Ma fille ne veut plus se soigner

Écrit par . Publié dans S'en sortir

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Suite de l'édito d'août 2017

– Pourquoi le psychiatre veut-il la ré hospitaliser ? demande la psychologue. Se fait-elle vomir, est-elle très maigre, a-t-elle une carence en potassium ?

– Non, répond la mère.

– Le psychiatre craint peut-être une tentative de suicide ?

– Je ne sais pas dit la mère. Mais ma fille refuse. Elle ne croit plus qu’elle peut s’en sortir…

La psy reconnaît que, de toutes façons, l'hospitalisation ne la guérira pas de sa boulimie, puisqu'elle ne traite pas le problème d'identité sous-jacent à l’addiction. Aujourd’hui les psychiatres se rendent compte qu’il y a un trouble de la personnalité chez les personnes qui ont une addiction alimentaire sévère, mais ils n’ont pas mis en place une psychothérapie ajustée à ce type de personnalité qui ne peuvent pas vivre sans une addiction.

La mère demande à quoi ressemblerait une psychothérapie ajustée au type de personnalités qui ne peuvent pas vivre sans une addiction.

Cela peut se faire avec un psychanalyste en individuel, et encore plus efficacement en groupe, répond la psy. Le principe de cette thérapie est qu’elle est principalement centrée sur la confrontation : le psy se place lui-même dans une posture d'égal à égal (et non de soignant à malade). Il joue lui aussi « cartes sur table ». Le patient peut ainsi se confronter à une réalité relationnelle plus objective rendant ses peurs, ses attentes, sa violence sans fondement. Ainsi il peut identifier ses dysfonctionnements relationnels et par l’expérimentation dans la situation thérapeutique, trouver les petits bouts de lui-même qu’il ne voyait pas. On ne peut apprendre à devenir soi-même que face à l’autre et en particulier à quelqu’un qui se montre lui aussi tel qu’il est.

Une personne qui fuit dans l’addiction, c’est une personne qui se sent perdue dans un monde qui lui paraît tantôt hostile, tantôt dangereux. C’est de cela dont il faut se sortir. En structurant sa personnalité, en s’affirmant et en trouvant suffisamment de stabilité en soi-même pour gagner une caractéristique indispensable pour son équilibre : l’estime de soi.

La mère comprend bien ce que lui dit la psy. Intuitivement, connaissant sa fille elle sent bien que la piste proposée est judicieuse. Mais elle dit que sa fille ne veut plus aller voir de psy parce qu’à chaque fois elle a été déçue.

La psy propose à la mère de montrer le site boulimie.fr à sa fille afin que cette dernière puisse, grâce aux nombreux articles, mais aussi aux lectures recommandées, ainsi qu’aux vidéos de témoignages, comprendre le problème de fond qui engendre sa boulimie. Si elle comprend que son addiction lui vient d’un problème d’identité, et si elle apprend que celui-ci peut se résoudre par une psychothérapie existentielle (telle que la psychanalyse, idéalement de groupe ou familiale1 la propose), elle fera déjà un premier vrai grand pas.

La mère remercie la psy pour toutes ces informations. La psy conclut avec des propos rassurants : « Ne désespérez pas. Votre fille est au plus mal à cause d’une hypersensibilité probablement de naissance qui a freiné sa construction identitaire, mais quand elle apprendra à être à l’écoute d’elle-même tout en étant à l’écoute des autres, elle se sentira enfin dans sa peau, sur terre, et son hypersensibilité ne sera plus un vecteur pathologique mais au contraire une richesse, tant pour elle-même que pour son entourage».

Et comme Charlie Chaplin reprenant les propos de  Kim et Alison Mc Millen le jour de son 70ème anniversaire, elle pourra dire elle aussi :

« Le jour où je me suis aimé suffisamment1,
j’ai compris qu’en toutes circonstances,
j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle estime de soi.

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal 
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle authenticité

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai cessé de vouloir une vie différente,
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue 
à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle maturité.

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation, 
ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien 
que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts, 
et que ce n’est pas le moment.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle respect.

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai commencé à me libérer de tout ce qui ne m’était pas salutaire :
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait ça de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle amour-propre.

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire des grands plans.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime, 
quand ça me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, j’appelle ça simplicité.

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai cessé de chercher à toujours avoir raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert l’humilité.

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois, et ça s’appelle plénitude.

Le jour où je me suis aimé suffisamment,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.

1 La traduction française et « Le jour où je me suis aimé pour de vrai ». Mais en tant que psy, n’étant pas convaincue que l’on peut s’aimer soi-même « pour de vrai », je suis alllé voir la traduction des auteurs de ce texte et en anglais les mots « When I Loved Myself Enough » sont à traduire par « Quand je me suis aimé suffisamment ».

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Commentaires  

 
0 #2 Myriam 22-07-2017 17:06
Merci pour ce dernier edito. Je connaissais ce texte de Charlie Chaplin que je trouve tres beau aussi. Selon ma version anglaise "As I began to love myself" cela se traduirait, Quand j'ai commence a m'aimer...Je voulais juste comprendre votre phrase, en tant que psy, pas convaincue que l'on peut s'aimer soi-meme. Vous avez peut-etre raison mais pourquoi tant de therapies disent qu'il faut apprendre a s'aimer et puis tout ira mieux?
 
 
0 #1 Auré 14-07-2017 15:53
Merci pour votre article et vos conseils de lecture qui permettent de travailler sur nous même et d'aller vers la guérison de la boulimie.
D'ailleurs j'ai lu ce moi çi le conte "Cœur de Cristal " de Frédéric Lenoir dont j'aprécie l'auteur pour ses réflexions philosophiques. J'ai trouvé ce conte / fable philosophique très émouvant ( j'ai même pleuré à certain passage ) car il évoque l'amour , les séparations d'avec ceux qu'on aime ou de ceux qu'on a aimé , c'est vrai qu'il n'est pas facile de réouvrir son coeur après une blessure , mais en restant le coeur fermé on passe à côté de la vie et de l'amour , même si l'amour peut nous faire souffrir et nous faire faire des gestes qu'on regrette qui pourrait être fatal ... Mais justement pour éviter d'être emporté par nos émotions, la raison ( cerveau préfrontal ) devrait aussi être relié pour pas trop souffrir et éviter que l'amour nous fasse perdre la raison ?
Et concernant les personnes qu'on aime et qui ne sont plus sur cette terre ici bas , le mieux pour éviter la souffrance du manque , est comme dans le livre "Coeur de Cristal " c'est que l'être cher reste dans notre coeur à tout jamais et c'est vrai , je l'ai expérimenté , qu'on ressent notre coeur vibré à la beauté du monde !