SITE D'INFORMATIONS POUR LA COMPRÉHENSION ET LE TRAITEMENT DE L'ADDICTION ALIMENTAIRE: BOULIMIE, ANOREXIE, HYPERHAGIE ETC.

LA COLÈRE AUSSI EST UN LANGAGE

Si la psychanalyse, par principe, n’écoute que le langage verbal, qu’advient-il des personnes qui n’ont pas de mots pour se dire ? C’est le cas de la majorité des personnes qui sont esclaves d’une addiction sévère parmi lesquelles les boulimiques anorexiques. Elles ne parviennent à exprimer leurs ressentis profonds que par des actes auto-agressifs ou très violents pour les autres, qui, bien que destructeurs, sont en même temps nécessaires pour calmer des tensions extrêmes et ingérables.

Comment aborder la colère en psychothérapie ?

Quand n’y a pas les mots, il y a les émotions. Celles-ci sont très intéressantes à plus d’un titre parce que, lorsqu’il arrive qu’on se laisse déborder par une émotion, c’est, d’un point de vue psychologique, l’inconscient qui s’exprime sans fards.

Gestion des émotions : quatre émotions fondamentales

Il y a quatre émotions fondamentales : la colère, la peur, la tristesse et la joie. Toutes les autres sont des combinaisons de ces quatre-là. Aujourd’hui nous nous intéresserons à la colère. Les autres émotions seront abordées dans un autre article. La colère nous intéresse tout particulièrement, parce que nous disposons de la vidéo d’une personne en colère lors d’un groupe de psychothérapie. (vidéo ci-jointe)

Que dit la personne au travers de sa colère ?

— En premier lieu, son inconscient dit : « j’ai besoin d’exister, de prendre de la place et je n’ai pas les mots ». Il convient donc de laisser cette colère s’exprimer librement. La personne réussira ainsi à occuper toute la place qu’elle a besoin de prendre pour exister.
— Et en second lieu, au travers de la colère, l’inconscient s’appuiera également sur une croyance : « Cette situation ne devrait pas avoir lieu ». Ou bien : « Cette personne n’a pas à me faire ça ! ». Il faudra donc aussi examiner la croyance qui sous-tend l’émotion. Cette croyance est-elle justifiée ? Y-a-t-il vraiment des choses qui ne devraient pas avoir lieu ? Avons-nous intérêt à nous rebeller contre ce qui se passe ? Sommes-nous, nous les humains, en droit d’attendre que les choses soient autrement ? Le monde qui nous entoure peut-il se dérouler autrement ?
— Enfin, cette colère, en plus d’exprimer les mots que nous ne trouvons pas, nous révèle les besoins, les attentes, les manques dont nous n’avons pas conscience.

Illustration : (Extrait vidéo d’une colère qui a eu lieu dans un groupe de parole continu, en visio-conférence)

Dans ce groupe, chacun, de chez soi, est connecté sur internet. Certaines personnes viennent d’un autre pays. Nous étions vingt.

Une femme prend la parole, et, très rapidement, explose dans une colère dont nous ne parvenons pas vraiment à comprendre la raison. D’ailleurs nous n’essayons pas. Notre objectif est de valider cette expression qui, d’évidence, nous semble totalement authentique. Peu importe la forme de l’expression, dans un premier temps. Ce qui importe c'est de sentir que même avec sa colère on a une parmi les autres, qu’on a le droit d’être comme on a envie d'être, en accord avec ses émotions profondes.

Cette femme commence par donner quelques raisons : ses jeunes patients malades, morts après avoir été greffés, son chien qu’on lui conseille de castrer, ce qu’elle ne veut surtout pas… et, un peu comme une anecdote sans importance, sa jalousie pour une autre participante qui, elle, semble éveiller la sympathie des autres.

Quel est le déclencheur de sa colère ? Il semble à priori que plusieurs éléments soient impliqués. Pourtant ce qui retient toute notre attention, c’est la jalousie vis-à-vis d'une participante.

En psychanalyse, quand on ressent des sentiments vis-à-vis du psychanalyste, on appelle ça un « transfert ». « Transfert » parce qu’on reproduit inconsciemment dans le présent une problématique passée, liée à des désirs ou besoins profonds non assouvis dans l’enfance et concernant une personne d’attachement (généralement la personne nourricière). Le transfert est très intéressant parce qu’il est le révélateur de quelque chose de profond en soi. Freud disait qu’il voyait plus de choses chez une personne au travers de son transfert dans le présent, que lorsqu’elle racontait sa vie. Quand on raconte, on peut ne pas voir l’essentiel, même lorsqu’il s’agit de soi. Dans le transfert, c’est l’essentiel qui se manifeste, sans masque.

Travailler sur le transfert, le percevoir, le dépasser, se confronter à la réalité, voilà donc le travail qui permet, face au psychanalyste de dénouer ce que nous réprimons, et qui se manifeste sous la forme de multiples symptômes.

Dans le cas de cette femme, émotionnellement hypersensible, ses symptômes sont une addiction alimentaire, mais également un trouble identitaire et des troubles relationnels quand l’affectif est en jeu.

Il n'empêche qu'au-delà de son hypersensibilité, ses fausses croyances, cette femme peut compter sur son intelligence. En effet l’addiction alimentaire ne perturbe pas trop le fonctionnement mental, contrairement aux autres addictions sévères telles que celles qui passent par l’alcool ou la drogue. C’est sans doute la raison pour laquelle Joyce McDougall, la psychanalyste à qui nous devons le concept d’«addiction», emprunté à la langue anglo-saxonne, a écrit son article sur l’addiction en s’appuyant sur les cas de trois personnes boulimiques.

C'est grâce à son intelligence que cette femme en colère a fini par faire un pas de côté lui permettant de regarder son comportement relationnel de plus haut. Elle a pu voir ainsi quelque chose qui « déraille » dans sa manière de fonctionner. Cette prise de conscience lui sera nécessaire pour s’ajuster harmonieusement à elle-même puisqu’elle a ainsi pu faire émerger la perception, derrière sa colère, de sa jalousie.

Ce qui lui a donné des pistes qu’elle pouvait suivre pour acquérir les compléments à ses manques, manques dont elle a maintenant conscience en percevant ce qu’elle jalousait chez l’autre participante.

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