Y a-t-il une astuce contre la boulimie, l’hyperphagie boulimique et les compulsions alimentaires ?

Quand on pense à Isabelle Mergault, on pense à une présence immédiatement reconnaissable. Une manière d’être là, vive, légère, presque insaisissable, avec cette capacité à faire surgir le rire sans effort apparent. Pendant des années, cette image s’impose comme une évidence, quelque chose qui ne demande pas à être interrogé.

La boulimie et l’hyperphagie boulimique ne relèvent pas simplement d’un problème de volonté. Elles s’inscrivent souvent dans une organisation intérieure plus profonde, où ce qui est ressenti ne peut pas facilement être montré.

Et puis il y a ces mots adressés à Laurent Ruquier. « Je ne sens plus mes mains ce matin. Les médecins disent que c’est normal. Ne t’inquiète pas. Je plaisante encore avec les infirmières. » Quelque chose se dit, mais immédiatement ajusté. La gravité est là, et dans le même mouvement, elle est rendue supportable.

Le contraste est saisissant. Être au bord de quelque chose de très grave, et continuer à faire rire. Continuer à alléger, à protéger, à maintenir un climat relationnel qui ne bascule pas. Ce décalage entre ce qui est vécu et ce qui est montré apparaît avec une netteté particulière.

Puis une autre phrase s’impose. « Je crois que le plus difficile, ce n’est pas la douleur. C’est de ne plus pouvoir jouer le rôle jusqu’au bout. » Ce qui est difficile, ce n’est pas seulement ce qui arrive. C’est de ne plus pouvoir continuer à être celle que les autres connaissent.

Ne pas faire peur aux autres : une organisation centrale

Une phrase reste suspendue. « Ne dis pas que j’étais forte. Dis seulement que j’ai essayé de ne pas faire peur aux autres. » Elle ne vient pas comme une conclusion. Elle vient comme une clé.

Ne pas faire peur aux autres, cela peut sembler simple. En réalité, cela demande un travail constant. Il faut contenir ce qui déborde, ajuster ce qui se montre, transformer ce qui est trop brut pour être partagé.

Cela suppose de sentir en permanence ce que l’autre peut supporter. De ne pas l’exposer à une détresse qui risquerait de le mettre à distance. De maintenir une image qui reste acceptable, lisible, rassurante.

Dans cette logique, le rôle ne sert pas à éviter l’effondrement. L’effondrement est déjà là. Le rôle sert à préserver le contact.

Hyperphagie boulimique : ce que certaines stratégies permettent de contenir

On retrouve ici quelque chose de très fréquent dans la boulimie et l’hyperphagie boulimique. Une personnalité d’emprunt, légère, souriante, de bonne humeur. Une manière d’être agréable, de mettre les autres à l’aise, de ne pas déranger.

Beaucoup de personnes décrivent cela très simplement. « Si je dis vraiment comment je me sens, je sens bien que ça ne va pas passer. » Ou encore : « J’ai l’impression que si je lâche, les autres vont reculer. »

Parfois, c’est plus direct. « Au fond, je me dis que je suis une merde. Donc autant ne pas trop en montrer. » La phrase est brutale, mais elle revient, sous différentes formes.

Alors elles ajustent. Elles lissent. Elles simplifient. Elles présentent une version d’elles-mêmes qui tient, qui fonctionne, qui ne déborde pas.

Et pendant ce temps-là, quelque chose reste seul.

Boire beaucoup d’eau : une astuce pour éviter l’hyperphagie boulimique ?

C’est là que certains comportements prennent sens. Lorsqu’Isabelle Mergault évoque son rapport à l’eau, cela peut sembler anecdotique. « Il me fallait au moins 5 litres d’eau par jour… »

Boire peut apaiser. Remplir le corps peut calmer une tension diffuse. Donner une sensation physique nette peut venir remplacer un malaise plus difficile à cerner.

Certaines personnes utilisent l’eau pour éviter de manger et limiter les crises d’hyperphagie boulimique. « Quand je bois, ça coupe tout. J’ai moins envie de me jeter sur la nourriture. » D’autres décrivent autre chose : « Ça me calme, mais je ne sais pas de quoi. »

Ces stratégies peuvent fonctionner, au moins un temps.

Potomanie et troubles du comportement alimentaire

Dans les troubles du comportement alimentaire, ces conduites ne sont pas rares. L’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie boulimique s’accompagnent souvent de comportements autour de l’eau.

Boire beaucoup peut devenir une manière de tenir. Une manière de contenir sans avoir à montrer. Une manière de rester « comme il faut » dans le regard des autres.

Quand la consommation devient excessive, on parle de potomanie. Mais au-delà du terme, ce qui compte, c’est la fonction. À quoi sert ce comportement dans l’équilibre de la personne.

« Si je ne bois pas, je sens que ça monte. Et après, je ne contrôle plus. » Ce type de phrase revient souvent chez les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique.

Hyperphagie boulimique : une solitude qui ne se voit pas

Ce fonctionnement crée une forme de solitude particulière dans la boulimie et l’hyperphagie boulimique. La personne est en relation, entourée, souvent appréciée. Elle donne le change, elle tient sa place, elle assure.

Mais elle reste seule avec ce qu’elle vit.

« Tout le monde me trouve sympa. Mais personne ne sait comment je suis quand je rentre chez moi. »
« Je parle avec tout le monde, mais je n’ai personne à qui dire vraiment comment je me sens. »

Cette solitude s’accompagne souvent de honte. Pas toujours visible, pas toujours formulée, mais très présente.

« J’ai honte de ce que je fais avec la nourriture. Mais encore plus de ce que je ressens. »
« Si les gens voyaient vraiment comment je suis, ils ne resteraient pas. »

La honte ne porte pas seulement sur les crises de boulimie ou d’hyperphagie boulimique. Elle porte sur la personne elle-même. Sur l’impression d’être “trop”, ou “pas comme il faut”.

Avoir besoin d’astuces, pour essayer de tenir

Chercher des astuces est quelque chose de profondément compréhensible dans la boulimie et l’hyperphagie boulimique. Vous trouverez ici des conseils pour aller mieux : https://www.boulimie.fr/conseils-pour-aller-mieux/

Boire de l’eau, s’occuper, se distraire, éviter certaines situations… toutes ces stratégies ont une fonction. Elles permettent de tenir, parfois même d’éviter une crise. Elles ne sont pas absurdes. Elles répondent à quelque chose de réel.

Mais en même temps, elles laissent intact ce qui se joue en profondeur. Elles n’allègent pas cet effort constant pour rester “présentable”, ni cette difficulté à montrer ce qui est réellement vécu.

Et c’est souvent là que les compulsions alimentaires reviennent.

Ce qui se passe juste avant la crise

Dans la boulimie et l’hyperphagie boulimique, il y a souvent un moment très particulier, juste avant que la crise ne survienne. Ce n’est pas encore la perte de contrôle, mais ce n’est déjà plus un état stable.

Certaines personnes parlent d’une montée progressive. « Je sens que je m’agace pour rien. Tout m’énerve. » D’autres décrivent plutôt un vide. « Je ne ressens plus grand-chose. C’est comme si tout devenait plat. »

Ce moment est difficile à repérer parce qu’il ne correspond pas à une émotion claire. Il ne s’agit pas toujours de tristesse ou de colère identifiable. C’est plus diffus, plus flou, mais aussi plus envahissant.

Et surtout, il ne peut pas être partagé facilement. Dire “je suis vide” ou “je m’agace sans raison” ne trouve pas toujours de place dans la relation. Alors cela reste à l’intérieur.

« Je sentais que ça montait, mais je ne pouvais pas appeler quelqu’un pour dire ça. »
Cette phrase revient souvent chez les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique.

À ce moment-là, la tension cherche une issue.

Le moment où ça lâche

Il y a souvent un moment très précis dans l’hyperphagie boulimique. Pas toujours spectaculaire, mais reconnaissable. Quelque chose s’accumule, sans être vraiment identifié.

Un agacement, une fatigue, une impression d’être trop sollicitée, ou au contraire un vide qui s’installe sans raison apparente. Et puis, à un moment, ça lâche.

« Je savais que ça allait arriver. Je le sentais depuis deux heures. Mais je ne savais pas quoi faire. »

À ce moment-là, la honte n’arrête rien. Elle aggrave même la tension.

« Je sais que je ne devrais pas. Je me déteste pendant que je le fais. Mais je ne peux pas m’arrêter. »

Ce n’est pas un manque de volonté. C’est un débordement qui n’a pas trouvé d’autre issue.

Ce qui change vraiment

Ce qui transforme durablement les choses dans la boulimie et l’hyperphagie boulimique ne passe pas par une astuce supplémentaire. Cela passe par un déplacement plus profond.

Pouvoir, progressivement, ne plus avoir à masquer ce qui se passe à l’intérieur. Pouvoir être en contact avec les autres sans avoir à maintenir une image. Pouvoir exister sans devoir protéger en permanence.

« La première fois que j’ai dit vraiment comment j’étais, je pensais que les autres allaient me rejeter. Et en fait, ça a fait l’inverse. »

Quand ce mouvement change, la boulimie et l’hyperphagie boulimique deviennent progressivement moins nécessaires.

Une autre lecture

Peut-être que ce que cette histoire met en lumière n’est pas une faiblesse, mais une organisation extrêmement exigeante. Continuer à faire rire quand le corps lâche. Continuer à tenir une place quand tout vacille.

Ce n’est pas de la légèreté. C’est un effort.

Et peut-être que la question n’est pas : quelle astuce pour éviter les crises ?

Mais plutôt : qu’est-ce qui, à l’intérieur, ne peut pas encore être partagé sans danger ?

 

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Catherine Hervais

Qui suis-je ? » 

À propos de l’auteur : Vous retrouverez sur hervais.com mes articles et mon approche psychothérapeutique en groupes de parole. Vous pouvez aussi contribuer à la réflexion collective sur boulimie.fr.

Catherine Hervais

À lire aussi sur ce sujet l’article : Stopper les compulsions alimentaires 

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