L'addiction, pour se sentir vivant

Écrit par . Publié dans Troubles de la personnalité

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edito-octobre-2016Il arrive que ceux qui ont une addiction sévère souffrent également de phobie sociale. Mais ce n'est pas le cas de la grande majorité.

La plupart de ces personnes semblent au contraire très à l'aise dans leur environnement amical et professionnel et passent souvent pour des gens super-équilibrés. Ils séduisent par leur charisme, leur humour, leur façon de jouer avec les mots, leur capacité à entreprendre, et l'on se tourne tout naturellement vers eux lorsqu'on a besoin d'un conseil ou de mettre en place un projet. Mais s'ils sont charismatiques sous les projecteurs de la vie sociale, ils s'assombrissent totalement lorsqu'ils sont seuls avec eux-mêmes ou dans leur cadre familial.

Sans quelque chose à faire, sans un projet qui les passionne et les met en mouvement, ils ne se sentent plus rien, ils ne savent pas quoi faire de leur peau. Lorsqu'ils vivent en famille ou en couple ils ont du mal à s'engager dans les activités quotidiennes communes. Tantôt ils sont « absents », laissant leur proches communiquer entre eux, tantôt ils sont rigides, envahissants, difficiles à vivre parce qu'hypersensibles et très exigeants, au sens où un rien les contrarie, au point de bouleverser leur vie relationnelle. Centrés sur eux-mêmes, non par égoïsme ni par amour de soi mais pour se protéger de tout ce qui est susceptible de les agresser dans leur environnement, ils sont souvent repliés sur eux-mêmes pour ne pas être déçus, ou pour ne pas décevoir.

Mais le repli sur soi ne leur évite pas l'agitation intérieure qui les met dans un état de tension insoutenable. Une tension qu'ils supportent du matin au soir mais qui, au bout d'une moment, a besoin de se relâcher. Et c'est justement là que se trouve le problème de ces personnes qui ont une addiction sévère. Ils n'ont pas les moyens par eux-mêmes de lâcher la pression. Il leur faut un exutoire extérieur puissant. Pour certains c'est la nourriture ou l'alcool, pour d'autres des drogues ou des activités à risque : tout ce qui peut permettre d'échapper à leur vie, de se sentir enfin habités par quelque chose, enfin sans pression, enfin détendus.

Tout l'enjeu d'une psychothérapie, pour ces personnes qui n'ont pas en elles-mêmes les ressources pour se sentir exister sans souffrance mentale, ce n'est pas de chercher, comme dans une psychothérapie classique, les évènements et les conflits qui sont à l'origine de leur mal-être. Leur souffrance en effet est telle qu'elles ont besoin d'aller vite et de comprendre sans attendre ce qui en elles les empêche de ressentir la vie autrement que lorsqu'elles sont « shootés ». Sans revenir sur le passé, l'enjeu du travail dont elles ont besoin est de se confronter dans la relation humaine à ce qui leur fait peur, et surtout d'apprendre à se laisser guider par ce qui leur plaît et ce leur déplaît pour réveiller la partie d'elles-mêmes inanimée et sans laquelle elles n'ont pas n'avait pas, malgré tous leurs talents, le sentiment de leur identité.

L'addiction c'est pour se sentir vivant. Mais quand on découvre dans une psychothérapie en quoi on n'est pas tout à fait vivant et comment on peut se donner les moyens de l'être enfin, l'addiction devient très vite un vieux réflexe qui disparaît progressivement avec le temps.

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Commentaires  

 
+1 #2 SophieB 12-11-2016 16:16
Merci, ce texte donne des clés en nous rappelant quel est le fond du problème. Ce n'est pas la dépendance, c'est ce quelque chose d'inanimé au fond de soi.
Savoir cela, ça m'allège d'un poids. Car je sais ce qu'il me reste à faire.
 
 
+2 #1 maya 10-10-2016 04:30
Bonjour

Merci encore pour ce texte si clair et porteur d un message existenciel qui me touche. L addiction est tellement douloureuse mais la combatre est ma mission de vie, et je suis heureuse de pouvoir trouver un site si complet que je peux lire quand je veux.
Merci encore pour ces messages sauveurs.