Severine attend des hommes

Écrit par . Publié dans Boulimie et amour

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Sans nous en rendre compte, nous nous appuyons souvent sur des pensées que nous ne remettons pas en question, tant elles nous paraissent refléter la vérité vraie. Ces pensées influent sur la physiologie de notre corps (« quand je pense à Fernande, je bande » chantait Brassens).

Elles déterminent aussi nos comportements et nos orientations de vie, sans que nous les ayons mûrement réfléchies ni réellement choisies. Issues de nos croyances culturelles, de nos émotions d’enfant ou de nos besoins primaires, elles peuvent parfois nous permettre de nous dépasser (« je peux si je veux ») comme elles peuvent aussi nous conduire à échouer dans ce que nous entreprenons (« je n’arriverai à rien »).

Sans nous en rendre compte, nous nous appuyons souvent sur des pensées automatiques que nous ne remettons pas en question, tant elles nous paraissent reflèter la vérité vraie.

Sur le plan sentimental, ce que nous pensons peut enjoliver notre vie relationnelle, la détériorer, voire même la rendre quasiment inexistante. Quand une personne se dit qu’elle est nulle et qu’on ne peut pas l’aimer telle qu’elle est, elle est souvent difficile à vivre.Se sentant vite rejetée ou abandonnée, elle épuise ceux qui l’entourent en les acculant implicitement à multiplier des preuves d’amour ou d’attention.

Elle se la joue Sharon Stone...

Séverine attend des hommes qu’ils la comprennent. Tous les matins, avant d’aller travailler, elle se maquille, se parfume et s’habille en Sharon Stone avec le secret espoir de croiser un jour le regard d’un homme qui l’aimera « pour elle » et non « pour son corps ». Son look parfait, très travaillé, lui coûte des heures de shopping, une bonne partie de ses économies et porte ses fruits : elle ne passe jamais inaperçue.

Mais elle n’aime pas qu’on la regarde avec gourmandise. Quand elle sent le regard d’un homme sur ses fesses et sur ses seins, elle se sent agressée comme s’il lui volait quelque chose qu’elle ne lui donne pas le droit de prendre. Plus précisément, elle pense que les hommes sont trop intéressés par le c… Elle ne veut accorder son intérêt et sa confiance qu’à celui qui saura d’abord l’apprécier pour sa personnalité avant de s’intéresser à son physique.

...mais elle n'aime pas qu'on la regarde avec gourmandise

Attardons-nous un moment sur la croyance de Séverine selon laquelle les hommes sont trop intéressés par le c… Sans doute s’appuie-t-elle en partie sur son expérience : la plupart des hommes sont en effet, avant toutes choses, plus intéressés par le sexe que ne le sont les femmes. Tandis que ces dernières ont souvent besoin de savoir à qui elles ont à faire, les hommes eux se laissent généralement emporter par la magie de l’instant sans se poser de questions sur la femme qui les trouble. Mais Séverine ne se contente pas de constater que les hommes sont très intéressés par le sexe : elle pense qu’ils sont - trop - intéressés par le sexe.

Plus exactement, elle pense qu’il y a deux catégories d’hommes : les dragueurs, pour qui seul le sexe compte, et le bon, celui qu’elle attend, qu’elle rencontrera un jour et qui s’intéressera d’abord à ce qu’elle a dans la tête et dans le cœur. Elle est célibataire. Les hommes passent et ne restent pas. Tant qu’elle attendra d’un homme qu’il soit capable d’apprécier sa personnalité avant de craquer sur son physique, il est très probable qu’elle reste seule très longtemps.

Avant ma thérapie, j'aurais fait la gueule, maintenant, je dis les choses.

Dans le même registre, Marie ne pensait pas utile d’exprimer ses désaccords à son «Chéri». Sa conviction était qu’il devait la deviner à demi-mot. Elle vit une relation avec un homme « très marié » nous dit-elle, qu’elle voit tous les soirs depuis des années. Il vient chez elle, reste jusqu’à onze heures-minuit puis rentre chez lui.

« Hier il m’appelle pour me dire qu’il ne vient pas manger mais passe juste prendre une bière. Il arrive, se met devant la télé et me dit : « ça ne te dérange pas, je regarde le match… ».. Je ne sais pas ce que j’aime mais je sais que le foot je n’aime pas.

Mon premier réflexe est de faire la gueule et de subir en disant : « bon, moi le foot ça m’embête, je vais lire dans ma chambre. » Je me réfugie dans ma chambre avec un bouquin, je m’allonge sur le lit et au bout d’un moment je me dis : « mais ça ne va pas ma pauvre fille, tu es complètement folle, tu es chez toi, il regarde le foot, ça t’enquiquine et tu laisses faire… !» Avant ma thérapie, j’aurais estimé qu’il devait deviner que je n’aime pas le foot et que je n’avais pas envie qu’il vienne le regarder chez moi. C’était à lui de le comprendre, sans que j’ai besoin de m’en expliquer: s’il m’aimait, il - devait - lire dans mes désirs et les satisfaire.

A défaut, j’aurais fait la gueule en représailles. Aujourd’hui, plutôt que de faire la gueule, je sais qu’il ne peut pas deviner ce que je pense. Je suis donc retournée le voir et je lui ai dit : « écoute, c’est pas possible ! Si tu viens ici, c’est que tu as envie de me voir, que tu as envie de faire quelque chose avec moi. Or, moi le foot c’est non. Alors si tu tiens au foot, je préfère que tu le regarde chez toi. Je réalise maintenant que personne ne peux savoir à ma place ce dont j’ai envie et que c’est à moi d’informer les autres de ce qui me plaît ou de ce qui me dérange. Avant je ne savais pas dire, je savais juste me mettre en colère quand l’autre ne devinait pas ce qui me dérange. Mais là, en exprimant ce que je ressentais, je ne ressentais même plus de colère et mon problème s’est résolu tout seul ! ».

A ma grande surprise, il ne m'en a pas voulu

Quant au dénouement, Marie n’en est toujours pas revenue : « …à ma grande surprise, il ne m’en a pas voulu et cette soirée s’est terminée sans drame. Il m’a dit : « Tu as raison j’aurais dû te prévenir que je voulais regarder le foot. » Il est rentré chez lui et le lendemain il est revenu plus amoureux que jamais et on a passé une soirée exceptionnelle. »

«Comme nous le dit Serge Ginger, l’auteur de « Psychothérapie, 100 réponses pour en finir avec les idées reçues » (notre livre du mois de mai), une personne dépendante à une addiction est souvent aussi dépendante sur le plan affectif. «La personne dépendante, n’est pas indépendante, c’est-à-dire qu’elle n’a pas suffisamment confiance en elle-même pour pouvoir faire face aux difficultés de la vie. Elle a tendance à se sentir perdue. Ses « frontières » sont assez floues et elle a souvent besoin de se sentir sécurisée. (…) Idéalement elle a besoin d’une psychothérapie de groupe de type humaniste pendant plusieurs années pour de lui permettre de trouver la chaleur, le soutien et la sécurité dont elle a besoin.»

C’est au cours de sa psychothérapie que Marie a pu construire de la confiance en elle-même et acquérir des règles de vie satisfaisantes qui lui permettent à la fois de s’écouter tout en acceptant aussi les autres tels qu’ils sont. Sa personnalité s’est affirmée et sa vision du monde a évolué. Par exemple, entre autres choses, elle a compris que les humains ne peuvent pas se comprendre d’emblée et doivent apprendre à se parler vraiment pour cohabiter dans une ambiance paisible et sereine!

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