| Imprimer |

Incroyable, tout peut changer

Écrit par . Publié dans La part de soi

1 1 1 1 1 3.4 Stars / 8 Ratings

mars2017Les fêtes de fin d’années n’ont pas eu le même goût amer que les années précédentes pour V. une participante d’un groupe de thérapie existentiel qui en est environ à mi parcours de son cursus thérapeutique. Sur le forum des participants du groupe, elle écrit :

« Je ne peux pas m'empêcher de poster ce message. Pour la première fois j’ai vraiment profité des fêtes de fin d’année et je sais que ça a à voir avec ma thérapie de groupe.1 La derniere séance était tellement intense, tellement folle, tellement drôle, tellement surprenante ! Beaucoup de participants, dont moi, se sont mis à pleurer les uns après les autres et à rire aussi. C'était surréaliste. Je n'ai pas les mots, juste l'émotion! 

C’était vraiment incroyable. Hallucinant. Le jour où j'ai quitté le divan de mon ancienne psychanalyste pour tenter une thérapie existentielle, je ne croyais plus en rien. Je n'étais qu’un noeud de souffrance. Quelle superbe décision j'ai prise, moi qui ai spontanément tendance à fuir les autres bien qu’on me pense extravertie !.

Le plus dur ça a été d'être authentique devant tout le monde, de parler, d’oser tout dire. J’avais peur de blesser, d’être ridicule. D’ailleurs pendant plusieurs groupes je n’ai presque rien dit.

Depuis ma dernière séance (j’en suis à six mois de thérapie), je suis paumée, triste et joyeuse à la fois, rassurée, apeurée, regonflée, vide mais tellement vivante ! Les gens, pendant les fêtes, m’ont perçue différemment. Avant je ne pensais qu’à la bouffe. Cette fois, j’ai encore largement abusé, mais je me suis vraiment amusée, j’ai pas fait semblant. C’est la première fois que je me sens exister parmi les autres. J’ai encore des sacrés freins, mais je suis sur ma lancée... J'y suis! Bref WAOUH!»

Si V. n’avais pas travaillé en thérapie de groupe sa relation aux autres participants, elle n’aurait sans doute pas réussi à profiter des fêtes. Pour se détendre, comme d’habitude, pour ne pas ressentir son vide intérieur, elle aurait bu beaucoup de champagne, elle se serait arrangée pour faire le pitre, pour étaler ses connaissances, histoire de montrer combien elle est concernée par la planète et l’environnement. Cela aurait peut-être fait illusion mais en vrai, elle n’aurait pensé qu’à manger et surtout elle n’aurait pas réussi à être elle-même.

Depuis la création de boulimie.fr il y a une quinzaine d’années déjà, les nombreux articles parus tentent d’expliquer à quel point les personnes boulimiques anorexiques ressentent un vide, de l’angoisse et de l’ennui lorsqu’elles ne sont pas « occupées » par une action qui les passionne. Pour ne plus avoir besoin d’une addiction il leur faut changer leur point de vue sur le monde, sur soi et sur les autres. Parfois les rencontres de la vie aident à changer, mais bien souvent ce n’est pas suffisant pour se sentir complètement habité par soi-même. Une psychothérapie ajustée aux types de personnalités qui ont tendance à se replier sur soi, c’est-à-dire une psychothérapie existentielle, peut beaucoup pour libérer ces personnes de l’addiction, aussi sévère soit-elle, mais aussi de leur perception enfermante d’elles-mêmes et des autres.

Ce jour-là, le groupe tirait à sa fin. Claire en était plus ou moins au même point : elle continuait à se sentir nulle et inintéressante. Pourtant, quand à la fin du groupe la thérapeute demande à chacun quel a été son moment fort, agréable ou désagréable, Noémie, quand vient son tour, se surprend à dire, sans réfléchir: « C'est mon huitième groupe et malgré cela je n'arrive pas à parler, et encore moins pendant les pauses repas. Mais si j'avais réussi à m’exprimer, je serais allée vers Lisa pour lui dire combien je la trouve sympa. » La thérapeute lui propose alors l’occasion de créer « du nouveau ». Elle l’invite à se lever, à aller vers Lisa, à s’approcher tout près, à lui prendre les mains et à lui dire, les yeux dans les yeux qu’elle la trouve sympa.

Qu'est-ce qu'une psychothérapie existentielle ? Dans ce genre de thérapie, l'idée n'est pas de raconter sa vie pour dire tout ce qui ne va pas. L'idée c'est d'entrer en communication avec le psychothérapeute (et avec les autres participants du groupe s’il s’agit d’un groupe) sans chercher ses mots, sans essayer de dire des choses intelligentes, en laissant simplement venir ce qui vient.

Si on accepte de cesser de réfléchir, si on accepte de cesser de se fier à ses pensées, pour uniquement dire ce qu’on ressent, tout naturellement on retrouve ses difficultés d'être face à l'autre (le psy et les participants du groupe si on a choisi le groupe). On est alors confronté à sa peur d'être jugé, à son agressivité, à son envie de fuir lorsqu’on a l’impression de déplaire. Mais cette fois ce sera différent. Il y aura en quelque sorte un projecteur sur ce que l’on fait et un « arrêt sur image » ce qui permettre d’expérimenter une autre manière de voir et de ressentir.

Dans une telle expérience, il vous sera demandé ce que vous ressentez. Tout naturellement on a tendance à ressortir ses schémas négatifs habituels. « Je me sens transparent », « je me sens nul », « je me sens beaucoup moins bien que la personne à qui je m'adresse », « j'ai l'impression que la personne en face me juge avec mépris », etc. Mais très souvent, lorsqu'il sera demandé à votre interlocuteur de dire à son tour ce qu'il ou elle ressent, on sera surpris de constater que l’autre nous accepte telle que l’on est réellement.

La répétition de ce genre de situation permettra d’acquérir de la confiance en soi car il est très difficile d'avoir un discours authentique en allant au devant des gens. On aura également une meilleure connaissance de qui on est et de comment percevoir ceux qui nous entourent sans faire de projections négatives ou idéalisantes.

C'est cela que l’on rencontre dans une psychothérapie existentielle. On apprend à être soi-même face à l'autre sans peur et sans agressivité. On apprend également à accepter l'autre tel qu'il est face à soi, sans vouloir le changer.

L'acquisition d'une véritable écoute tolérante vis-à-vis de soi-même et aussi vis-à-vis de l'autre est ce qui donne la confiance et l'estime de soi. On se sent quelqu'un de bien quand on se fout la paix et quand on fout la paix aux autres. Et quand on se sent quelqu'un de bien, on n’a plus autant d'angoisses qu'auparavant. On a simplement le tout petit peu d'angoisse qui est salutaire pour s'ajuster aux difficultés potentielles de la vie de tous les jours.

Un tel travail sur soi, en diminuant considérablement les angoisses profondes, rendra l’addiction désormais inutile, car son rôle était de les apaiser pour réussir à vivre.

Il est possible que votre fin d’année 2017 soit différente pour vous aussi si vous prenez le risque d’entamer une thérapie existentielle qui vous aidera à trouver le plaisir de vivre parmi les autres. Peut-être aurez-vous encore pendant quelque temps des boulimies, mais ce ne seront sans doute plus les mêmes : elles n'auront pas la même intensité, elles n'auront pas la même fréquence, et vous ne penserez plus votre vie exclusivement en terme de nourriture. Comme le dit Philippe Jeammet dans l’extrait vidéo d’une conférence qu’il a faite en 2010, on est guéri quand on n’est plus prisonnier de la nourriture mais aussi de tous les schémas qui nous enferment et qui nous empêchent de communiquer paisiblement avec les autres.

PS: Sur boulimie.fr vous trouverez plusieurs articles sur:
Comment trouver un psychothérapeute sachant traiter une personne qui est prisonnière d’une addiction.
Comment réussir à échouer sa thérapie
.. et la part qui vous incombe dans une psychothérapie pour être sûr de la réussir.

______________

1  Il ne s’agit pas d’un groupe de parole mais d’un groupe de psychothérapie dont les séances sont suffisamment longues pour pouvoir travailler sur les problèmes d’identité au travers de la manière dont on communique avec l’autre.

Partagez l'article sur:

FacebookTwitter