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Ne cherchez pas à la secouer

Écrit par . Publié dans Concrètemet, que faire ?

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Même si la personne que vous aimez vous le demandez, ne prenez pas le rôle de sauveteur, cela ne sevirait à rien et au bout du compte vous deviendrez vite une victime vous aussi.

Vous avez tout essayé, l’écouter, la comprendre, la distraire, la raisonner et rien n’a marché. Vous sentez de la colère monter en vous. Vous vous demandez si elle ne le fait pas exprès. Si vous êtes parent, vous vous sentez en droit d’utiliser votre autorité, vous optez pour une confrontation. Si vous êtes conjoint, vous n’êtes pas dans un rapport de hiérarchie et l’emploi de l’autorité est assez malvenu. Vous le savez, mais, prenant votre courage à deux mains, vous choisissez vous aussi de la bousculer tout comme Yves qui m’a confié au téléphone au sujet de sa femme boulimique : « j’ai tout essayé, je me suis même emporté, parce que pour nous, les proches, qui ne sommes pas dedans, nous avons l’impression que c’est une question de volonté. »

Évitez de vous mettre en colère : « Maintenant ça suffit ! Tu arrêtes tes conneries, ça ne peut plus continuer comme ça ! ». La colère ne sert à rien dans ce cas ; mais vous êtes humain et parfois elle vous déborde. Idéalement, bien sûr, il conviendrait ne de pas l’exprimer et de vous raisonner : elle n’y peut rien.

Ne la menacez pas pour lui faire peur : « Si tu continues, tu vas rater ta vie » ou « je vais te couper les vivres » ou encore « tu vas tout foutre par terre ! ». Vous allez la braquer.

Le chantage ne vous mènera à rien non plus : « Ta boulimie ou moi ! », « Je me saigne aux quatre veines pour toi, tu ne peux pas faire un petit effort ! », « Si tu n’arrêtes pas les crises, je te quitte. »

Restez attentif à ne pas la mettre en cause en utilisant les « tu ». Parlez-lui de votre ressenti et débutez vos phrases par « Je ». Ainsi, ne dites pas : « tu vas tout foutre par terre ». Mais dites plutôt : « Je suis malheureux » ou « C’est difficile pour moi quand tu… ».

Ni victime, ni perécuteur, ni sauveteur.

En résumé, ne soyez ni victime, ni persécuteur ni sauveteur. L’Analyse Transactionnelle (une des nouvelles thérapies les plus efficaces) a brillamment démontré combien ces trois positionnements peuvent détériorer les relations humaines.

Même si vous avez l’impression de répondre à sa demande en endossant l’un de ces trois rôles, ne le faites pas. Rien ne vous empêche d’être tendre et attentif, mais en restant dans une position ni dirigiste, ni infantilisante. J’ai conscience que cet équilibre est très difficile dans la mesure où votre proche ne vous laisse parfois pas le choix : elle est dans un tel désarroi, elle se sent tellement perdue, tellement enfant qu’il vous est parfois impossible de ne pas vous laisser faire.

La petite amie d’Aymeric lui a attribué le rôle de sauveteur dès le début de leur relation.

De sauveteur à victime, il n'y a qu'un pas.

Dès que je la laisse toute seule, elle m’appelle sur mon portable en me disant que je n’en ai rien à foutre d’elle et qu’elle va sauter par la fenêtre. Que lui répondre ? Si elle passe à l’acte, je serai le plus malheureux des hommes et je penserai que c’est à cause de moi. Je suis à ses ordres.

On voit bien ici combien le rôle de sauveteur se confond vite avec celui de victime. Au début, Aymeric était tout fier de porter secours à sa belle, il se sentait important, indispensable. Mais rapidement, il s’est senti étouffé dans ce rôle très prenant aux effets pervers : « je m’épuise à l’aider et plus j’en fais, plus elle me malmène. Je sens bien maintenant que je l’insupporte et elle parle de me quitter. »

L’histoire d’Aymeric est étonnamment classique. Quand quelqu’un joue les sauveteurs, même à la demande d’une personne qui se sent « victime » il ne respecte pas l’autre dans la mesure où il ne lui fait pas confiance pour s’en sortir tout seul. Au final, infantilisé et insatisfait, l’autre finit vite par se sentir frustré et dérangé par une intrusion étouffante qu’il a pourtant sollicitée.

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