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↓ MAI 2019 ↓

  • Boulimie

Marlon Brando, du non désir à la boulimie

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Je viens de voir sur Arte un documentaire sur Marlon Brando intitulé : « Un acteur nommé désir » . Je vous recommande à la fois pour la beauté du personnage, la qualité de la narration et aussi parce qu’en le regardant vous verrez peut-être combien la personnalité de Brando ressemble à la vôtre, Brando qui se sent à fleur de peau, sous haute tension, qui n’a jamais eu la sensation d’être totalement lui-même et qui vivait avec une sensation permanente de vide. On peut au passage noter que cet homme qui faisait naître le désir de toutes et tous reconnaissais n’avoir lui-même pas de désir.

Marlon Brando, du non désir à la boulimie

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Je viens de voir sur Arte un documentaire sur Marlon Brando intitulé : « Un acteur nommé désir » . Je vous recommande à la fois pour la beauté du personnage, la qualité de la narration et aussi parce qu’en le regardant vous verrez peut-être combien la personnalité de Brando ressemble à la vôtre, Brando qui se sent à fleur de peau, sous haute tension, qui n’a jamais eu la sensation d’être totalement lui-même et qui vivait avec une sensation permanente de vide. On peut au passage noter que cet homme qui faisait naître le désir de toutes et tous reconnaissais n’avoir lui-même pas de désir.

L’hypersensibilé, origine du symptôme boulimie anorexie

Sa personnalité, comme la vôtre, est modelée par une hypersensibilité du premier âge et peut apparaître de deux façons, soit effacée, soit extravertie.

Dans la forme effacée, les personnes sont très lisses, plutôt fuyantes, n’osant pas s’exprimer, acceptant plus ou moins tout des autres, jusqu’à ce que leur coupe soit pleine. Elles retournent la violence contre elles-mêmes et rarement contre les autres, sauf  au moment où elles rompent brutalement et impulsivement la relation. Et donc leur douceur apparente se termine, relationnellement parlant, dans la violence.

Dans la forme extravertie, les personnes sont très sûres d’elles-mêmes, très affirmées.  On leur trouve parfois un petit air de supériorité qui fait souvent peur à leur entourage, professionnel ou affectif. Marlon Brando appartenait à cette forme extravertie.

Les symptômes psycho-comportementaux de l’hypersensibilité

Mais que vous exprimiez votre détresse sous la forme d’une violence extravertie ou d’une violence intériorisée vous aussi vous jouez un personnage souvent très charismatique pour compenser votre vide intérieur. Vous aussi vous vous sentez fébrile en amour parce que vous avez trop de méfiance ou de peur pour vous donner. Vous aussi comme Brando, au fond de vous-même, vous ne vous sentez pas réellement un être humain, vous bafouez les cadres, vous vous moquez des limites, en particulier des limites affectives et relationnelles.

Dans le reportage on explique que Marlon Brando avait des parents alcooliques et que très petit il était déjà malheureux. Ce n’est pas le cas de toutes les personnes boulimiques anorexiques. Certaines ont eu des parents formidables. C’est d’ailleurs ce qui a fait que jusqu’à l’adolescence et parfois au-delà, elles n’ont souffert de rien.  Leur désarroi a commencé au moment de leur vie où elles ont eu besoin d’affirmer leur identité. Sur le plan de l’intelligence et du professionnalisme ou du créatif ça marche très bien marchait parfois. Mais quand l’affectif est impliqué dans la relation, comme pour Brando, c’est la haute tension.

Beaucoup d’artistes quand ils ne sont pas alcooliques ou drogués sont boulimiques anorexiques. Certains d’ailleurs deviennent alcooliques ou drogués pour ne pas manger trop afin de ne pas devenir obèse. C’est probablement le cas de Emy Wihinehouse,  chanteuse anglaise de grand talent qui s’est suicidée. À la base elle était boulimique anorexique et pour ne pas manger trop et grossir elle s’est mise à l’alcool et à la drogue.  C’était le cas également de Marilyn Monroe à propos de laquelle j’ai fait un article sur boulimie.fr. https://www.boulimie.fr/articles/les-stars-boulimiques/marilyn-grandeur-et-fragilite

Généralement la plupart des artistes qui sont boulimiques se font vomir, parviennent à rester mince et se disent anorexiques parce que l’anorexie leur semble moins ridicule que la boulimie. Mais il y a très peu de véritables anorexiques alors qu’il y a un très grand nombre de boulimiques anorexiques, même très maigres. Dans certaines institutions d’ailleurs on soigne les boulimiques très maigres comme les anorexiques c’est-à-dire en les faisant grossir dans un univers quasiment carcéral. Quand la maigreur est extrême il se peut que l’univers carcéral soit nécessaire pour leur sauver la vie. En tout état de cause elles ont, elles aussi, besoin d’un traitement médical pour prendre des forces avant d’entamer une psychothérapie.

Apprendre à ajuster son hypersensibilité afin qu’elle ne soit plus destructrice.

Pour ce qui est de cette psychothérapie, concernant votre type de personnalité, que certains disent borderline ou bipolaire ou avec un côté autiste,  il vous faut non pas une compréhension de votre passé mais quasiment une naissance. Pour cela je préconise le groupe. Il permet de se rendre compte du personnage qu’on se joue à soi-même et qu’on joue aux autres, de ce que l’on ressent émotionnellement au fond de soi, d’apprendre à l’exprimer avec authenticité face aux autres, et enfin d’apprendre avec des exercices et des jeux de rôle à être soi-même sans être ni agressif ni fuyant.

Il n’est jamais trop tard pour comprendre qu’on joue un rôle et pour apprendre à devenir soi-même. Encore faut-il un psy qui s’investisse avec transparence dans le relationnel afin de vous faire réaliser votre côté « autiste » et de vous guider progressivement vers une capacité à entrer en relation authentique et paisible avec l’autre. Encore une fois l’idée n’est pas de vous aider à voir ce qui n’a pas marché quand vous étiez petit mais à devenir la personne que vous êtes réellement et à apprendre à communiquer sans fuir et sans bousculer.

Aujourd’hui une jeune femme m’a informé qu’elle n’a plus du tout de boulimie depuis quelques années. Elle n’y croyait pas parce que celles-ci sont parties longtemps après sa psychothérapie. « Bien sûr », m’a-t-elle dit, « J’ai toujours des états intérieurs Intenses mais aujourd’hui contôlables »


[1] De Philippe Kohly. Réalisateur. Qu’il s’agisse de montrer l’humanité d’un personnage "noble", tel Maria Callas, ou la noblesse d’un personnage "populaire", comme Dalida, l’ambiance est commune : univers clos, proximité du regard et distance, commentaire laconique de style "télégraphique émotionnel".

 



Trouble "borderline" de la personnalité

 

L'addiction boulimique anorexique est un trouble du comportement tellement envahissant, tellement aliénant, qu'on pense souvent qu'elle est la cause du mal de vivre. Mais ce n'est pas parce qu'on a une addiction qu'on vit mal c'est parce qu'on n'est pas dans SA PEAU, parce qu'on a une personnalité particulière qu'on a une addiction.

Chacun est unique, bien entendu, mais il y a souvent des traits de personnalité communs chez ceux qui ont un trouble du comportement alimentaire. Le type de personnalité que l'on retrouve le plus souvent est le trouble de personnalité "borderline" très bien décrite dans le DSMIV-R qui le manuel international diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux.

Quand on est "borderline" on se sent coupé du monde comme dans un bocal.

Si on les regarde fonctionner dans leur registre émotionnel, si on les écoute parler de leur vie, de leurs manques affectifs, de leurs attentes, on s'aperçoit que, derrière une image qu'elles cultivent souvent au plus que parfait, leur personnalité rassemble à elle seule à peu près tous les critères des troubles de la personnalité décrits par le DSMIV, et particulièrement le trouble de la personnalité borderline.

Le manuel de psychiatrie décrit plusieurs types de personnalités

Voici la liste de neuf personnalités répertoriées par ce manuel qui sert de référence à la psychiatrie moderne :

- La personnalité paranoïaque est caractérisée par une méfiance soupçonneuse envers les autres dont les intentions sont interprétées comme malveillantes.
- La personnalité schizoïde est caractérisée par un détachement des relations sociales et une restriction de la variété des expressions émotionnelles.
- La personnalité schizotypique est caractérisée par une gêne aiguë dans les relations proches, par des distorsions cognitives et perceptuelles et des conduites excentriques.
- La personnalité antisociale est caractérisée par un mépris et une transgression des droits d'autrui.
- La personnalité borderline est caractérisée par une impulsivité marquée et une instabilité des relations interpersonnelles, de l'image de soi et des affects.
- La personnalité narcissique est caractérisée par des fantaisies ou des comportements grandioses, un besoin d'être admiré et un manque d'empathie.
- La personnalité évitante est caractérisée par une inhibition sociale, par des sentiments de ne pas être à la hauteur et une hypersensibilité au jugement négatif d'autrui.
- La personnalité dépendante est caractérisée par un comportement soumis et "collant " lié un besoin excessif d'être pris en charge.
- La personnalité obsessionnelle-compulsive est caractérisée par une préoccupation par l'ordre, la perfection et le contrôle ".

Quand on lit ces descriptions, on s'aperçoit que les personnes boulimiques anorexiques répondent parfois aux critères des troubles de la personnalité dépendante et antisociale, et plus souvent aux critères associés des personnalités paranoïaque, schizoïde, schizotypique, évitante, narcissique et obsessionnelle-compulsive. Elles fluctuent de l'une à l'autre selon les périodes et les circonstances. Et on les retrouve tout à fait dans leur impulsivité marquée et dans l'instabilité de leurs relations interpersonnelles intimes.

La personnalité borderline selon la psychiatrie

Sont  borderline dans le manuel de psychiatrie international les personnes qui présentent les caractéristiques suivantes :

- Efforts effrénés pour éviter les abandons, réels ou imaginés.
- Mode de relation interpersonnelle instable et intense, caractérisé par l'alternance entre des positions extrêmes d'idéalisation excessive et de dévalorisation.
- Perturbation de l'identité. Instabilité marquée et persistante de l'image ou de la notion de soi. Sentiment de ne pas exister, de représenter quelque chose de mauvais.
- Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour le sujet : dépenses, sexualité, toxicomanie, conduite automobile dangereuse, crises de boulimie.
- Répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires ou d'automutilations
- Instabilité affective due à une réactivité marquée de l'humeur : dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours.
- Sentiment chronique de vide.
- Colères intenses ou inadéquates ou difficulté à contrôler sa colère : fréquentes manifestations de mauvaise humeur, colère constante ou bagarres répétées.
- Survenue transitoire dans des situations de stress d'une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères.

La structure le la personne borderline selon la psychanalyse

Si le DSMIV est la grille de lecture préférée du monde psychiatrique hospitalo-universitaire, selon la psychanalyse il y a quatre grands types de structure de personnalité :
- Les névrosés (le plus courant
- Les psychotiques
- Les pervers
- Et les borderlines.

Tout se joue à partir du complexe d'oedipe (ce moment de la vie de l'enfant où il comprend que maman n'est pas à lui et où il va s'organiser psychiquement, tout petit, sur un plan imaginaire et symbolique, pour prendre sa vie en main.

Le complexe d'oedipe

Quand tout se passe à peu près bien, on devient un sujet plus ou moins "névrosé", (comme la plupart des gens selon Freud). L'enfant se détache du sein, comprend que maman n'est pas à lui, fait une dépression (vers le huitième mois) et se met à remplacer maman par tout un jeu symbolique et imaginaire inconscient qui vont lui permettre de ne pas se sentir en danger sans maman. Certaines personnes payent leur autonomie au prix d'un symptômes somatiques ou d'un trouble du comportement. D'autres, plus chanceux évitent des symptômes grâce à ce que Freud a appelé la sublimation (quand le désir s'exprime dans l'artistique).

Les nouvelles thérapies pour la plupart reconnaissent elles aussi souvent la pertinence du complexe d'oedipe: il y a un moment de sa maturation affective en effet où l'enfant s'autonomise. Mais elles considèrent que l'expression verbale émotionnelle et corporelle sont une autre manière de s'autonomiser sans le payer très cher avec des symptômes. En repérant ses émotions, en les exprimant, en s'ajustant aux autres tout en s'ajustant à soi-même, on peut aller bien sans être "piégé" par son inconscient dans des symptômes.

Les personnes borderline ne font pas un "oedipe"

La boulimie anorexie semble plutôt se rattacher à une structure préœdipienne dans la mesure où la personne ne peut pas s'autonomiser émotionnellement, elle ne peut pas "lâcher le sein". Tout se passe comme si les personnes borderline boulimiques anorexiques n'avaient pas en elles les ressources pour faire un "oedipe" c'est à dire utiliser l'imaginaire et le symbolique pour lâcher maman (qu'on l'adore ou qu'on la déteste). La plupart des personnes qui ont besoin d'une addiction pour vivre n'en sont pas encore à l' "oedipe". Elles voient le monde comme si leur regard était encore celui du bébé : tout est blanc ou noir, bon ou mauvais, beau ou laid, indispensable ou inacceptable. Un peu comme si elles étaient toujours au bord de la dépression du huitième mois sans oser s'y laisser glisser vraiment parce qu'elles pourraient s'y anéantir là où la plupart des gens s'en servent pour se construire.

Sur ce sujet, voir aussi notre article: Boulimie: "Borderline" ou "dépendance affective" ?

Jean-Pierre B.

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Vidéo reportage: quelle thérapie pour la boulimie anorexie ?

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Pourquoi ce reportage ?

ll y a une vingtaine d’années naissait le site boulimie.fr.

Au moment de sa création, le monde médical s’employait alors à faire disparaître le symptôme boulimie-anorexie.

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Quelques pistes pour l'entourage

Ce guide a été écrit sur la demande des éditions Dunod qui voulaient un soutien pour les proches des personnes boulimiques anorexiques et hyperphagiques.

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