Un vide ou un trop plein

Écrit par . Publié dans Articles sur la boulimie

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mars 2015

Lors d’une émission radio, sur Europe 1, le Professeur Philippe Jeammet, spécialiste de l’anorexie, répondait aux questions d’une journaliste pour commenter le témoignage en direct d’une femme de 48 ans qui avait souffert de boulimie et qui s’en était sortie.

Le matin la journée me semblait invivable, insupportable, je ne savais pas si je pouvais la finir

Après trente ans de silence, de peur, de honte et de boulimies, quand la journaliste lui demande si, depuis sa thérapie (terminée depuis deux ans), elle est plus heureuse qu'avant, elle répond: "JE SUIS HEUREUSE !. Je n'avais pas été heureuse avant. J'ai découvert une vie apaisée, avec la confiance; je sais ce que je vaux, je connais mes points faibles, mais je sais aussi quelles sont mes qualités, je n'ai plus peur de la vie, j'y ai ma place et je n'ai plus un gouffre sous mes pieds.

Avant, quand je me levais, il fallait que j'enjambe un gouffre qui se creusait au fur et à mesure de la journée. Le matin la journée me semblait invivable, insupportable, je ne savais pas si je pouvais la finir. Or maintenant je suis contente d'avoir une longue journée devant moi. J'y mets ce que moi je suis. Je n'ai plus d'angoisse. "

Un appétit d'autre chose

Selon Philippe Jeammet, la boulimie est un appétit d'autre chose que de la nourriture avec de grandes envies, de grandes attentes affectives et une mauvaise image de soi.Ce qu'attendent les personnes boulimiques, nous dit-il, c'est un plaisir fusionnel avec l'autre. Elles ne réussissent pas à trouver la bonne distance avec ceux dont elles ont tant besoin. Comment être proche et s'abandonner sans disparaître dans l'autre, sans tomber dans la dépendance ? Il y a la force des désirs, mais aussi celle de la frustration et plus on est frustré, plus le désir paraît immense et incontrôlable. Alors on mange avec avidité, comme pour trouver dans la nourriture ce besoin de fusion qu'on ne réussit pas à trouver dans la relation humaine.

"Ce n'est pas RIEN, la boulimie", nous dit encore Philippe Jeammet, " ce n'est pas le VIDE c'est un TROP PLEIN", nous dit-il. C'est l'excès des attentes, la violence des envies, l'intensité des désirs, l'écart entre l'envie et une réalité qui déçoit. La déception qui crée ce sentiment de vide, avec une férocité de l'appétit, une rage, et l'enfermement, propres à la toxicomanie. On s'enferme dans le produit ou dans le comportement alors que la solution ne peut venir que du lien, de la rencontre avec l'autre".

Trop plein d'envies...

"Il faudrait pouvoir déplacer ce que l'on vit avec la nourriture sur la relation amoureuses ou affective", dit-il encore, mais ce n'est pas possible parce que la rage empêche les boulimiques de vivre dans la relation. La rencontre les effraie en même temps qu'elle les tente, parce qu'elles ne se sentent pas à la hauteur, parce qu'elles ont peur d'être déçues, parce qu'elles ont peur du trop d'intensité de leur sentiments...
Plus on est frustré , plus le désir paraît immense et incontrôlable. Et c'est cet engrenage, ce cercle vicieux, qu'il faut rompre en recréant des liens tolérables avec les autres. Ceci suppose tout un travail sur les limites. Le Professeur Philippe Jeammet propose donc de faire un travail sur la rage et les limites pour aider les boulimiques-anorexiques à créer des liens tolérables avec les autres.

Il s'inscrit dans un schéma psychanalytique classique, la boulimie serait donc une conduite pathologique qui relève d'un "trop plein" d'envies.

... ou trop plein de vide ?

Mais ont-elle un "trop plein d'envies" comme il nous le suggère ou un "trop plein de vide" comme nous le laisserait plutôt entendre un autre psychanalyste dont nous vous avons souvent parlé dans boulimie.fr: Winnicott? En parlant d'envies, de désir, de plaisir, Philippe Jeammet s'inscrit dans une pensée psychanalytique classique : tout est lié au complexe d'oedipe, à la sexualité. Et si la boulimie était la manifestation d'une personnalité pré-oedipienne ? Et si  Winnicott avait raison ?Si les personnes boulimique-anorexique n'en étaient pas encore à l'envie mais beaucoup plus basiquement au besoin. Si elles n'avaient simplement besoin que d'une chose : qu'on les prenne dans les bras comme un tout petit enfant pour les consoler de leur vie, pour les rassurer ?

A les écouter attentivement, elles semblent plutôt vides de leur identité qu'elles n'ont pas réussi à construire, elles ne se sentent pas exister, elles n'existent pas encore tout à fait. Elles semblent vides d'un univers personnel qui leur permettrait de troquer leurs besoins de bébé contre des envies d'adulte.

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Commentaires  

 
+2 #4 Mila 23-03-2015 21:55
Bonsoir... voilà j'aurais pu écrire ce que vient d'écrire Marie-José, à quelques miettes près...
Et même à mon travail, je lâche, tout se fissure...
Pleurer en mangeant, manger en pleurant, mais répéter comme un automate à qui veut l'entendre "oui, ça va, merci..."....
 
 
+3 #3 Marie - José 23-03-2015 05:58
Merci pour cet article qui comme beaucoup d'autres que vous publiez fait mouche chez moi. Celui-ci davantage encore parce qu'il met en lumière le parcours d'une femme dont l'âge se rapproche du mien.
A la différence, notable cependant et non des moindres, que j'ai 54 ans et que je suis toujours boulimique depuis que j'ai 17 ans. Si je n'ai pas encore réussi à m'en sortir, j'ai néanmoins beaucoup progressé dans la connaissance de ma maladie . Je vous le dois bien plus qu'aux nombreux thérapeutes qui ont émaillé mon parcours mais qui étaient loin de la connaissance aussi fine de la boulimie que vous vous faites partager. En cela vous êtes une très précieuse balise pour moi.
Cet article pointe et soulève le problème du vide et du plein chez les boulimiques. Doit-on parler d'un trop plein d'émotions mal assumées ou pas du tout assumées ou d'un vide sidéral comblé par la nourriture ?
Comme toujours dans un raisonnement et selon mon expérience de boulimique accomplie, je dirais que les deux sensations se côtoient en permanence et s'affrontent. Oui je me sens vide de volonté par rapport aux gens "normaux", non boulimiques, je me sens vide d'authenticité, d'actions et de normalité, de banalité oserais-je dire. Mais je me sens pleine à ras bord d'émotions, de sentiments, de rêves en effet. Il y a un côté Madame Bovary chez moi: plutôt que d'affronter la banalité de la vie, qui réserve pourtant tant de surprises chez les autres, j'ai toujours préférer la rêver idéale tout en gardant le maximum de contrôle sur la médiocrité de la mienne. Médiocre et douloureuse parce que marquée par les crises quotidiennes de boulimie mais une vie de contrôle dans la représentation sociale de soi tout de même. Au bout du compte une vie factice et très très douloureuse car à tiroirs selon le costume que je décide d'endosser en face de l'autre: une extrême phobie sociale aussi et pour finir le constat de l'absurde de cette vie. Donc des idées suicidaires au final, jamais accomplies mais là aussi toujours rêvées.
Donc trop plein de mensonges et d'envies frustrées , oui. Mais aussi vide devant le constat terrible de mensonges, de faux-semblant . Le trop plein et le vide ne trouvent d'apaisement que dans la fuite en avant et la compulsion en effet. Une vie de boulimique est un voyage entre le trop et le trop peu .... je confirme , entre le bébé intérieur et l'adulte extérieur que nous sommes.
Que faire pour ne pas se jeter dans le vide en voulant abandonner derrière soi le trop-plein qui nous écœure ?
 
 
+1 #2 Guest 16-07-2010 19:03
Je n'ai que 16 ans , je prendrais mes 17 ans dans deux mois , & depuis que je suis petite , j'ai été pointé du doigt pour mon poid , j'étais ronde avant , j'suis tomber dans l'anorexie , j'men suis sortie parceque ma mere ma forée a mangé chaque jours & chaque repas ... Mais depuis un an , je suis devenu hyperfage & boulimique , j'ai été decouverte , au lycée parceque , j'saigné , une amie m'avait suivi au toilettes ,& a vu que j'avai saigné ils on donc appélé l'infirmiere , je n'ai plus fait de crise de ce genre , mais , je reste dans les pulsions , de manger des cochonerie d'un coup en grande quantité & pourtant , je me trouve bien trop ronde ! Je suis rentré dans un cercle viscieux , je ne sais pas comment en sortir !
 
 
0 #1 Guest 30-06-2010 14:30
Je n'est que 15 ans et je commence sérieusement à perdre du poid à cause des vomissements,ce qui la déclencher ?? j'en sais rien ...c'était la galère au début le faire au collège aller dans les toilettes sans personne,se faire vomir partir aller en cour la tête qui tourne mais le morale mieux...jusquau jour ou...


Apres midi...13 heure je vais au toilette ...je vomis..et la je saigne --' mais je n'est pas mal tien bizart!je sors j'avais pas vu cette punaise de CPE elle est rentrée dans les toillettes à regarder ce que je pouvais bien y faire c'est approché de la cuvette et la su sang....elle viens me vois et me dit c'est la premier fois?? je lui dit je vois pas de quoi tu parles et depusi elle ne me laisse pas tomber je parle avec elle on ma envoyé voir un psycatre mais je décale toujours le rendez vous...je pris juste pour que tous sa s'arrête =/