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Se plaindre ou avancer

Écrit par . Publié dans La part de soi

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Est-il besoin de faire la liste de nos souffrances d'enfant pour comprendre nos difficultés d'aujourd'hui?Certains le pensent encore et passent des années sur le divan et/ou en psychothérapie à tempêter contre leur mère ou leur père sans que cela ne réussisse vraiment à enrayer leur mal être présent. Après avoir passé trente ans en analyse, Emma se lançait à présent dans une thérapie de groupe pour essayer de résoudre ses problèmes de boulimie.>

Pour sortir d'une dépendance, quelle qu'elle soit, que ce soit à un produit, à une action ou à la nourriture, il faut grandir mentalement et sortir de l'illusion que l'autre nous doit tout.

Professeur à l'université, veuve, bientôt à la retraite, la soixantaine plutôt silencieuse et sombre, elle ne prenait la parole dans les groupes que pour exprimer son dépit de n'avoir pas été aimée par sa mère, d'avoir été méprisée par son mari et d'être aujourd'hui totalement ignorée par ses enfants .Ses trente ans d'analyse l'ont probablement aidée à mieux supporter sa solitude, mais ne lui ont étonnamment pas permis de dissiper sa rancœur vis-à-vis de ses proches. Pas plus que ne le fera plus tard sa thérapie de groupe.

A plus de soixante ans elle continuait d'en vouloir à sa mère

Peu lui importait les raisons pour lesquelles sa mère n'avait pas été nourricière avec elle. Peu lui importait aussi celles pour lesquelles son mari ne l'avait pas respectée. Malgré son corps vieillissant, sa réussite sociale, ses longues années d'analyse et son courage d'entreprendre une thérapie de groupe, Emma voulait que sa boulimie s'en aille sans pour autant se remettre en question ni chercher à comprendre pourquoi elle était rejetée depuis toujours. A plus de soixante ans elle restait encore, dans sa tête, une enfant en mal de reconnaissance, déçue par les différentes personnes qui avaient jalonné sa vie affective.

A l'encontre d'Emma, Laurence, la jeune femme qui témoigne aujourd'hui dans la rubrique des personnes boulimiques qui s'en sont sorties, a compris l'inutilité de rester cramponnée à son rôle de victime.

Très vite, face aux autres, dans les groupes, elle à pu se confronter à sa solitude, mesurant à la fois combien elle était seule et découvrant du même coup combien le fait d'être seule allégeait sa vie relationnelle.

Pour Laurence, la psychothérapie a coupé le cordon

"Quand tu comprends que tu es seule, tu n'attends plus rien des autres et tu n'es plus déçue de ce qu'on ne te donne pas. Tu te sers quand tu as besoin de quelque chose et tu l'obtiens quand tu veux, comme tu veux, exactement tel que tu en as besoin. Les relations, la vie deviennent faciles et agréables.."

Elle aussi avait beaucoup de rancœur contre sa mère jusqu'au jour où elle a compris que cette dernière était seule elle aussi, limitée et faillible… comme tout le monde .

"Une pomme est une pomme est une pomme » dit-elle « et ma mère au fond est ce qu'elle est. Elle a cru bien faire. Aujourd'hui j'ai compris et admis que je pouvais exister sans que mes parents m'approuvent et sans me préoccuper de leurs attentes. Ça a commencé à aller bien quand j'ai arrêté de tout leur raconter. Je ne leur ai plus permis de s'occuper de moi et de s'ingérer dans tout ce que je faisais. J'ai compris que j'avais ma propre vie et qu'ils avaient la leur. "

Laurence était une enfant difficile, rebelle, jamais contente, boudeuse. Elle en voulait à ses parents d'être ce qu'ils étaient. La thérapie lui a permis de leur pardonner d'être différents de ce qu'elle voulait qu'ils soient .

" Maintenant, le « cordon » est coupé. On a une relation saine, on ne fait que rigoler. Il n'y a plus rien de lourd. Je peux appeler ma mère « ma petite maman chérie » et elle peut m'appeler « ma petite Lolotte » ! On se fait des parties de crêpes, des parties de pancakes. On s'éclate, on se fait des câlins. "

Laurence de conclure : « admettre qu'on est seul permet finalement de ne rien attendre des autres et de les aimer vraiment pour ce qu'ils sont. Peut-être est-ce cela grandir.

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