SITE D'INFORMATIONS POUR LA COMPRÉHENSION ET LE TRAITEMENT DE L'ADDICTION ALIMENTAIRE: BOULIMIE, ANOREXIE, HYPERHAGIE ETC.

Articles sur la boulimie

Articles sur la boulimie, septembre 2013

Qn ne peut pas résister, on se gave malgré soi ou, quand on se retient, on y pense toute la journée. Quelles sont les vraies raisons de cet enfer ? Chacun de ces différents articles tente de vous apporter un bout d'explication.

Liste et accès aux éditos de cette rubrique :

L'addiction, pour se sentir vivant

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edito-octobre-2016Il arrive que ceux qui ont une addiction sévère souffrent également de phobie sociale. Mais ce n'est pas le cas de la grande majorité.

La plupart de ces personnes semblent au contraire très à l'aise dans leur environnement amical et professionnel et passent souvent pour des gens super-équilibrés. Ils séduisent par leur charisme, leur humour, leur façon de jouer avec les mots, leur capacité à entreprendre, et l'on se tourne tout naturellement vers eux lorsqu'on a besoin d'un conseil ou de mettre en place un projet. Mais s'ils sont charismatiques sous les projecteurs de la vie sociale, ils s'assombrissent totalement lorsqu'ils sont seuls avec eux-mêmes ou dans leur cadre familial.

Sans quelque chose à faire, sans un projet qui les passionne et les met en mouvement, ils ne se sentent plus rien, ils ne savent pas quoi faire de leur peau. Lorsqu'ils vivent en famille ou en couple ils ont du mal à s'engager dans les activités quotidiennes communes. Tantôt ils sont « absents », laissant leur proches communiquer entre eux, tantôt ils sont rigides, envahissants, difficiles à vivre parce qu'hypersensibles et très exigeants, au sens où un rien les contrarie, au point de bouleverser leur vie relationnelle. Centrés sur eux-mêmes, non par égoïsme ni par amour de soi mais pour se protéger de tout ce qui est susceptible de les agresser dans leur environnement, ils sont souvent repliés sur eux-mêmes pour ne pas être déçus, ou pour ne pas décevoir.

Mais le repli sur soi ne leur évite pas l'agitation intérieure qui les met dans un état de tension insoutenable. Une tension qu'ils supportent du matin au soir mais qui, au bout d'une moment, a besoin de se relâcher. Et c'est justement là que se trouve le problème de ces personnes qui ont une addiction sévère. Ils n'ont pas les moyens par eux-mêmes de lâcher la pression. Il leur faut un exutoire extérieur puissant. Pour certains c'est la nourriture ou l'alcool, pour d'autres des drogues ou des activités à risque : tout ce qui peut permettre d'échapper à leur vie, de se sentir enfin habités par quelque chose, enfin sans pression, enfin détendus.

Tout l'enjeu d'une psychothérapie, pour ces personnes qui n'ont pas en elles-mêmes les ressources pour se sentir exister sans souffrance mentale, ce n'est pas de chercher, comme dans une psychothérapie classique, les évènements et les conflits qui sont à l'origine de leur mal-être. Leur souffrance en effet est telle qu'elles ont besoin d'aller vite et de comprendre sans attendre ce qui en elles les empêche de ressentir la vie autrement que lorsqu'elles sont « shootés ». Sans revenir sur le passé, l'enjeu du travail dont elles ont besoin est de se confronter dans la relation humaine à ce qui leur fait peur, et surtout d'apprendre à se laisser guider par ce qui leur plaît et ce leur déplaît pour réveiller la partie d'elles-mêmes inanimée et sans laquelle elles n'ont pas n'avait pas, malgré tous leurs talents, le sentiment de leur identité.

L'addiction c'est pour se sentir vivant. Mais quand on découvre dans une psychothérapie en quoi on n'est pas tout à fait vivant et comment on peut se donner les moyens de l'être enfin, l'addiction devient très vite un vieux réflexe qui disparaît progressivement avec le temps.

Catherine Hervais

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Boulimie et hypersensibilité

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mai2013Si certaines personnes sont plus sensibles que d'autres, elles n’en perdent pas leur rationalité pour autant. Jean Paul Sartre, par exemple, pleurait au cinéma lorsqu’il était ému.

La sensibilité peut néanmoins fragiliser ceux qui en sont pourvus au point qu’ils préfèrent souvent s’engouffrer dans l’action pour lui échapper. De l’extérieur, on les trouve «  froids  », « mécaniques », « intellos » ou distants. Et, mis à part ceux qui sont vraiment insensibles, la plupart des gens qui donnent l’impression de l’être sont en réalité des loukoums déguisés en cactus.

Mais lorsqu'elle atteint des pics trop élevés, lorsque qu’elle est trop intense, lorsqu’elle se transforme en hypersensibilité, elle devient alors difficilement supportable, tant pour soi-même que pour les proches qui ne savent plus comment se comporter. Totalement ingérable, elle peut occasionner des troubles somatiques, les troubles du comportement et de l’humeur. Même quand elle ne se voit pas, même quand on réussit très bien à donner le change en apparence, tous les registres de la personnalité semblent altérés:

  • sur le plan psychologique on ressent souvent un sentiment de solitude, d’abandon parfois,
  • sur le plan cognitif on a tendance à faire interprétations dramatisantes ou «waltdisnéennes» de la réalité,
  • sur le plan neurophysiologique on ressent souvent de l’épuisement, de l’irritabilité, des phases de suractivité ou de dépressivité et d’impuissance, comme un moteur sans starter,
  • sur le plan somatique peuvent apparaître toutes sortes de symptômes (migraines, ulcères, problèmes de peau, de menstruation., etc…),
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Pourquoi la boulimie est–elle plus forte que la volonté ?

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boulimie fevrier2013L'être humain a envie de penser qu'il a un pouvoir illimité et qu’il peut tout faire avec la volonté. Nous avons d’ailleurs tous été éduqués à coups de : « SI ON VEUT, ON PEUT ». Ainsi, ceux qui ne réussissent pas à se construire une vie paisible passent-ils pour des « loosers », des personnes faibles, sans consistance, tandis que ceux qui obtiennent ce qu’ils veulent, pour des gens forts et méritants.

C'est sur la base de cette croyance que, pendant très longtemps, on regardait les toxicomanes, les alcooliques et autres addicts. Leurs proches leur en voulaient, convaincus qu’ils n’essayaient pas vraiment s’en sortir, leur tenant en permanence des discours du style : « Tu as tellement de ressources en toi. Fais un effort, prends toi en main. Bats-toi ».

Mais notre part de liberté est-elle aussi grande que l’on se l’imagine ? Les cartes sont-elles toutes distribuées de la même façon à la naissance ? Et lorsque l’on n’a pas une construction neuro physiologique de base ou une histoire infantile permettant d’atteindre un épanouissement psychologique et relationnel, quelle est notre chance d’accéder un jour au bonheur ? Y a-t-il un parcours de rattrapage ?

En ce qui concerne le traitement de l’addiction, les médecins spécialistes font le constat aujourd’hui que la volonté ne marche pas longtemps et que le résultat des sevrages et des médicaments, d’abord encourageant, ne dure généralement pas. Pourtant, les gens qui en souffrent peuvent être par ailleurs pourvus d'une très grande volonté et d’une énorme force concernant certains domaines de leur vie. Quand ils se lancent dans quelque chose, on leur reconnaît un côté jusqu’au-boutiste qui leur permet d’atteindre des sommets. Pourquoi alors font-ils faillite dans la gestion d’eux-mêmes au point d'abîmer leur santé physique et mentale ainsi que leur vie relationnelle ?

Toutes les recherches sur l’addiction en viennent actuellement au même constat. La médecine à elle seule peut éventuellement intervenir sur les maladies créées par l'addiction mais pas, sauf cas particuliers, sur l'addiction elle-même. En ce qui concerne la boulimie par exemple, l’extrême maigreur provoquée par les vomissements qui eux-mêmes causent des problèmes de santé peut être soignée.Mais si on peut ponctuellement faire prendre du poids à une personne dénutrie, ou faire perdre du poids à une personne obèse, si on peut soigner la dépression, on ne peut pas faire que la personne qui a besoin de manger trop pour s’apaiser apprenne à se contrôler. Quant aux psychothérapies traditionnelles pratiquées en accompagnement du traitement médical, elles aussi, dans ce domaine-là, ont montré leur limite.

Trois questions se posent alors : si la médecine et les psychothérapies sont impuissantes, l’addiction, et pour ce qui nous concerne, l’addiction à la nourriture, est-elle une maladie insoignable ? Ou bien ne serait-elle pas maladie, ce qui expliquerait que ni la médecine, ni les psychothérapies traditionnelles ne réussissent à la soigner ? Et si elle n’est pas une maladie, qu’est-ce qu’elle est ? Comment s’en débarrasser ?

En ce qui concerne l’addiction alimentaire, Janet Treasure1 qui fait des recherches sur l’anorexie et la boulimie depuis trente ans, met l’accent sur la personnalité des personnes qui ont une addiction, notamment une addiction alimentaire puisque c’est son sujet d’étude. Ce sont des personnes dont le QI est souvent plus grand que la moyenne mais dont le regard sur la vie est à la fois rigide et déformé par une hyperémotivité en montagnes russes.

Les recherches de Janet Treasure sont intéressantes à plus d’un titre. Elles indiquent notamment:

  • Que les personnes bouimiques ont une émotivité plus grande que la moyenne et que cette émotivité est à l’origine d’un repliement sur soi et d’une rupture avec la réalité environnante.
  • Que le remède à l’addiction alimentaire pourrait se trouver dans une approche plus philosophique que médicale. En réalité, il faudrait prendre le problème à l’envers : plutôt que de lutter contre la boulimie il serait plus approprié de se méfier de son regard sur la vie, de ses certitudes et de se contraindre à chercher une autre réalité que celle que l’on perçoit.

En d’autres termes, si la médecine et les psychothérapies traditionnelles restent indispensables pour soigner les conséquences de l’addiction, une approche humaniste consistant à développer un sentiment d’identité, des compétences à gérer ses émotions, apprendre à communiquer avec authenticité, sans violence et sans s’esquiver, serait plus appropriée.

Un petit exemple : lors d’un travail en groupe Madame X prend la parole pendant dix minutes pour dire en substance qu’elle a honte d’elle-même, qu’elle se trouve moche, qu’elle est très reconnaissante à l’égard de son compagnon qui a la gentillesse de la prendre telle qu’elle est. La psychologue, tout en étant à l’écoute des processus de communication de Madame X, perçoit aussi ses propres sensations et trouve Madame X « craquante ». Elle décide de demander à ceux qui participent au groupe quelles sont les personnes qui sont charmées par Madame X. Les vingt personnes présentes lèvent la main. Madame X reste silencieuse un moment et finit par dire : « Vous savez quoi ? D’habitude quand on me dit que je suis charmante, je ne le crois pas. Mais vous, étonamment je vous crois. »

Madame X, avec le temps va ainsi apprendre à douter de ses certitudes. Petit à petit elle va, grâce au groupe, explorer ses difficultés émotionnelles et relationnelles, apprendre à les traverser, les gérer : c’est-à-dire les contourner parfois sans pour autant les nier. Elle va petit à petit aussi s’entraîner à être en même temps vraiment à l’écoute des autres, non pas tels qu’elle les imaginait, mais au plus près de ce qu’ils expriment verbalement et non verbalement, découvrant ainsi leurs vrais besoins.

D’une certaine façon on peut dire que la volonté est plus forte que la boulimie quand elle ne lutte plus contre l’addiction elle-même mais quand elle s’attache à refuser les pensées négatives auto-centrées pour partir à la découverte de son plaisir tout en respectant celui des autres. Cela peut paraître un peu obscur, sur le papier, mais en réalité c’est très simple quand on s’entraine pendant un an et demi ou deux ans dans un travail de groupe. Quand vous ne vous jugerez plus quoi que vous fassiez, quand vous ne jugerez plus les autres, quand vous vous accepterez tel que vous êtes, sans honte, quand vous accepterez les autres tels qu’ils sont, sans leur faire de reproches, même si vous pensez qu’ils ont tort, quand vous cesserez d’avoir des opinions sur tout, tout le temps, vous verrez l’angoisse responsable de votre boulimie petit à petit diminuer.

Ainsi, aussi minime que soit le pouvoir de la volonté et notre part de liberté, nous avons celle de nous prendre tels que nous sommes, de prendre également les autres tels qu’ils sont et d’apprendre à nous laisser guider par ce que nous ressentons plus que par ce que nous pensons. Il n’en faut pas davantage pour voir votre boulimie s’envoler. Il n’en faut certes pas d’avantage… néanmoins c’est un énorme travail.

Catherine Hervais

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La boulimie n'est pas une maladie

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boulimie_juin2012La boulimie est le symptôme d'une difficulté mentale.
Bien sûr elle peut éventuellement occasionner des désordres corporels, parfois des dysfonctionnements physiologiques, elle peut rendre malade, malheureux. mais elle n'est pas une maladie en soi. Elle n'est pas non plus la cause de ce qui se passe. La preuve en est que même si on contrôle son comportement alimentaire pour ne plus avoir de crise, on reste habité par l'obsession de manger, permanente et totalement envahissante au point qu'on n'est pas tout à fait attentif à ceux qui sont autour de soi ni d'ailleurs à soi-même.

Par ailleurs, lorsque la boulimie disparaît naturellement, au cours d'une thérapie où l'on acquiert plus de confiance en soi (ou bien parce que la vie amoureuse, professionnelle apporte d'elle-même une meilleure estime de soi) des difficultés mentales continuent à se manifester : hypersensibilité, dépendance affective, tendance permanente à se sentir menacé ou déprécié par les autres, à interpréter à son désavantage ce qu'ils disent ou ce qu'ils font, à les fuir par peur d'être blessé, à les agresser lorsqu'on se sent frustré par eux (comme s'ils devaient répondre à nos attentes et être à notre disposition parce qu'on souffre.

J’entends souvent dire par les personnes boulimiques et même par celles qui ne le sont plus:
« Je ne supporte pas d'être seul avec moi-même »,
« J’ai une véritable terreur de vivre »,
« Je n'arrive pas avoir de petit (e) ami(e) »
« À chaque fois que je fais une rencontre la personne ne reste pas »
« Face à l'autre je n'arrive pas à m'affirmer de peur qu’on ne me quitte »
« Je n'ai plus de boulimie mais je sens bien que mes proches ont du mal à supporter mon agressivité. »

Ainsi ne doit-on pas, en psychothérapie, s'occuper de la boulimie elle-même mais de sa cause, c'est-à-dire des dysfonctionnements psychologiques qui en sont responsables et que l'on doit apprendre à identifier. Ce n'est pas toujours facile de les identifier parce qu’on n'a pas conscience de ce qui ne va pas dans sa manière de voir les choses ou de se comporter avec les autres. Non seulement on a toujours fonctionné comme ça, mais très souvent nos parents ont parfois eux-mêmes aussi fonctionné d’une façon identique. On sait aujourd'hui qu’il y a une transmission génétique de certains comportements.

L'intérêt d'une psychothérapie ajustée à la personnalité des personnes boulimiques anorexiques, c'est de repérer ces dysfonctionnements psychologiques et relationnels. Certaines caractéristiques ne disparaîtront pas. L'hypersensibilité ne s'en va jamais même si elle peut s'estomper partiellement avec les années. Les réflexes « parano » et/ou « dépendants affectifs » seront toujours là eux aussi. Mais pas de panique ! Ils peuvent être contournés ou compensés par une posture réflexive voir même créatrice.

Pour ce faire, il est nécessaire de connaître ses failles, de mettre ses pensées en doute:

— « Je me sens agressé mais je ne le suis peut-être pas : la personne hausse peut-être le ton parce qu'elle est de mauvaise humeur ? ou parce qu'elle angoissée ?… »,
— « Je me sens abandonné ou désavoué mais je ne lui suis peut-être pas : je suis victime de mes propres schémas mentaux archaïques… »,
— « J'ai une envie effrénée de m'accrocher à l'autre mais il ne le faut pas : ce serait trop intrusif pour lui et il me fuirait ou se braquerait, cela le mettrait mal à l'aise et nuirait à notre relation »….

La psychothérapie de groupe est idéale pour apprendre de nouveaux réflexes de penser et des comportements plus ajustés pour faciliter la relation à l'autre, et la relation à soi-même. On ne peut pas être bien dans sa peau réellement sans se sentir bien parmi les autres. Dans une thérapie de groupe on apprend à identifier ce que l'on ressent, à le dire sans agresser ou à inventer des postures satisfaisantes pour remplacer le comportement dépendant.

En résumé, la boulimie est un symptôme dont on peut soigner parfois les effets. Mais une fois qu'on n'a plus de boulimies, on garde une personnalité particulière qui, elle, est est parfois « malade ». Si notre hypersensibilité, nos tendances "parano", "dépendants affectifs" nous conduisent à nous faire souffrir et à faire souffrir les autres, alors, oui, notre personnalité particulière, (« borderline » ?).

Mais si nous apprenons à nous méfier de notre personnalité hypersensible, des pensées qu’elle fait naître en nous, des comportements relationnels qu’elle nous incite à avoir, elle peut rester particulière, elle peut même rester « borderline » mais elle n’est plus malade dans la mesure où elle ne fait plus souffrir personne puisque nous avons appris à gérer notre hypersensibilité, nos réflexes « parano», notre compulsion évitantes et dépendantes.

Au final la mauvaise nouvelle c’est que vous avez beaucoup de choses à changer et que cela ne se fera pas sans effort. Et la bonne nouvelle c’est que vos efforts vous permettront non seulement d’être heureux mais en plus feront de vous de « très bons communiquants » capables de mettre votre énorme hypersensibilité au service d’une fabuleuse créativité.

-- Fin de l'article --

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Boulimie, une sensation hurlante de vide

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boulimie-juil-aout2015La sensation de vide éprouvée par les personnes boulimiques, c’est plus qu’un sentiment de solitude, c’est une sensation où tout paraît vain. Seuls une occupation très prenante, un début d’idylle et bien sûr aussi les crises de boulimie peuvent faire disparaître cette sensation ou même l’empêcher d’apparaître. Mais quand elle est là, elle tellement douloureuse que certains souhaiteraient mourir pour ne plus la ressentir. L’ esprit tourne alors sur deux ou trois pensées : « A quoi bon ? », « Rien n’a de sens », « Pourquoi je suis là ? ». Il est probable que toute personne non « toxico » la ressentent parfois aussi dans des moments de grande fragilité (perte brutale d’un être cher ou de quelque chose d’infiniment précieux.) Mais chez les personnes qui ont une addiction alimentaire, cette sensation fait irruption très souvent, dans les moments où elles ne réussissent pas à se passionner pour quelque chose et où elles ne sont pas en train de manger.

Que leur personnalité soit diagnostiquée «borderline», «bi-polaire», «dépendante» ou «évitante», les personnes boulimiques ont plusieurs vultérabilités psychologiques en commun. Lors d’un groupe de thérapie composé de vingt-cinq femmes et d’un homme, nous avons pris du temps pour les nommer. Je vous livre ici une partie de ce sur quoi nous sommes tous tombés d’accord. Peut-être reconnaîtrez vous certains de ces traits comme étant aussi les votre.

Par exemple ce besoin quasi-permanent de s’isoler comme si la réalité n’était pas supportable ou pas assez intéressante. Ennui, sentiment de décalage, comme dans «un autre monde», sans que cela se voie, elles sont est là sans être là. se réfugiant souvent volontairement dans une « bulle » mais parfois aussi sans qu’elles le souhaitent. Elles s’étonnent alors de ne rien ressentir, de ne pas pleurer à l’enterrement d’un proche, de ne pas être touché par ce qui bouleverse les autres, de se sentir décalées… «Je me sens comme un monstre, pas humaine» me dit-on parfois à propos ce qui paraît être de l’insensibilité.

Autant elles sont parfois capables de gérer les situations catastrophiques où tout le monde s’écroule, autant elles peuvent s’effondrer pour un détail. Leur hypersensibilité peut se manifester pour un détail : telle personne ne leur a pas souri, telle autre ne les a pas regardées avec chaleur ou bien ne les ont pas comprises … Une tête d’épingle se transforme en montagne, elles ressentent les choses puissance dix. Autant ce qui est grave n’est parfois pas perturbant, autant ce qui n’est pas grave peut les rapprocher de ce que les psychiatres appellent un « burn out ». L’émotion n’est alors pas digérée et produit dans le cerveau une sorte de court-circuit qui paralyse et conduit à l’épuisement.

Et puis il y a la honte. Pas seulement celle d’être boulimique. Qu’elles aient un physique de rêve ou pas, qu’elles réalisent des grandes choses dans leur vie sociale ou qu’elles ne travaillent pas, les personnes boulimiques ressassent en boucle le mot qu’elles n’auraient jamais dû dire, le un geste qu’elles n’auraient pas dû faire et planifient quand elles sont avec les autres la manière dont elles devraient se compoter pour être admirées et aimées de tous. Une jeune femme dans un groupe reconnaît maintenant qu’avant la thérapie, elle avait honte de tout. «J’avais honte d’éternuer, j’avais honte de dire que j’avais soif, que j’avais faim j’étais tout le temps en train de m’excuser, j’aurais pu dire que j’aimais un truc alors que je l’aimais pas parce que j’avais honte d’aimer autre chose que les gens qui m’entourent. Comme j’avais honte de tout, je faisais tout pour camoufler ce dont j’avais honte et ça donnait des comportements encore plus ridicules. C’est idiot. Qui est parfait, n’a jamais faim, n’a jamais soif, ne va jamais au toilettes ? Il aurait fallu que je reste figée en permanence et qu’on me trouve parfaite et qu’on m’admire. Maintenant je m’en fiche que des gens me trouve belle ou drôle, j’ai besoin d’autre chose. C’est assez sympa de me sentir moins nombriliste qu’avant.»

Parmi les traits que nous avons listés en groupe, il y a également cette tendance à amplifier un détail sans pouvoir passer à autre chose, comme si, tout à coup, rien d’autre n’avait d’importance que ce détail. Leurs pensées, (le plus souvent négatives), tournent alors en boucle sans qu’elles réussissent à avancer.

Elles partagent également des valeurs et un mode relationnel commun. Sans doute parce qu’elles sont très obsédées par l’idée de ne pas plaire ou de déplaire elles ont beaucoup de mal à regarder vraiment les gens pour ce qu’ils sont. Quand elles pensent rouge, l’autre doit penser rouge, quand elles pensent blanc, l’autre doit penser blanc. Ce qui leur plait devrait plaire à tout le monde. Quand elles ont des besoins, tout le monde devrait avoir les mêmes besoins en même temps. Si la vaisselle n’est pas faite quand elles rentrent le soir par le(la) conjoint(e) qui est resté(e) à la maison c’est inacceptable, Les unes réagissent alors par de la violence, les autres par de la tristesse mais toutes ne se sentent pas respectées comme si l’autre n’avait pas le droit de ne pas combler leurs besoins,: elles auraient sûrement fait la vaisselle à sa place pour l’accueillir dans un appartement propre ! Dans le même registre, si un de leur proche ne les comprend pas c’est insupportable. Il faut lui expliquer, le convaincre jusqu’à ce qu’il comprenne. On ne peut pas avoir un avis différent du leur sans qu’elles se sentent rejetées, en danger ou qu’elles s’ennuient.

Bien qu’elles pensent souvent que leurs difficultés relationnelles viennent des autres, les personnes boulimiques sont elles-mêmes à l’origine des difficultés relationnelles. Soit trop réservées, incapables d’affirmer leurs envies, (de les connaître même), soit trop violentes, trop intrusives ou simplement trop directes, leur intolérance à la frustration, leur phobie de la perte du lien et leur fonctionnement mental rigide et stéréotypé les rendent très difficiles à vivre. C’est pourquoi, même quand la boulimie a disparu suite à un travail thérapeutique, elles ont encore besoin de continuer leur psychothérapie tant que leurs relations interpersonnelles ne sont pas encore paisibles. C’est sans doute la raison pour laquelle la psychothérapie est en groupe est plus efficace. Dans un groupe, en même temps qu’on apprend à s’exprimer, s’affirmer, on peut aussi apprendre à mieux gérer ses relations interpersonnelles afin quelles ne soient plus aussi compliquées.

- Fin de l'article -

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