Un homme boulimique contacte un psy

Écrit par . Publié dans Sur la thérapie

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Un homme boulimique...

Un homme téléphone dans un centre de psychothérapie de groupe spécialisé pour les personnes qui ont une addiction alimentaire. Il demande comment se passent les séances, quels sont leurs tarifs. Il s’inquiète de savoir s’il y a aussi d’autres hommes. Il s'entend répondre que l’addiction à la nourriture touche les hommes comme les femmes mais que ce sont surtout ces dernières qui sont en demande de thérapie. De fait, dans les groupes, les hommes sont moins nombreux. Il hésite à s’inscrire parce que, dit-il, un groupe constitué principalement de femmes serait pour lui une énorme difficulté qu'il ne se sent pas capable d'affronter.


La psy lui répond qu’elle peut essayer de lui proposer un groupe où il y a déjà un ou deux hommes. En même temps, lui précise-t-elle, que l'on soit un homme ou une femme, que l'on ait 14 ou 70 ans, chacun trouve dans le groupe une opportunité extraordinaire à recevoir les réactions authentiques des autres à son propre comportement. Ce faisant il peut cibler ce qui est problématique dans sa personnalité. Les contenus du discours en eux-mêmes sont moins importants que la trame émotionnelle qui les sous-tend. Quel que soit l’âge et le sexe des participants, même si les centres d'intérêt de chacun sont différents, ce sont les processus de communication (communication avec soi-même et communication avec les autres) qui permettent de différencier les aspects pathogènes dans la personnalité de chacun: tendance à fuir ou à agresser lorsque l’autre n’est pas d’accord, besoin de plaire à tout prix, peur du rejet, tendance à maltraiter les autres sans s’en rendre compte —alors qu’on se pense maltraité par les autres— tendance à renier ses besoins, ses envies… Dans la mesure où l’animal humain ne peut être vraiment lui-même que face aux autres, en travaillant sur le relationnel on développe sa propre identité, on apprend à s’affirmer et on construit progressivement de l’estime de soi.

Alors, et alors seulement, diminueront les angoisses profondes qui poussent à la contrainte d’une addiction compensatoire.

En effet, c’est en osant se montrer dans les groupes tel qu’on est qu’on peut observer ses propres processus pathogènes et que l’on peut réussir à se débarrasser assez rapidement de l’addiction à la nourriture. Celle-ci n’est là que pour échapper à l’angoisse de se sentir inadapté à la vie malgré une intelligence parfois hors du commun. Ce que l'on ressent vis-à-vis des autres participants, les peurs vis-à-vis de certains, la colère vis-à-vis d'un ou d’une autre, un sentiment d’affinité… tout cela rassemble de précieux indicateurs dans ce qui est fondamental à être corrigé chez soi ou au contraire à être renforcé. Que l'on ait beaucoup souffert dans son enfance, ou au contraire que l'on se soit senti très heureux jusqu'à l’adolescence, chacun tente de repérer au travers de ses propres réactions émotionnelles —qui en disent beaucoup plus long que les discours conscients— quelles « casseroles » il traîne dans le présent, « casseroles » qui appartiennent à son passé mais qui l’empêchent de vivre en paix avec lui-même et avec les autres et le contraignent à la « solution » d’une addiction.

« Oui », dit l’homme au téléphone, mais il n’empêche que ça lui paraît quasiment insurmontable d’être confronté à une majorité de femmes dans un groupe de thérapie. A quoi la psy lui répond que l’objectif d’une psychothérapie c’est justement de sortir de sa zone de confort afin de perdre ses repères pour pouvoir en trouver de nouveaux. Il en convient. Il n’est malgré tout pas sûr de réussir à affronter ses peurs. Pourtant il a envie de tenter l’aventure parce qu’Il s'est déjà engagé dans plusieurs psychothérapies sans résultats sur son addiction alimentaire. « Je viendrai avec mon clone ! » lance-t-il, « afin de me sentir moins seul ». La psy lui répond que de toute façon il sera deux : son conscient et son inconscient. Il le reconnaît et semble s’en amuser. Pas besoin de clone !

L’histoire de cet homme peut nous faire penser que, de toutes façons, on n’est jamais seul face au psy dans une thérapie, même individuelle: on affiche son Ego (la personnalité que l’on pense avoir et que l’on veut montrer aux autres) tandis que se dévoilent progressivement les aspects de quelqu’un qu’on ne connait pas encore: son vrai soi. Le vrai soi c’est à dire ses vraies envies, bien cachées sous les fausses croyances… Chaque fois qu’on laisse parler et agir son Ego au dépend de son moi profond, on reste dans le convenu et on refoule trop souvent ses élans authentiques. C’est de là que viennent les symptômes.

Un symptôme, comme nous l’a appris Freud, est un acte symbolique qui remplace et permet d’exprimer ce que l’on pense être dangereux. Les élans authentiques peuvent paraître dangereux au sens où ils pourraient déplaire aux autres et nous condamner à la solitude. On préfère trop souvent y renoncer. La solution pour échapper aux symptômes n’est pas de renoncer à ses élans mais d’apprendre à les exprimer avec des formes, c’est-à-dire en tenant compte de la susceptibilité des autres et de leurs besoins. On a le droit d’être qui on est, de même que l’autre aussi a le droit d’être qui il est.

Le symptôme d’addiction est une manière d’entrer en fusion avec la personne nourricière de la petite enfance, que l’on souhaiterait encore et toujours disponible. Il sert à apaiser les angoisses trop intenses du côté bébé de notre personnalité qui n’a pas évolué sur le plan affectif. Pour se libérer de l’addiction la solution consiste à apprendre à devenir soi sans avoir besoin de s’accrocher à quelque chose ou à quelqu’un (par exemple dans le cas des passions amoureuses). En ce qui concerne l’addiction à une subtance qui perturbe le jugement et les capacités d’analyse et de compréhension (alcool, drogue…) un sevrage préalable est nécessaire. Ce qui n’est pas le cas pour l’addiction alimentaire.

Dans une thérapie de groupe pour des personnes qui ont des troubles de la personnalité tels qu’ils ne peuvent pas vivre sans une addiction, on apprend à écouter ses élans, les exprimer, leur trouver une forme acceptable —qui n’est destructrice ni pour soi ni pour les autres. Chacun est libre d'être ce qu'il est, de dire ce qu'il dit, de faire ce qu'il fait, à condition que ce soit dans une forme de respect, impliquant obligatoirement le non-jugement. Non-jugement des autres et aussi non-jugement de soi.

Apprendre à être libre, sans se demander ce que l'autre va penser, sans l'agresser ou sans le fuir, est une manière efficace pour se débarrasser de ses « maladies » psychosomatiques, comportementales ou mentales.

Une psychothérapie permet de repérer ce qui vient de son Ego ou ce qui vient de son vrai soi. On apprend à distinguer ce qui vient du construit en réactions à ses peurs et à ses frustrations d’enfant de ce qui vient de ses vrais élans. L’idée rejoint celle des bouddhistes : jeter son Ego aux orties afin de ne s’occuper que de vers quoi on a vraiment envie de tendre. Les psychothérapies, chacune avec sa propre méthode, permettent en devenant authentiquement soi-même, de se libérer de ses symptômes envahissants.

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Commentaires  

 
0 #1 Aurél 12-06-2017 13:17
Merci pour votre article, je me reconnais complètement dans ce côté hypersensible et dans la relation avec les autres. Je me sens souvent incomprise , seul et abandonné . J'ai souvent du mal à trouver ma place parmis les autres ( soit je suis à l'écart ou alors je parle vite et monopolise la parole et je fais en quelque sorte un monologue intérieur surtout quand je suis angoissé et que j'ai pas confiance et que j'ai peur de déplacement ...). Le fait de prendre conscience de mon hypersensibilit é m'aide à prendre du recul et aussi m'aide à travailler sur moi même pour être plus authentique mais aussi être plus respectueuse et tenir compte du besoin et de la différence de l'autre qui est un autre être différencié de moi même. Mais je me demande si cette problématique relationnelle et cette angoisse est relié au fait que ma mère a été très angoissé quand j'étais bébé du fait de mes problèmes de santé bébés j'ai dû être hospitalisé plusieurs fois , et donc cela réactiverait mon angoisse et le sentiment d'abandon dû fait de la séparation précosse avec ma mère? Je trouve aussi que j'ai tendance à suivre le même fonctionnement relationnelle de ma mère quand je suis stressée et très angoissé ,à savoir que je fais les questions et les réponses et que je ne laisse pas la place à l'autre de parler. En tout cas le fait de savoir ça , me permets de mieux comprendre mon fonctionnement , d'accepter certaines de mes réactions extrêmes de pouvoir travailler sur moi, car la prise de conscience m'aide à travailler sur moi et surtout ma relations aux autres.
Merci encore pour cet article et votre site qui m'ont permis de faire un travail sur moi et de moins souffrir . Je connais votre site internet depuis 2010 et m'a permis de savoir sur quoi travailler pour diminuer mon mal'être et diminuer mes crises de boulimie . Il m'arrive encore de trop manger ou de faire des crises mais j'ai remarqué que l'obsession de la nourriture et mon impulsivité et et les quantités ingérés ont nettement diminué quand j'étais vraiment moi même et authentique et authentique avec les autres tout en les respectant.