4 règles de vie pour sortir de la boulimie

Publié par Catherine Hervais le .


Comme vous le savez si vous connaissez ce site, nous défendons une théorie qui dit que  la boulimie est une respiration pour ceux qui sont quasiment en « apnée » du matin au soir sans savoir par quel bout commencer pour ne pas se laisser envahir par ses émotions et sa capacité à vivre simplement sa vie quotidienne .

Ce matin une jeune femme téléphone du sud de la France. Elle a trouvé une vidéo sur la page youtube de témoignages https://youtu.be/LMurU-wKvZM où j’explique que, pour les profils atypiques « un peu comme nous », intelligents mais sans le sentiment d’exister vraiment, il faut respecter 4 règles de vie  pour voir la boulimie disparaître.

« Et vous préconisez », dit-elle, « d’avoir quatre grandes lignes de vie en tête, à respecter tout le temps » :

LES QUATRE RÈGLES :

1)- Ne pas chercher à comprendre, ni soi ni l’autre puisque tout le monde à un inconscient non accessible à la logique consciente.

2)- Ecouter ses élans, même s’ils ont l’air stupides, même s’ils ont l’air ridicules, même s’ils se reproduisent ou se contredisent toutes des dix minutes, même s’ils ont l’air « fous ».  De toutes façons, le monde entier est fou et les gens les plus fous sont probablement ceux qui pensent ne pas l’être[1]. Il faut juste faire en sorte de ne faire de mal à personne de mal à personne. (J’insiste en parallèle sur le fait que ce n’est pas parce que l’autre vous dit qu’il a mal que ça signifie que c’est vous qui lui avait fait du mal.)

3)- Je ne dois rien à l’autre et l’autre ne me doit rien. l n’est pas obligé de penser comme moi, de faire ce que je veux et moi non plus.

4)- On peut faire tout ce que l’on veut mais avec douceur et gentillesse. Si l’autre dit que vous le faites souffrir, ce n’est pas parce qu’il souffre que c’est de votre faute, même si cela vient à l’occasion de vos paroles ou de vos actes. Sa souffrance n’est pas de votre fait du moment que vous n’utilisez pas la violence, la manipulation et l’humiliation envers lui. Si vous faites les choses pour vous et non contre lui, si vous les faites avec douceur, sans violence, quand l’autre souffre vous n’avez rien à vous reprocher. Vous n’avez pas à vous rogner les ailes pour le rassurer ou lui faire plaisir.

« Quand j’applique ces règles je me sens beaucoup mieux », me dit-elle, « mais ce n’est pas toujours très facile. Je suis hypersensible et du coup je préfère moi souffrir plutôt que de faire souffrir l’autre. »

Je lui réponds que je la comprends très bien mais que dans ce cas elle aura besoin de la boulimie pour vivre parce qu’elle ne réussira pas à être elle-même.  À elle de faire le choix.

ACCEPTER QUE L’AUTRE SOUFFRE

« Oui me dit-elle, mais c’est très désagréable de voir l’autre souffrir. »  Je lui confie d’ailleurs que moi aussi je suis hypersensible, et quand je sens l’autre souffrir en me voyant respecter mes besoins, j’évite d’y penser parce que je ne pourrais pas résoudre son problème autrement qu’en renonçant à moi-même. Je n’ai pas à m’en sentir coupable.

« Mais », ajoute-t-elle encore, ma souffrance à moi, quand je contrarie l’autre, n’est même pas mentale, elle est physique. Quand je sens sa colère, je m’effondre. »

SE RESPECTER SOI, RESPECTER L’AUTRE

Je lui réponds que moi, quand je fais les choses gentiment sans vouloir faire du mal à l’autre, s’il se met en colère, je lui ouvre la porte et je lui dis de revenir quand il sera calme. Jacques Lacan, un grand psychanalyste post-freudien français, connu dans le monde entier pour ses propos à la fois si provocateurs et si justes, disait qu’on ne peut pas céder sur son désir.

La jeune femme m’entend et en même temps dit qu’elle ne trouve pas cela facile.

Ce à quoi j’acquiesce.

POURQUOI LES GROUPES ?

Il est préférable de s’exercer de préférence dans un groupe, à défaut dans une approche individuelle , dans lesquelles le psy intervient aussi en tant que personne et pas seulement en tant que psy… intervient sur ce qu’il ressent plus que sur ce qu’il pense.

Du temps de Freud, le psychanalyste Ferenczi le faisait déjà avec ses patients (voir dans boulimie.fr l’article « À quoi sert un psy » https://www.boulimie.fr/articles/traitement-boulimie/435-a-quoi-sert-un-psy ). Il appelait cela l’ « analyse mutuelle ».

Le psychanalyste fondateur de l’antipsychiatrie, Ronald Laing, le faisait aussi. Il a dit dans un de ses ouvrages qu’il travaillait en consultation avec sa part de folie. (Voir mon article dans boulimie.fr : de l’anti-psychiatrie à la psychiatrie aujourd’hui). https://www.boulimie.fr/articles/traitement-boulimie/quelle-psychiatrie

LA MENTALISATION

Aujourd’hui Peter Fonagy, docteur en psychologie et psychanalyste britannique, attire à son tour tous les regards des psys qui s’intéressent aux personnalités borderline en Angleterre, avec sa méthode de « mentalisation » dont nous avons parlé dans un article récent : « le sentiment de décalage ». https://www.boulimie.fr/articles/troubles-de-la-personnalite/elle-se-masturbait-en-public

CE N’EST PAS UNE MALADIE MENTALE

Après toutes ces années (35ans) où j’ai, en tant que psychologue, accompagné des personnes addict à la nourriture,  je suis de plus en plus convaincue qu’on peut avoir une addiction sévère sans avoir une maladie mentale. La médecine pour accompagner les symptômes éventuels de l’addiction est bien sûr plus qu’utile. Mais elle ne peut pas grand-chose pour aider les gens à ressentir leurs besoins identitaires profonds, ce qui est indispensable pour que l’addiction disparaisse.

Je trouve très efficace les approches en groupe où chacun parle librement de ses ressentis dans le présent, jusqu’à  prendre conscience de quoi il a vraiment besoin pour se sentir exister. Le groupe permet des jeux-de-rôle et offre beaucoup de relationnel sur lequel on peut s’exercer à être soi sans agresser ou sans fuir.

L’INDIVIDUEL OU LE GROUPE ?

C’est faisable en individuel, mais c’est plus long et plus délicat et ça demande un psy non seulement bien formé à la psychanalyse mais en plus capable d’être face à l’autre une personne autant qu’un psy.

Cela dit, au bout du compte, rien ne se fera sans vous. Si vous-même n’appliquez pas sans faute les quatre règles de base pour avancer en dépassant vos peurs et vos croyances, même un groupe adapté à votre problème d’identité ou un psy individuel bien formé ne suffiront pas.

[1] C’était une phrase du psychanalyste François Roustang. « Tout le monde est fou et encore plus ceux qui pensent ne pas l’être ».

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