L'amour implique-t-il la transparence?

Écrit par . Publié dans Boulimie et amour

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boulimie_mars_2011S’il est nécessaire d’être authentique pour avoir le sentiment d’être soi et pour gagner la confiance d’autrui, faut-il pour autant tout dire et tout montrer à ses proches ?

Certains le pensent et se sentent autorisés à exprimer leur mauvaise humeur dès le petit déjeuner, en partant au travail, en rentrant le soir, jusqu’au moment du coucher. « C’est plus fort que moi » disent-ils en thérapie lorsqu’ils ont hurlé, boudé ou tenu des propos blessants contre leurs proches parce que quelque chose ne leur a pas plu.

Pourtant, ces mêmes personnes dès qu’elles sortent de chez elles affichent une pêche d’enfer et leur plus beau sourire à tous ceux qu’elles croisent.

Pourquoi ne peut-on pas faire avec ses proches ce qu’on sait faire avec des étrangers ? L’amour donne-t-il des droits et en particulier celui d’être désagréable ? Implique-t-il nécessairement une transparence totale, fut-elle disgracieuse ?

Certaines personnes semblent le croire, déversant sans limites leurs humeurs négatives, leurs angoisses, leurs contrariétés, sans se rendre compte qu’elles perdent des points-séduction, même si le décompte ne se fait pas tout de suite. Je connais une femme de soixante ans qui avait l’impression de s’être donnée sans compter à sa famille. Sauf qu’elle passait son temps à soupirer, se plaindre, s’angoisser, polluant l’atmosphère de tout le monde tout en étant persuadée de l’alléger.

Elle se pensait généreuse, bonne mère, bonne épouse. A sa grande surprise son mari a fini par partir au bout de vingt ans vivre une vie plus légère avec une autre femme. Ses enfants eux aussi ont pris le large, ne venant que très rarement lui rendre visite. Elle connait à peine ses petits enfants.

On a peut-être tendance à penser que les proches nous sont acquis tandis que les autres pourraient bien fuir si on se montrait tel qu’on est. Mais les proches nous sont-ils réellement acquis ? Ne court-on pas de gros risques à leur rendre la vie insupportable ?

Même la très craquante Marilyn Monroe, à qui personne ne résistait, se faisait « plaquer » très rapidement tant elle se montrait odieuse lorsqu’elle était mal dans sa peau ou contrariée. C’est souvent le cas des personnes « toxicos ». Si elles peuvent cacher à leur proches qu’elles ont trop bu ou trop mangé, elles ne les épargnent pas quand elles sont dépressives ou irritables. Ont-elle la conviction que l’amour excuse tout, que l’on peut être authentique jusqu’à la démesure et qu’on peut tout se dire?

Une jeune femme qui avait fait un groupe et voulait à présent s’engager dans la thérapie me demande « Comment ça va ? ». Je lui réponds que je vais bien et je lui retourne la question. J’entends alors un blanc suivi de « …bien, merci ». Sa petite hésitation, le fait qu’elle soit boulimique et qu’elle prenne rendez-vous, me renvoient à la non congruence de ma question.

Faut-il répondre « ça va bien » lorsque vous rencontrez quelqu’un qui vous demande si ça va et que vous n’allez vraiment, mais vraiment, mais vraiment pas bien ? Depuis le matin vous êtes sur les nerfs, tout vous paraît difficile, vous avez du mal à respirer, le monde vous paraît hostile, rien ne vous fait envie, vous ressentez en vous une pression immense et vous n’avez qu’une idée fixe : vous isoler dans un coin sans être dérangé et manger, manger, manger puis dormir. Si vous n’êtes plus addict  à la nourriture, la drogue, l’alcool… ça peut même être pire. Votre grande émotivité, vos difficultés relationnelles, Faut-il répondre « ça va bien » lorsque vous rencontrez quelqu’un qui vous demande si ça va et que vous n’allez vraiment, mais vraiment, mais vraiment pas bien ? Depuis le matin vous êtes sur les nerfs, tout vous paraît difficile, vous avez du mal à respirer, le monde vous paraît hostile, rien ne vous fait envie, vous ressentez en vous une pression immense et vous n’avez qu’une idée fixe : vous isoler dans un coin sans être dérangé et manger, manger, manger puis dormir. Si vous n’êtes plus addict  à la nourriture, la drogue, l’alcool… ça peut même être pire. Votre grande émotivité, vos difficultés relationnelles, votre envie de vous replier sur vous-même sont d’autant plus ravivées que l’addiction n’est plus un refuge. Peut-on déverser son mal-être sur ses proches ?

Comment alors répondre à quelqu’un qui vous demande si ça va, sans tricher (ce qui vous renverrait cruellement à votre solitude) ou plomber l’atmosphère ? La thérapie peut vous apporter une réponse. Que vous soyez boulimique ou que vous n’ayez plus de crise de boulimie, si vous êtes tendu en permanence, irrité, si vous avez l’impression que le monde vous est hostile ou bien d’être transparent ou encore si vous avez le sentiment que jamais personne ne peut vous aimer tel que vous êtes, si vous-même vous ne vous aimez pas, vous avez un travail à faire sur votre identité, sur vos croyances, vos valeurs, vos difficultés relationnelles. Mais en attendant de faire cette thérapie, voici quelques remarques qui peuvent vous faire réfléchir sur un moyen de ne pas peser sur les autres tout en restant authentique.

Si vous êtes lourd, les personnes qui sont autour de vous se sentiront mal, s’éloigneront peut-être, ou garderont des séquelles des mauvais traitements que vous leur aurez fait subir malgré vous, sans que vous ayez mesuré les conséquences de ce que vous avez fait. Je suppose que globalement vous n’avez pas vraiment envie de faire du mal à vos parents, vos enfants, à la personne qui partage votre vie.

Généralement à la maison, vos proches sentent bien que vous n’êtes pas détendus mais ils mettent ça sur le compte de votre tempérament un peu nerveux ou trop effacé. Ils ne se doutent pas à quel point la vie est difficile pour vous. Et comme vous êtes incapable de leur expliquer, parce que vous avez le sentiment qu’ils ne pourraient pas comprendre, quand on vous demande si ça va, vous ne voyez pas quoi répondre d’autre que «ça va».

C’est très difficile de savoir quoi répondre quand les gens vous demandent « comment ça va », alors que ça ne va pas du tout et qu’en même temps vous répugnez à mentir. Pourtant il y a peut-être une astuce, c’est de dire « je fais aller ». Si vous le dites sur un ton léger, et si vous ne vous donnez pas la peine d’expliquer, quand on vous dit « ah bon ! qu’est-ce qui ne va pas ? » ou bien si vous répondez simplement une boutade du genre « j’ai oublié mon rouge à lèvre » personne n’insistera pour avoir le détail de votre humeur et en même temps vous ne plomberez pas l’atmosphère. Vous pouvez aussi dire «et toi?».

A la jeune femme qui me contacte au téléphone, je lui propose une alternative qui n’est pas alarmante tout en restant authentique. « En fait, tu fais aller?»

- Oui, me dit elle, on peut dire ça comme ça.

Je lui dis que moi-même j’ai longtemps dit « je fais aller » parce que je ne voulais pas dire « ça va » (c’était tellement pas vrai).

- Et les gens ne vous demandaient pas ce qui n’allait pas ?

- Non, parce que je le disais avec un sourire et passais vite à autre chose ou je disais «et toi»?

- Et combien de temps vous a-t-il fallu pour dire je vais bien, me demande-t-elle d’une voix que je ressens un peu timide?

- Longtemps. Même quand les boulimies ont disparu, je n’allais toujours pas bien et je continuais à dire « je fais aller ». Il y a tant de choses à vivre, à comprendre, à construire avant de pouvoir dire qu’on va bien.

Fin de l'article

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Commentaires  

 
0 #1 Guest 21-03-2011 22:08
Merci pour ce bel édito !
Pile dix ans après la thérapie de groupe, je peux quand même dire "je vais bien". Pas tous les jours mais souvent... Merci !

Sophie B.