J’ai honte de ce que je suis

Écrit par . Publié dans Troubles de la personnalité

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"Je suis bidon", dit Gabrielle à son psy. « Je me déteste, je me trouve nulle, j’ai honte de moi physiquement. J’ai honte de mes seins que je trouve trop petits, de mes mollets que je trouve trop gros.

C’est un supplice pour moi de passer devant une terrasse de café parce que je sais que des gens me regardent. J’évite d’aller en soirée parce que je m’y trouve toujours insignifiante, sans intérêt, les autres femmes me paraissent tellement mieux que moi et ça me donne envie de disparaître sous terre. ».

La honte, à petite dose, n’est pas une émotion négative. Elle nous bouscule, nous aide à nous corriger en nous avertissant sur les limites à ne pas dépasser.

La honte de Gabrielle ne se limite pas qu’à l’apparence. Elle a également honte de ce qu’elle fait. Un jour, tandis qu’elle boit un coca à la cafétaria de l’entreprise où elle travaille, à un collègue qui lui demande en passant ce qu’elle boit, elle s’entend spontanément répondre « un perrier » comme si ce ne pouvait être que bête de boire un coca puisque c’était la boisson qu’elle avait choisie.

Elle n'ose pas prendre des initiatives

Avec ses amis, elle n’ose pas demander si on peut ouvrir la fenêtre quand elle a trop chaud par peur de les déranger. Elle n’est jamais de ceux qui proposent une sortie, un restaurant, un spectacle parce qu’elle pense n’avoir pas de goût, pas d’idée suffisamment intéressante. Elle se contente de suivre le mouvement des autres sans jamais prendre d’initiative, ou, quand elle en prend une, elle le fait en faisant le clown comme si elle n’accordait elle-même aucun intérêt à sa proposition.

Très jolie, raffinée, intelligente, elle attire souvent les regards mais elle est persuadée que, si on la connaissait vraiment, on s’apercevrait qu’elle n’a aucun intérêt. D’ailleurs les hommes ne restent jamais très longtemps. Peut-être en fait-elle trop : trop gentille, trop à l’écoute, trop serviable, trop disponible… pour compenser le fait qu’elle se trouve nulle et sans intérêt.

La honte, à petite dose, n’est pas une émotion négative. Elle peut nous aider à réguler les relations sociales. Elle nous protège en nous signalant les limites à ne pas dépasser. J’ai lu dans Wikipédia que les esquimaux, par exemple, utilisent la honte pour apprendre aux enfants à ne pas traverser la banquise, risque mortel pour eux : « quand un enfant traverse la glace pour la première fois, les esquimaux lui font honte pour lui apprendre à faire attention à ce danger qui peut lui coûter la vie. ».

La honte, à petite dose, n’est pas une émotion négative. Elle peut nous aider à réguler les relations sociales. Elle nous protège en nous signalant les limites à ne pas dépasser. J’ai lu dans Wikipédia que les esquimaux, par exemple, utilisent la honte pour apprendre aux enfants à ne pas traverser la banquise, risque mortel pour eux : « quand un enfant traverse la glace pour la première fois, les esquimaux lui font honte pour lui apprendre à faire attention à ce danger qui peut lui coûter la vie. »

L'impression de vivre dans un monde instable, dangereux, austère.

Mais si la honte est positive dans la mesure où elle nous pousse à changer, l'excès de honte peut provoquer l'inaction et la dépression et l'absence de honte, des comportements inadaptés, envahissants, décalés.

Nous avons déjà abordé la honte et son origine dans l'article Addiction et narcissisme. Rappelons ici seulement que la honte pathologique a la même origine que tous les autres problèmes d’identité et remonte à la toute première enfance du bébé, soit à la manière dont la personne la plus proche —maman, papa, grand-mère, nounou— est entrée en relation avec lui (certains parents sont parfois très angoissés, doutant d’eux-mêmes, pas franchement détendus). Le bébé peut alors avoir l'impression de grandir dans un monde instable, dangereux, austère. Il n’osera pas se lâcher, il n’aura pas accès à une décontraction suffisante pour faire les apprentissages basiques nécessaires à son évolution cognitive et affective.

Mais le bébé peut par ailleurs avoir certaines perturbations biologiques, par exemple au niveau de neuromédiateurs insuffisants (sérotonine…) qui l'empêcheront de profiter pleinement de l’accompagnement qu’on lui donne.

Des thérapies adaptées au travail sur la honte

Mais peu importe l’origine de la honte. Ce qui est important c’est de s’en sortir. Il existe pour cela des techniques spécifiques qui peuvent être pratiquées en psychothérapie (la thérapie de groupe est très efficace (la présence des autres permet d'aller au fond de sa honte, de la partager, de la traverser, et de la dépasser) comme en témoigne Muriel dans la rubrique vidéo des personnes qui s’en sont sorties.

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