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Bloquée dans un corps qui n’est pas le mien

Écrit par . Publié dans Troubles de la personnalité

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Nous sommes dans un groupe de thérapie. Tandis que quelqu’un vient de dire combien elle trouve sa voisine jolie, Clara rebondit pour dire à quel point elle se déteste physiquement.- « Je suis compllètement bloquée dans un corps qui n’est pas le mien. Ma relation avec les autres ça va, dans la vie ça va. Mais il y a une chose que je ne supporte pas, c’est de me regarder dans une glace. Chez moi, j’ai enlevé tous les miroirs. A l’extérieur, dès que je rencontre un miroir, c’est l’horreur. D’ailleurs je ne fais des boulimies que lorsque je me croise.»

Je m’aperçois qu’on ne peut pas à la fois se regarder vivre et vivre en même temps. Je crois qu’il faut choisir.

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«C’est une forme de narcissisme inversé que de ne pas s’aimer?» demande Aline, une autre participante du groupe.

- « Je croyais que le narcissisme, c’était quand on s’aime trop.» dit Clara.

 

Le narcissisme : se regarder tout le temps

- « Non », répond Aline « cela peut aussi être quand on se regarde tout le temps. On peut très bien ne pas s’aimer physiquement et en même temps ne pas en faire une maladie. Ne pas s’aimer, pour beaucoup de gens, n’est n’est pas nécessairement un problème : je crois qu’on est beaucoup à ne pas s’aimer.

Cela le devient si on se ruine le moral avec ça. Je connais une femme qui a du ventre. Elle en est contrariée et se désole à chaque fois qu’elle regarde cette partie de son corps qu’elle trouve totalement disgracieuse. Mais elle n’y pense pas le reste du temps et vit sa vie avec beaucoup de bonheur. »

L’éditorial de janvier 2007 faisait le lien entre l’addiction, la trop faible estime de soi et le narcissisme. Ceux qui ne s’aiment pas assez compensent souvent leur vide relationnel en se réfugiant dans l’alcool, la drogue ou la nourriture jusqu’à en devenir éthylique, toxicomane, boulimique.

Mais Clara précise qu’en tant que personne elle s’aime bien. Elle ne déteste que son apparence, son image dans le miroir. Elle se hait physiquement au point d’avoir besoin de prendre des anti-dépresseurs, au point de n’avoir plus envie de se lever le matin.

- « Le problème c’est que j’ai 15 kilos de trop à cause des boulimies. J’ai pas pu les perdre quand j’étais enceinte et maintenant je ne veux pas faire de régime parce que j’ai peur de me mettre en restriction et je suis complètement bloquée dans un corps qui n’est pas le mien".

Ses kilos, le reflet de son angoisse

Elle grossit, nous explique-t-elle, parce qu’elle mange trop alors qu’elle n’a pas vraiment envie de manger. Dans une certaine mesure elle considère que son corps n’est pas vraiment son corps mais le reflet de son angoisse.

La psy demande au groupe qui se reconnaît dans le discours de Clara. Tout le monde lève la main sauf deux personnes. La psy se tourne vers l’une des deux qui n’ont pas levé la main et lui demande comment elle se ressent par rapport au vécu de Clara . Celle-ci répond qu’elle ne déteste pas son corps parce qu’elle se sait très mince. Dans la mesure où elle est très mince et où elle correspond aux canons de la mode, elle ne se déteste pas. Elle ne se sent pas forcément dans le corps qui lui correspond le plus. Elle ne s’y sent pas très bien, il n’est pas totalement tel qu’elle se voit, mais ça ne la dérange pas plus que ça.La psy se tourne vers l’autre personne qui n’a pas levé la main. Celle-ci explique:

On n'a pas besoin de se plaire pour se sentir bien

- « Moi je ne me reconnais plus dans les propos de Clara, même si avant c’était le cas. En fait, je me rends compte qu’au début de ma thérapie, l’horreur absolue eût été de m’accepter comme ça, avec mes cinq kilos en trop. A la llimite il ne fallait pas que je « guérisse » parce que je ne voulais pas m’accepter avec ces kilos en trop. Et puis finalement, au fil de la thérapie, j’ai pris du relcul. J’ai arrêté de me pourrir la vie pour cinq kilos en trop. Donc maintenant ça va. Je ne dis pas que je me trouve super bien, mais, comme tu dis, Aline, on peut se sentir bien sans se plaire ». - « Tu n’as plus besoin de t’aimer physiquement » ? lui demande Clara.- « Un petit peu quand même », répond la jeune femme avec un sourire malicieux. «Mais moins qu’avant. La psychothérapie ne m’a pas changée totalement, mais elle a changé mes centres d’intérêts. Je n’accorde plus la même importance aux même choses. Avant, je me regardais beaucoup. Aujourd’hui, je regarde beaucoup les autres. Avant, j’étais repliée sur moi. Maintenant je prend un réel plaisir à échanger avec les autres. L’art de vivre disait François Mauriac, consiste à sacrifier une passion basse à une passion plus haute. Moi je n’ai rien sacrifié et je ne sais si mes passions d’aujourd’hui sont plus « hautes » que celles d’hier mais je m’aperçois qu’on ne peut pas à la fois se regarder vivre et vivre en même temps. Je crois qu’il faut choisir.»

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