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Qui marche dans mes chaussures ?

Écrit par . Publié dans Articles sur la boulimie

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fevrier-2016Parmi les personnes boulimiques anorexiques que je rencontre, certaines présentent un état dépressif sévère qui handicape totalement leur existence. Elles n'ont pas de vie sociale, elles n'ont envie de rien d'autre que de manger, jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce que le sommeil leur permette enfin d'échapper à la morbidité de leur existence. Il est probable que pour elles une hospitalisation soit nécessaire pour les aider à surmonter l'état dépressif qui cohabite avec leur addiction alimentaire.

Mais ce serait une erreur de croire que seul le traitement hospitalier leur permettra de venir à bout de la boulimie, même s’il dure plusieurs mois. Il permet en général de réamorcer une vie plus active, d'être moins paralysé par l'angoisse, de se sentir moins déprimé mais pas de ne plus être obsédé par la nourriture. L'addiction alimentaire est avant tout un processus psychologique. Si la médecine peut aider à soigner le corps, (certains médicaments peuvent diminuer les angoisses, atténuer les humeurs extrêmes et versatiles), elle ne peut pas à elle seule résoudre le problème psychologique de fond.

Pour résoudre le problème de l’addiction alimentaire à proprement parler —c’est-à-dire ce qui pousse à manger, il est nécessaire de faire une psychothérapie. Je ne pense pas qu’on puisse y parvenir par soi-même parce que l’on n’a pas libre accès à son inconscient: quand on se sent prisonnier d’un comportement qui vous dépasse et que l’on ne réussit pas par la volonté à lui échapper, il faut parfois quelqu’un en face de soi pour vous aider à voir clair en soi-même.

Suite de l'article du mois de février 2016
Quand le moment sera venu pour vous de chercher un psychothérapeute, prenez du temps pour le choisir, quitte à rencontrer plusieurs personnes. Quand vous l'aurez trouvé, laissez-lui le temps de vous découvrir. Vous n'êtes pas « névrosé » comme la plupart des gens, vous avez une personnalité particulière à laquelle les psys ne sont pas tous encore bien formés : même si vos capacités et votre vie sociale épanouie leur donne l’impression que vous êtes névrosé comme tout le monde, c’est à dire que vous souffrez d’un conflit avec vous-même, ce n’est pas le cas. Vous n’avez pas un conflit avec vous même, vous avez un conflit avec l’autre, parce que tout se passe comme si vous aviez l'univers mental d'un nourrisson qui a besoin d’être sécurisé et dorloté en permanence. Faute de réconfort, vous pouvez devenir violent ou déprimé. Et comme vous ne trouvez jamais un réconfort à la hauteur de vos besoins (si vous le trouvez, très vite il vous étouffe), vous avez besoin de la boulimie pour vous apaiser comme un nourrissons qui est apaisé par la prise de son biberon.

En fait, même si vous n’êtes pas aussi violent que la plupart des personnalités « borderline » (grâce à la boulimie peut-être ?) votre monde intérieur et tout aussi dépeuplé que le leur. Même si vous êtes quelqu’un de très intelligent et de très affirmé, en réalité, vous ne savez pas vraiment qui marche dans vos chaussures.

Il vous faut donc le même type de thérapie que celle que l’on propose aux personnalités « borderline », c’est-à-dire une approche qui vous permettra non pas de résoudre des conflits avec la nourriture ni des conflits avec vous-mêmes, mais d’apprendre à vous sentir vous-même face à l’autre, sans chercher un contact fusionnel, sans agresser et bien sûr aussi sans prendre la fuite en tenant des propos qui s’ils sont intelligents ne sont pas vraiment connectés à vos émotions authentiques.

Rassurez-vous, même si vous avez une personnalité « borderline », ce n’est pas une maladie mentale. Dans une perspective psychanalytique, c’est juste une structure de personnalité. De même qu’il y a des névrosés heureux, il peut y avoir des borderline heureux qui s’expriment dans une créativité libre et sans limite.

Des circonstances historiques, biologiques et environnementales ont fait que si vous avez très bien su développer votre intelligence depuis que vous êtes petit, vous n'avez pas réussi à trouver votre autonomie affective face à l’autre. Votre immaturité affective fait de vous un bébé dans un corps d’adulte. Cela ne vous empêche pas d'assurer socialement parfois brillamment, mais dans le registre sentimental vous avez continuellement besoin d’être sécurisé et encouragé, comme un enfant, pour réussir à vous détendre. Tout seul, livré à vous-même, sans l'addiction, vous êtes perdu dans un monde opaque où rien ne prend sens et où très vite l’ennui vous rattrape.

Le travail que vous aurez à faire en psychothérapie, pour sortir de votre brouillard, consistera à vous exercer à entrer dans un contact authentique avec le psy. Grâce à la façon dont vous vous y prendrez avec lui, vous verrez apparaître à la loupe vos handicaps relationnels, vos peurs de déplaire, votre tendance à vous blesser pour un rien, à vous fâcher ou à fuir (dans l’intellect ou carrément vers un autre psy) quand quelque chose ne vous plaît pas. Ce n’est que lorsque que vous saurez vous ajuster à l’autre, relationnellement parlant, sans « fusionner », sans agresser et sans fuir dès que quelque chose vous déplaît, que vous réussirez à vous sentir enfin vous-même dans votre vie à vous.

Ainsi, contrairement aux idées reçues, la psychothérapie pour vous ne doit pas vous aider à comprendre ce qui s'est passé dans votre enfance mais doit plutôt vous aider à expérimenter ce qui peut vous permettre d’entrer en relation intime avec l’autre et, ce faisant, dans un second temps, avec vous-même.

Tournez-vous de préférence vers un thérapeute qui a compris que vous avez avant tout besoin de vous connecter à vous-même en apprenant à communiquer avec authenticité, sans vous dérober et sans non plus chercher à prendre le contrôle. Et surtout ne perdez pas votre temps à vous enfermer dans des discours stéréotypés sur les difficultés que vous avez eues à vous contrôler dans la semaine, cela vous ferait perdre un temps précieux. Ne remplissez pas les silences en exposant vos grandes idées philosophiques sur la vie où on vous plaignant que personne ne vous comprend. Vous n'avez pas besoin de comprendre votre passé mais vous avez besoin de construire votre univers intérieur en fonction de vos vrais besoins et non pas de vos raisonnements ou de vos idées sur la vie. En gros apprenez à exister devant quelqu'un sans avoir peur d'être jugé ou sans juger négativement l'autre dès que quelque chose déplaît. C'est de cette façon que vous allez acquérir la maturité affective et relationnelle qui vous manque pour devenir vous-même et pour vous sentir bien face aux autres, sur vos propres rails et non sur les leurs.

Pour faire un tel travail, choisissez de préférence un psychiatre ou un psychologue clinicien qui a une approche psychanalytique. Tous ne sont pas silencieux. Et surtout ne jouez pas un rôle et dites ce que vous avez réellement sur le cœur, sans remplir les silences pour remplir les silences…

Avant sa psychothérapie, une jeune femme boulimique, consciente que la boulimie n'était pas son seul problème m’a écrit :
" Je ne veux plus avoir l'impression permanente de « flotter », de ne pas être aux commandes de ce que je fais. J'ai souvent l'impression de ne même pas savoir qui je suis. Parfois, lorsque je marche, pour aller travailler, ou faire des courses, ou voir quelqu'un, j'ai le sentiment que ce n'est pas moi qui marche. J'ai l'impression que c'est mon corps seul qui avance et que je le laisse faire. Dans mes relations avec les autres, c'est un peu la même chose. J'ai souvent le sentiment d'être avec eux mais sans l'être vraiment."

Cette jeune femme a appris à être elle dans sa relation au psychothérapeute. Une véritable relation intime où elle s'est efforcée d'être totalement elle-même et où elle a accepté d'être confrontée à ses croyances mais aussi à certaines de ses réactions souvent trop extrêmes. Le psychothérapeute ne s'est pas contenté d’écouter. il ne s'est pas contenté non plus de la rassurer. Il lui a permis d’expérimenter ce qu'était une relation authentique avec quelqu’un, où l'autre n'est ni une maman idéale ni un persécuteur, quelqu'un avec qui elle a su apprendre à s'ajuster et qui a su aussi s'ajuster à elle..

Aujourd'hui elle me disait combien elle se sentait enfin elle-même parmi les autres. Elle n'a plus ce sentiment de décalage cette sensation de flotter. Maintenant elles se sent aux commandes de ce qu’elle fait, elle se sent dans son corps. Il n'y a plus de doute à ses yeux : c'est bien elle qui marche maintenant dans ses chaussures.

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