque rien, et dans l'autre, la boulimie, cela peut être très dangereux. Tandis que les personnes hyperphagiques peuvent bénéficier d'un anneau gastrique pour limiter l'absorption de nourriture, il peut y avoir un risque pour les personnes boulimiques lorsqu’elles le font dans l’espoir d’avoir moins de boulimies et de parvenir ainsi à maigrir. La plupart des chirurgiens refusent d’ailleurs de faire cette intervention avec des personnes qui sont boulimiques, mais ces dernières parviennent parfois à cacher leur boulimie, ce qui provoque parfois des accidents post opératoires, sans pour autant faciliter leur vie, dans la mesure où elles ont une immense frustration tant elles ont besoin de manger psychologiquement parlant.

Une autre différence entre boulimie et anorexie dont on parle généralement assez peu est que si les personnes obèses et non boulimiques, bien que très contrariées par leur poids, parviennent à garder le moral sans pour autant jouer un rôle, les personnes obèses et boulimiques sont généralement très déprimées et ont tendance à faire des tentatives de suicide, tant la vie leur paraît difficile et tant leur corps les dégoûte.

 

Différence entre boulimie et hyperphagie 

Différence entre boulimie et hyperphagie : le traitement

 

La différence entre boulimie et hyperphagie est manifeste en ce qui concerne le traitement. On ne traite pas une personne boulimique comme on traite une personne hyperphagique. Dans la mesure où la différence entre boulimie et hyperphagie se trouve principalement dans le registre psychologique, pour envisager un traitement il y a deux étapes à franchir avant toute décision. Pour commencer, il faut faire des analyses médicales, afin de voir si le problème n'est pas métabolique. Ces examens sont à faire quand une personne mange beaucoup trop, sans faim, et si elle a tendance prendre trop de poids. Concernant la différence entre boulimie et hyperphagie du point de vue du traitement psychologique, la seconde étape, s'il n'y a pas de problème métabolique, consiste à prendre l'avis d'un psychologue ou d'un psychanalyste spécialiste de l’addiction afin de déterminer quelle est la problématique psychologique impliquée dans l’addiction alimentaire. Sans l’avis d'un psychologue, même si on sait très bien que la cause est psychologique, on ne peut pas exactement savoir quel est le type de traitement psychologique à pratiquer.

Comme l'explique si bien Boris Cyrulnik, reprenant les propos de John Bowlby, les fragilités psychologiques ne se traitent pas de la même façon, selon que la personne, dans sa petite enfance s’est sentie « sécure », ou au contraire « insécure ».

Nous savons aujourd'hui qu'un petit enfant peut se sentir insécure s'il ne se sent pas suffisamment bien accompagné ce qui l’entraîne à paniquer rapidement.

Si, quand il a des besoins, la personne nourricière ne répond pas assez vite et avec suffisamment de douceur, si c’est répétitif, et si en plus il a un tempérament hypersensible, le bébé peut développer un relationnel pathologique. Soit il s'accroche à la personne nourricière plus que de raison et ne parvient pas à s’en décrocher tant il a peur qu’elle s’éloigne. Soit il développe des symptômes sérieux tels que de la dépression, des colères ou des insomnies pathologiques. Et plus tard, avec les gens qu'il rencontrera, lorsqu’il sera adolescent, puis adulte, son comportement vis à vis des autres sera déterminé par ses premiers schémas relationnels d’enfant.

 

Différence entre boulimie et hyperphagie 

Différence entre boulimie et hyperphagie : le groupe de parole

 

Une fois qu'on a déterminé la différence entre boulimie et hyperphagie, une psychothérapie peut s'avérer nécessaire, même en cas d’hyperphagie métabolique où la psychothérapie peut seconder le traitement. Des difficultés psychologiques peuvent être la conséquence d’un problème somatique. En effet il arrive que les personnes hyperphagiques obèses ressentent le besoin d’une psychothérapie sous forme de groupe de parole pour les accompagner face aux diverses difficultés crées par l’obésité. Dans ce cas, peu importe la nature de la psychothérapie.

En revanche, lorsque la différence entre boulimie et hyperphagie n'existe pas c'est à dire lorsque le symptôme alimentaire est dû à un trouble de l'identité, pour un maximum de réussite, mieux vaut utiliser psychothérapie de groupe plutôt qu’une psychothérapie traditionnelle individuelle.

Pourquoi la psychothérapie de groupe dans ce cas. Simplement parce que dans le cas de la boulimie, qu'elle soit vomitive où hyperphagique, il y a un très désagréable sentiment de décalage avec les autres comme avec soi-même, un très désagréable sentiment de vide intérieur et l’impression de ne pas avoir une place parmi les autres.

Dans ce cas précis, le groupe de parole, lorsque le cadre implique une posture authentique, est idéal pour traiter le sentiment de n’être pas dans sa vie à soi. Et ce parce que la rencontre avec les autres permet de s’exercer à être soi, sans jouer un rôle.

Tous les philosophes le disent aujourd’hui, ainsi que certains psychologues spécialistes du développement : le groupe permet de devenir soi parce qu’on ne peut devenir soi-même que face à l’autre. Et ainsi, quand le problème d’identité est résolu, les gens ne ressentent plus le besoin d’avoir une addiction pour s’accrocher à la vie. Alors les crises alimentaires peuvent disparaître.

 

Différence entre boulimie et hyperphagie 

Différence entre boulimie et hyperphagie : le groupe de Catherine Hervais

 

La différence entre boulimie et hyperphagie n'est pas tellement prise en compte par les psychologues qui ont une formation psychanalytique. Lorsque c’est le cas, on ne cherche pas à supprimer les comportements pathologiques : on sait très bien que cela ne servirait à rien dans la mesure où ces comportements sont une manière de s’adapter à une cause psychologique sous-jacente. Tous les psychologues et les psychanalystes tentent de remonter à la cause afin de lui permettre de s'exprimer non pas avec le corps ou avec un comportement pathologique, mais avec les mots justes, c'est à dire les mots qui correspondent exactement à ce que la personne ressent. Peu importe pour eux finalement la différence entre boulimie et anorexie.

Bien que la psychanalyse ne soit plus à la mode et souvent critiquée, elle a su montrer que les causes peuvent être multiples et variées concernant aussi bien la différence entre boulimie et hyperphagie que d’autres affections comportementales ou somatiques et remonter aux difficultés relationnelles rencontrées dans l’enfance. Qu'il s'agisse de Freud, d’Adler ou de Jung ou des autres psychanalystes qui leur ont succédé, il y a toujours de bonnes raisons derrière un symptôme dont l'origine n'est pas physiologique.

Selon la psychologue Catherine Hervais, qui a une formation de psychanalyste, il n’y a pas grand intérêt à se pencher sur la différence entre boulimie et hyperphagie (lorsque la cause n'est pas métabolique). Son expérience clinique lui a montré qu'en ce qui concerne la boulimie sévère, vomitive ou non vomitive, la cause ne remontait pas à l'enfance, comme pour la plupart des gens, mais à la toute première enfance, c'est à dire à cette époque de la vie où on n'a pas encore d'autonomie. En cela elle rejoint la psychanalyste Joyce Mc Dougall qui a emprunté le mot « addiction » aux anglo-saxons pour écrire un article sur les addictions. Ce sont d'ailleurs sans doute des personnes boulimiques qui lui ont donné envie d'importer le mot addiction de l'anglais, parce qu'en français il n'existait pas de terme approprié pour désigner l’existence d’un comportement qu’on ne peut pas réprimer. Dans son article sur l'addiction, donc, il est à noter que les cas cliniques qui servent d’illustration à ses propos sont d’ailleurs justement des personnes boulimiques. Chez les personnes boulimiques qu’elle observe, Joyce Mc Dougall rencontre une angoisse plus grande que chez la majorité des gens, une angoisse archaïque, une angoisse liée à l'incapacité à trouver des repères identitaires, une angoisse « de type psychotique » selon ses termes.

C'est bien aussi ce que Catherine Hervais a observé depuis trente-cinq ans dans sa pratique. Les personnes atteintes d'une boulimie sévère, bien que très intelligentes et capables de réussir parfaitement leur vie sociale restent très « bébé » d’un point de vue émotionnel et relationnel. Pourquoi alors faire la différence entre boulimie et hyperphagie quand le processus psychologiques est le même : il leur faut ne faire qu'un avec l'autre sinon l'autre est mauvais, ou en tout cas il a tort. On le rejette, on se fâche. L'autre n'est pas une entité, mais une nécessité pour exister, parce qu'en soi-même on se sent vide, perdu, à côté de la vie. Comme le bébé qui a besoin de s'accrocher à sa maman pour se sentir en sécurité, les personnes qui ont une addiction alimentaire sévère sentent totalement perdues quand elles ne peuvent pas s'accrocher à quelque chose ou quelqu’un.

Pour Catherine Hervais, la question n'est pas seulement pour ces personnes de mettre des mots justes sur ce qu’elles ressentent, mais aussi d’apprendre à vivre sans avoir besoin de se coller aux autres ou de les fuir systématiquement. L’essentiel pour ces peresonnes est d’apprendre à se décrocher et à laisser exister l’autre tel qu’il est, pour parvenir enfin à se sentir exister soi-même sen tant que personne libre et autonome.

C’est cela que peuvent permettre les groupes, dans lesquels on ne raconte pas sa vie. On interagit avec authenticité pour se regarder faire, et en se regardant faire, parvenir à découvrir tout ce qui, dans ce que l’on fait, n’est pas ajusté à la réalité. L’expérience d’un relationnel authentique, l’apprentissage des nuances et de la bonne distance avec l’autre, est ce qui va permettre aux personnes addictes à la nourriture de trouver leurs propres limites et de s’en satisfaire. Affirmation de soi, respect de l’autre et de sa différence, sont ce qui apportera à la personne une sécurité intérieure suffisante pour qu’elle puisse se « décrocher » des autres sans les rejeter mais apprendre rester proches d’eux et sans les « cannibaliser » non plus. C’est ce que permettent les groupes de parole quand ils sont centrés sur la recherche de l’authenticité, de la liberté intérieure, et du respect de la liberté de l’autre.

 

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