SITE D'INFORMATIONS POUR LA COMPRÉHENSION ET LE TRAITEMENT DE L'ADDICTION ALIMENTAIRE: BOULIMIE, ANOREXIE, HYPERHAGIE ETC.

L’addiction alimentaire sévère

Souvent les personnes qui ont une addiction sévère voient leur addiction diminuer en quantité, en fréquence et aussi en terme de nécessité immédiate absolue. La boulimie anorexie, par exemple peut devenir de moins en moins tyranique en cours de thérapie. Peut-on encore appeler ce nouveau comportement alimentaire de la boulimie anorexie, même si c’est encore manger pour se calmer, même si on se fait vomir après, ou même si on surveille son poids au gramme près tous les jours ?

 

Addiction sévère

La boulimie anorexie et l’hyperphagie boulimique font partie des addictions sévères.

« Sévères » pour insister sur le fait qu’elles semblent « voler » littéralement toutes les pensées et même la vie de ceux qui en sont victimes.

À l’expérience, d’un point de vue psychologique, la réalité est inverse. Ce n’est pas parce que les gens ont une addiction alimentaire qu’ils ne parviennent pas à vivre. C’est parce que les gens ne parviennent pas à vivre tels qu’ils sont qu’ils ont une addiction alimentaire, addiction ayant pour fonction de permettre à la personne de rester en vie plutôt que mettre fin à ses jours pour échapper à la souffrance intérieure. Ce qui ait la sévérité de cette addiction c’est que sans elle la personne ne peut pas vivre. Commettre l’erreur de lutter contre la pulsion a pour résultat de lui donner plus de force. Le conflit en résulte entraîne une tension intérieure qui fait souffrir. Il est donc vain de chercher à contrer la pulsion par des sevrages elle reviendra toujours parce qu’elle a une fonction : rester en vie.

Quoi Faire ?

Pour agir sur l’addiction il faut s’attacher à considérer, non pas le symptôme comportemental, mais uniquement la personne qui en souffre. Pourquoi ne parvient-t-elle pas à vivre sans ce rituel chronophage qui ne la rend pratiquement disponible pour rien d’autre, ou à peine ?

La question est résolue aujourd’hui au travers de l’explication psychologique que les spécialistes ont donnée sous le nom de trouble de l’attachement (que le psychanalyste Bernard Golse a renommé pulsion d’attachement).

La pulsion d’attachement (1)

Si la plupart des enfants parvient à se détacher du parent d’attachement pour se construire une identité propre, certains en sont incapables et vivent le détachement comme une souffrance ou un déni. On voit souvent parmi les gens qui consultent des personnes qui ont eu une adolescence très heureuse avec une apparente indépendance, de très bons résultats scolaires, des relations sociales paraissant légères et fluides, et qui néanmoins sont dans le prolongement de l’univers parental et n’ont pas construit réellement leur propre univers. Et cela va compliquer beaucoup leur vie à partir de l’adolescence. Ceux qui ne sont pas dans le déni sont dans la souffrance et la dépression déjà bien avant l’adolescence. Les uns comme les autres ont besoin de s’autonomiser sur le plan affectif et de découvrir leurs propres repères pour construire leur identité.

Construire sa véritable identité

C’est à cela que doit servir la psychothérapie avec des personnes qui souffrent d’addiction : les aider à découvrir leur propre identité. Cela ne se fait pas en essayant de comprendre le passé ni en faisant des théories intelligentes sur les supposées causes des souffrances mais en observant ce qui se passe ici et maintenant dans  la relation avec le psy,  ainsi qu’avec les participants si c’est un groupe de psychothérapie, et comment on rejoue avec eux sa pulsion d’attachement ?

La mentalisation

Le monde de la psychiatrie française aujourd’hui commence à s’intéresser de très près à Peter Fonagy, docteur en psychologie  anglo-saxon qui est également psychanalyste et qui a élaboré une approche pour faire ce genre de travail : la mentalisation. « La mentalisation implique simplement de porter attention aux états mentaux chez soi-même et chez autrui, en particulier lorsque nous tentons d’expliquer des comportements. Les convictions, les désirs, les sentiments et les pensées, que nous en soyons conscients ou non, déterminent nos actions » («Mentalisation  et Trouble de la Personnalité Limite » Anthony Bateman et Peter Fonagy, éditions Deboeck).

Persistance momentanée de l’addiction

Mais pour en revenir directement à mon sujet de départ, j’ai observé au cours de mon expérience clinique que certaines addictions sévères peuvent se prolonger un temps plus ou moins longtemps chez une personne, avant de disparaître, sous une forme moins sévère, après une psychothérapie centrée sur la personne et utilisant la mentalisation.

Beaucoup de gens ont une addiction plus ou moins sérieuse qui entrave plus ou moins leur santé ou leur vie relationnelle sans que cette addiction soit ce que je considère comme sévère, parce qu’ils réussissent malgré tout à vivre avec, sans qu’elle ne prenne toute la place.         

Quand l’addiction alimentaire n’est plus sévère

Il y a des  addicts à la nourriture, au tabac, à l’alcool, aux drogues ou à certains comportements, qui malgré l’addiction, prennent néanmoins du plaisir à leur vie familiale et ont le sens des nuances. Pour ceux-là, ce n’est pas du Tout-ou-Rien dans leur vie affective et sociale et elles ne sont pas totalement entravées par leur addiction.

J’ai remarqué que c’était le cas par exemple des personnes qui ont une addiction sévère à la nourriture et qui, en cours de psychothérapie, commencent à découvrir «  qui habite dans leurs chaussures » (je reprends là l’expression d’une de mes patientes qui témoigne dans le film Boulimie et Thérapie et qui disait qu’elle ne savait pas qui habitait dans ses chaussures avant la psychothérapie de groupe)[2].

En cours de psychothérapie, l’addiction peut très bien continuer un temps, sans rester sévère. C’est-à-dire que l’on garde encore temporairement des rituels comportementaux qui ont pour fonction d’apaiser, mais dont on n’est plus totalement esclave. On peut passer ses journées sans penser sans cesse à la nourriture, on peut découvrir des vrais moments de partage avec les autres sans jouer un rôle, sans se sentir moins que rien, en oubliant totalement son addiction. C’est parce qu’on peut l’oublier pendant de longs moments de la journée, sans être hyper stressé, que je dirais que cette addiction n’est plus une addiction sévère.

Ainsi j’ai observé qu’on peut très bien terminer une thérapie en continuant pendant un temps à avoir des comportements addictIfs apaisants sans qu’ils ne soient plus complètement destructeurs de santé,  de vie sociale et de vie affective.

Les Boulimies de confort

Je parlerai ainsi de boulimie de survie et de boulimie de confort. La boulimie de survie est impérative, elle ne souffre aucun délai. Tout s’arrête : le temps, la capacité de faire quelque chose… imposant de rompre l’activité en cours. La boulimie de confort est une boulimie qui s’impose elle aussi, mais peut être différée dans la journée si la personne est occupée par quelque chose qui lui plaît.

Je pense utile de rappeler aux personnes qui commencent à s’en sortir, que si elles ont encore des comportements dysfonctionnels avec la nourriture, elles ne sont plus dans une addiction sévère,

et avec le temps, le comportement va se réguler et disparaître. avec la nourriture se réguler et disparaisse.

La dépression nécessaire

C’est le cas de la jeune femme que je vous présente en vidéo[3] et qui au moment d’un groupe s’inquiète de ne plus avoir autant envie de manger qu’avant. Comme elle sait que l’addiction est utile pour ne pas déprimer, et que son addiction est en train de diminuer, elle redoute la dépression.

Son inquiétude fait sens parce que lorsque la boulimie disparaît au cours de la construction identitaire, elle disparaît avant que tout ne soit construit, et il arrive souvent que des gens passent alors par une période dépressive. Mais il ne faut surtout pas s’inquiéter. Au fur et à mesure de la construction de l’identité et des repères environnementaux, le passage dépressif finira par n’être qu’un passage très vite oublié.

Si vous qui lisez cet article, êtes de ceux et celles qui sont passés par cette étape, merci de partager avec nous, dans les commentaires, votre expérience. Je pense que cela rassurera beaucoup les gens qui sont encore dans un comportement rituel avec la nourriture, sans être vraiment encore dans l’addiction sévère à celle-ci.

Devenir philosophe par nécessité

Sans perdre de vue que même si l’addiction disparaît en cours de thérapie, il vous reste à persévérer dans le travail assidu de la construction du soi et des échanges relationnels afin de réussir à se sentir enfin dans sa peau et bien parmi les autres. Et comme vous êtes de personnes hypersensibles, c’est toute votre vie que vous serez obligé de pratiquer la mentalisation que vous aurez apprise en psychothérapie, c’est-à-dire mettre en doute ce que vous croyez comprendre de l’autre et de vous-même, pour ne pas interpréter systématiquement la réalité à partir de vos premières impressions à fleur de peau. Par exemple quand vous vous sentez blessé par l’autre, il ou elle ne l’a peut-être pas fait exprès. Par conséquent inutile de le punir en boudant ou en l’agressant : contrairement à vos souhaits, dans un relationnel équitable, il ou elle n’est pas à votre service, même dans la relation parent enfants, même dans la relation amoureuse, etc…

[1] En 2010 je tentais d’expliquer le trouble de l’attachement dans cet article https://www.boulimie.fr/articles/troubles-de-la-personnalite/les-causes-de-la-boulimie qui était illustré par la vidéo d’une conférence passionnante et très claire de Boris Cyrulnik https://www.boulimie.fr/video-boulimie/video-du-mois/video-attachement

[2] « Boulimie et Thérapie »

https://www.boulimie.fr/video-boulimie/boulimie-et-therapie

[3] Vidéo d’une jeune femme qui, dans le cadre d’un groupe, s’inquiète de ne plus avoir autant besoin de faire des boulimies. https://youtu.be/5QvOT66yBwQ

Commentaires  

+1 #2 l auteure de l article 16-08-2019 19:21
Oui la légèreté est possible mais c'est tout un travail de Mentalisation pour l'acquérir. Plutôt que de ruminer ses pensées négatives on peut ruminer des choses utiles : "Il m'a mal parlé, mais son agressivité était-elle dirigée contre moi ?" Et là on se répond "non c'est pas contre moi puisque j'ai le droit d'être comme je suis même si ça ne lui plaît pas"... Toutes ces ruminations philosophiques sont utiles pour acquérir la légèreté. Et un jour après des années de travail ,c'est la récompense !
Voyez vous, je pense que c'est comme l'art. Au début en musique, on fait énormément de fausses notes et avec le temps on joue comme un Dieu et tout a l'air facile... Je pense que vive peut être un art, qu'il y a des règles, pas celles qu'on vous apprend petit, mais celles que vous découvrez petit à petit en fonction de vos goûts de vos dégoûts, et tout cela bien sûr sans vouloir de mal à autrui.
Répondre
0 #1 Marion 16-08-2019 19:05
Je me retrouve tout à fait dans cet article. En particulier sur la question de l'attachement.
Je me demande si un jour, on peut vraiment arriver au point de non retour. C'est à dire qu'on a réussi à tenir une assez longue période de temps sans faire de crise, sans péter les plombs avec les gens.... bref sans ruiner tous ses efforts pour se considérer enfin comme "guérie". J'ai parfois tristement cette sensation qu'en tant que personnes hypersensibles, nous sommes condamnées à justement analyser et mentaliser nos comportements et pensées toutes notre vie... Ne jamais connaitre la légèreté. Par exemple, dire un mot de travers et ne pas ressentir le besoin de se punir immédiatement. Avez-vous parfois aussi ce sentiment? Et même si vous allez mieux, pouvez dire qu'il vous arrive de vous sentir légère?
Répondre

Vidéo reportage: quelle thérapie pour la boulimie anorexie ?

new 0

 

Pourquoi ce reportage ?

ll y a une vingtaine d’années naissait le site boulimie.fr.

Au moment de sa création, le monde médical s’employait alors à faire disparaître le symptôme boulimie-anorexie.

LIRE LA SUITE

Quelques pistes pour l'entourage

Ce guide a été écrit sur la demande des éditions Dunod qui voulaient un soutien pour les proches des personnes boulimiques anorexiques et hyperphagiques.

anorexie2

LIRE LA SUITE