COMPRÉHENSION ET TRAITEMENTS DE L'ADDICTION ALIMENTAIRE

Comment guérir d’une obsession

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Depuis peu certains médecins proposent le baclofène à leur patients boulimiques anorexiques, un relaxant musculaire utilisé dans certains troubles neurologiques mais aussi depuis peu pour aider les malades alcooliques à lutter contre leurs compulsions à l’alcool. Je n’ai pas d’information solide à long terme sur ce médicament. Il aurait des effets secondaires nocifs à forte dose. Mais, malgré cela, j’ai rencontré des personnes qui n’avaient plus de boulimies grâce à ce médicament. C’était le cas d’Agnès Renaud qui raconte sa délivrance dans un livre « Enfin libre grâce au Baclofène », Éditions Bussiere, 2015.

Je ne connais pas encore les effets du médicament dans la durée, mais dans la mesure où certains l’ont essayé et en disent du bien, cela vaut peut-être la peine de se renseigner auprès des médecins qui le prescrivent. Si ça marche et si on peut être débarrassé des compulsions alimentaires, c’est très précieux et ça mérite de faire ses propres recherches sur le net.

Pour autant, quand les boulimies s’en vont grâce à un médicament ou au cours d’une psychothérapie, cela ne veut pas dire que l’on est encore totalement libre. Bien sûr c’est fantastique d’être libéré de l’addiction alimentaire, mais ça ne suffit pas pour être débarrassé des peurs et des croyances qui cohabitaient avec l’addiction. Les thérapeutes reçoivent régulièrement en thérapie des personnes qui ne sont plus boulimiques mais qui restent engluées dans des schémas mentaux et relationnels après la disparition des compulsions. Ainsi certaines personnes ont encore besoin de consulter pour divers problèmes qui leur rend la vie difficile : problème de couple, état dépressif, sentiment de culpabilité pour être trop violent avec ses enfants, difficultés relationnelles au travail, en famille… Le médicament délivre peut-être de l’addiction à l’alimentation mais pas des difficultés psychologiques qu’ont ces personnes depuis leur plus jeune âge à cause de leur tempérament hypersensible.

Une psychothérapie reste donc nécessaire, même après les boulimies, pour être dans sa vie et non plus spectateur de sa vie. Mais ce qui reste encore assez imprécis dans le monde médical, c’est d’indiquer aux personnes boulimiques anorexiques une approche psychothérapeutique réellement adaptée. Parallèlement aux troubles de l’humeur, on commence à supposer que les personnes souffrant de troubles alimentaires sévères n’ont pas une personnalité névrotique, comme l’a, selon Freud, la majorité des gens. On découvre que, contrairement à la plupart des gens qui sont MAL dans leur peau, les boulimiques anorexiques, eux, ne sont carrément PAS dans leur peau. La psychothérapie et même la psychanalyse ne savent pas encore très bien faire avec les personnes qui n’ont pas de sentiment de soi, et ne parviennent pas à être en relation à l’autre, sans s’accrocher à lui ou sans le fuir. Les psychiatres savent aujourd’hui que la psychothérapie est nécessaire, mais quelle psychothérapie?

Que dire pour commencer de la psychanalyse, la pratique sans doute la plus respectueuses de la vie psychique des gens? Le psychanallyste est assez neutre, parle peu, ne conseille rien ; on se sent totalement libre face à lui et c’est la manière dont cette liberté est utilisée qui est analysée. Quoi qu’on en dise, la psychanalyse est une approche fantastique mais dans sa forme actuelle, elle ne convient pas à tout le monde. Pour un question matérielle bien sûr, mais pas que… En psychanalyse, tout repose sur la relation entre la personne souffrante et le psy. Or les personnes qui ont une addiction sévère sont paralysées par la peur et la honte au point de ne pas vraiment être capables d’entrer en relation avec l’autre sans jouer un rôle. La neutralité du psy ne leur convient pas : elles ont besoin d’être « prises en charge », et à la moindre contrariété elles étouffent.

Il en va de même pour la psychothérapie individuelle. Tout comme la psychanalyse, elle est une mission presque impossible. Souvent rebelles, repliées sur elles-mêmes, se sentant incomprises (à juste titre souvent) les personnes boulimiques anorexiques construisent des théories sur ce qu’elles vivent sans pouvoir mettre des mots sur leurs émotions. De plus, elles changent souvent de thérapeute. Quant à celles d’entre elles qui ne sont pas rebelles mais plutôt soumises, elles peuvent se montrer très attachées au thérapeute, au sens propre du terme, pendant des années, sans avancer pour autant.

Le professeur Roland Coutanceau, psychiatre, psychanalyste, Président de la Ligue Française en Santé Mentale, est spécialisé dans les addictions à la sexualité et aux actes compulsifs violents. Ce ne sont pas les mêmes addictions que celles des personnes boulimiques mais le profil psychologique reste assez proche quand il s’agit de quelqu’un qui ne sait pas vivre sans une addiction sévère. Dans un livre qu’il a écrit en 20131 il explique l’univers intérieur de ces personnes. Selon lui, elles ne sont ni dans la «folie» ni dans la «normalité». Elles appartiennent à un troisième champ de la psychopathologie, moins enseigné donc moins connu. Ce champ, explique-t-il dans son livre, mais aussi dans une vidéo, est responsable de difficultés dans les familles, parfois aussi dans des institutions.2 Certains professionnels sont en difficulté dans la psychothérapie et l’accompagnement de ces personnes dans la mesure où ce troisième champ de la psychopathologie ne fait pas l’objet de l’enseignement dans le diplôme psychiatrique de base.

Si vous visionnez la vidéo dans laquelle le Professeur Coutanceau parlant de son livre, vous verrez que sur la page youtube un internaute commente : « Je suis très étonné. Même choqué. Donc les professionnels psychiatres et psychologues en tête seraient incapables de prendre en charge correctement des anorexiques, boulimiques, les mégalomanes communs, pervers narcissiques et autres "personnalités difficiles"? ».

Je comprends sa colère, et en même temps les psychiatres ne peuvent pas savoir ce qui ne leur est pas enseigné. L’addiction dans son processus psychologique a été assez mal comprise jusqu’ici. Il a fallu les travaux récents de certains psychiatres et surtout de psychanalystes pour faire avancer les choses.

Parmi eux Bernadette Grosjean3, a co-écrit avec Martin Desseilles un livre sur le trouble de la personnalité borderline qu’elle présente sur une video youtube également. D’une manière générale, par expérience, je constate qu’à ce jour rares encore sont les psychiatres capables de détecter le trouble de la personnalité responsable d’addictions sévères, lorsqu’il n’y a pas une violence manifeste ou un comportement anti-social.

Bien que la psychanalyse ne soit pas tout à fait adaptée à ce type de patients, il y a eu des écrits remarquables sur la fragilité de certaines personnes hypersensibles qui avaient besoin d’une approche particulière. Du temps de Freud, il y avait Ferenczi, un collègue de Freud, (qui n’était pas avec ce types de patients dans la neutralité mais dans l’authenticité, n’hésitant pas à confronter). Un peu plus tard il y a eu Winnicott qui avait l’avantage d’être aussi pédiatre et qui a observé que certains problèmes d’adultes viennent du temps où ils étaient nourrisson. Encore plus tard le psychanalyste Otto Kernberg (ceux qui comprennent l’anglais peuvent écouter cet extrait vidéo) est devenu célèbre pour avoir décrit un type de personnalité qui n’était ni normal, ni psychotique, ni névrosé, mais avec une identité désorganisée. Et puis bien sûr Joyce Mc Dougall à qui nous devons le concept d’ «addiction» qu’elle a emprunté aux anglo saxons et qui dans un article introduit le concept d’«addiction», avec trois illustration cliniques de patientes boulimiques chez qui elle observe de grosses angoisses de type psychotique. Plus ces angoisses sont précoces dans la vie du sujet et plus difficile sera la construction ultérieure de son identité, explique-t-elle. Installées à un âge trop précoce les angoisses de type psychotique empêchent le sujet d’accéder à un sentiment de soi.

Parmi les psychanalystes d’aujourd’hui je voudrais également citer Jean-Michel Fourcade qui, dans son livre,1 explique que les caractéristiques de ces personnalités s'expriment à travers l'excès et le manque. "Tout se joue entre le « normal » et le 'trop', entre l'émotion et la «surémotion»?, entre la mesure et la démesure"2.

Mais comprendre n’est pas faire. Une chose est sûre selon le Professeur Coutanceau: il faudra changer la manière de faire de la psychothérapie. Les personnes qui souffrent de troubles d’identité ont besoin d’un psychanalyste qui ne soit pas neutre pour favoriser les apprentissages cognitifs et relationnels.

« Selon moi », dit-il « dans une dynamique de changement, la psychothérapie et l’éducation doivent s’ajouter, se compléter, s’amalgamer.»6

Personnellement et par expérience avec ce type de personnalité, je trouve que la psychothérapie inensive en groupe permet justement à la fois de se comprendre elles-mêmes et aussi d’apprendre, par des échanges authentiques relationnels, à devenir soi-même parmi les autres, sans violence et sans ressentir le besoin de fuir.

Je vous invite à vous reporter pour plus d’information aux articles dans lesquels j’ai déjà développé la description de cette approche nouvelle.

1. « Troubles de la Personnalité, ni psychotiques, ni névrotiques, ni pervers, ni normaux», publié en collaboration avec Joanna Smith, éditions Dunod, 2013
2. Les personnes qui ont une addiction alimentaire n’ont pas toujours de difficulté dans leur famille ni dans les institutions parce que, contrairement aux produites toxiques la nourriture n’altère pas leurs capacités intellectuelles.
3. « Le manuel du Borderline” Broché, editions Eyrolles– 23 janvier 2014
4. « Les personnalités limites: Hypersensibilités, à fleur de peau, ecorchés vifs ... Tous borderlines ? » (ed. Eyrolles). Jean Michel Fourcade a crée une école de formation de très bonne réputation dans lequel enseignent des cliniciens expérimentés : la Nouvelle Faculté Libre (NFL)
5. Ed. Eyrolles, 2011, 188 p., 18,20 euros. Il est aussi le fondateur de la Nouvelle Faculté libre(NFL), formant à la psychothérapie et à la psychanalyse intégrative. www.nflpsy.fr
6. « Faut il être normal », ed Dunod, page 130.

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Auteure: Catherine Hervais

Commentaires   

0 #3 Hélène 17-01-2018 12:08
Cet article me parle tout à fait... Guérie de la boulimie grâce au baclofène, c'est aujourd'hui que les mots de ma thérapie avec Catherine me parlent vraiment....
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0 #2 boulimie.fr 16-01-2018 11:54
Citation en provenance du commentaire précédent de Lecteur dun soir :
Merci pour tout.

:-)
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0 #1 Lecteur dun soir 14-01-2018 09:02
Merci pour tout.
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proches boulimie anorexie horizontal2