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Je ne sais pas prendre soin de moi

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edito juillet aout 218Il y a des gens qui savent prendre soin d’eux-mêmes, et d’autres qui en sont incapables, parce qu’ils n’ont pas la notion de qui ils sont.

En même temps personne ne peut vraiment savoir qui il est. La philosophie nous enseigne que nous ne pouvons percevoir que des représentations de nous-mêmes. Notre éducation, nos émotions, nos croyances se mêlent et s’emmêlent, en sorte que nos pensées et nos actions ne sont pas complètement les nôtres. Nous sommes agis plus que nous n’agissons.

Mais on peut très bien vivre sans savoir qui on est. Pour être heureux dans l’existence, Ii suffit parfois simplement d’être en accord avec son corps et avec son environnement.

S’il l y a des gens qui sont plus ou moins bien dans leur peau, il y en a d’autres qui ne se sentent carrément pas dans leur peau. Et ceux-là auront besoin d’une addiction pour s’accrocher à la vie.

D’où vient que certains sont plus ou moins bien dans leur peau et auront des addictions passagères sans gravité au cours de leur vie, tandis que d’autres ne se sentent pas dans leur peau et auront besoin d’une addiction pour vivre ?

D’où vient qu’un symptôme tel que l’addiction puisse ne pas avoir la même signification chez une personne et chez une autre ? D’où vient qu’elle puisse parfois se soigner avec une thérapie classique, tandis que dans d’autres cas, elle résiste pratiquement à toutes les méthodes thérapeutiques traditionnelles ?

C’est souvent le cas pour la boulimie anorexie qui paraît différente des autres addictions, en ce qu’elle renvoie systématiquement à un schéma de personnalité particulier. Ça ne se voit pas de l’extérieur car les personnes qui sont sujettes à une addiction alimentaire semblent souvent très épanouies peuvent réussir très bien dans la vie, parvienir parfois même à cacher leur addiction à leurs proches.

Mais dans l’intimité de la psychothérapie elles expliquent qu’elles sont habitées par des peurs paralysantes, une sensation de vide abyssal, l’impression de ne pas exister vraiment, la sensation d’être un imposteur parmi les autres, et ressentent l’obligation de jouer un rôle pour ne pas se sentir isolées dans les relations humaines.

Le modèle psychanalytique est très utile pour comprendre l’addiction et surtout pour la traiter. Quand une personne est névrosée, c’est à dire quand elle a une personnalité relativement mature sur le plan affectif, l’addiction renvoie à un désir refoulé et est assez facile à combattre avec une méthode psychothérapeutique classique et, si nécessaire, la contribution d’une approche médicale.

Mais si la personne a eu une problématique d’attachement affectif à sa mère ou à la personne nourricière, l’addiction renvoie non pas au désir mais à un besoin fondamental. Dans ce cas, sans elle, la personne ne peut pas vivre. Pour s’en libérer, il lui faudra faire les apprentissages existentiels et relationnels basiques qu’elle n’a pas pu faire bébé. Et dans ce cas les psychothérapies traditionnelles ne seront pas adaptées.

Concrètement, on peut devenir addict à la nourriture, à l’alcool , aux médicaments ou à la drogue à la suite d’un choc émotionnel ou de circonstances particulières. Les Romains se gavaient et se faisaient vomir sans que ce comportement ne relève d’une pathologie psychique. Tel adolescent peut consommer trop d’alcool ou prendre de la drogue parce que ses camarades en prennent aussi. Il ne deviendra pas pour autant un alcoolique ou un drogué. Tel autre adolescent pourra avoir envie de faire un régime pour plaire et traverser une phase anorexique. Il ne deviendra pas nécessairement pour autant boulimique anorexique dans sa vie d’adulte.

J’observe que lorsque l’addiction alimentaire devient très envahissante pendant un temps trop long, on a généralement affaire à des personnes qui, sur un plan identitaire, ne se suffisent pas à elles-mêmes. Elles peuvent donner l’impression d’être autonomes et d’avoir très bien réussi leur vie, mais elle ne parviennent pas à avoir un sentiment de soi.

Ceux qui ne vivent que pour manger ont tous en commun le sentiment de ne pas exister vraiment. C’est le cas de cette jeune femme qui vient de m’envoyer ce poême:

« Quand on me dit « prends soin de toi »
Prendre soin de quoi?
Je n’ai pas de moi.
Je n’ai qu’un rien.
Un oursin frénétique que j’abrite, qui s’agite, qui se défoule, qui roule et qui me pique dans ma chair.
Je suis vide mais je ne suis pas en pierre.
Je sens tout.
Je sens les larmes monter. Se coincer ou couler.
Je sens les coups qui se déchaînent.
Je sens la peine.
Je sens la haine.
Je suis en vie.
Mais quelle vie...
Je sens l’ennui, la souffrance.
Mes sens ne dorment jamais sauf quand je les endors. Quand je les anesthésie.
Comme hier, aujourd’hui et peut-être demain.
C’est ma façon à moi de prendre soin du rien. »

Certains êtres humains qui ont eu un problème d’attachement à leur mère tout bébé ont l’impression de vaciller dans l’existence. Généralement ça commence à l’adolescence, lorsque le milieu familial n’est plus suffisamment soutenant. Ou beaucoup plus tôt si l’environnement n’était pas assez soutenant lorsqu’ils étaient petits. La jeune femme du poème n’est pas capable de se sentir vivante sans s’anesthésier. Quand on n’a pas le sentiment de soi, quand on a le sentiment d’être « un rien » qui souffre, l’expérience m’a montré qu’il est difficile de se construire en psychothérapie individuelle. On ne pourra y parvenir qu’avec une psychothérapie de groupe. Car dans un groupe tous les autres finissent par vous envoyer des images de vous-même, vous permettant d’apprendre peu à peu à exprimer ce que vous ressentez et peu à peu à vous sentir exister.

C’est en suivant ce parcours que petit à petit, avec le temps, les personnes boulimiques anorexiques ressentent de moins en moins le besoin de manger tout le temps. La nourriture n’est plus une obsession. Elles commencent par être capables de différer les moments d’absorption et puis un jour elles finissent par s’en passer.

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Auteure: Catherine Hervais